Dernier refrain à Ispahan – Naïri Nahapétian

Par Raymond Pédoussaut

ledernierrefrainispahanDate de publication originale : 2012 (Liana Levi)
Genres : Enquête, polar social Nahapetian
Personnages principaux : Narek Djamshid journaliste franco-iranien – Mona Shirazi, sage-femme – Abbas Velayi policier

Roxana Forsati est une chanteuse iranienne qui s’est exilée aux États-Unis abandonnant sur place sa fille et son mari. Après avoir connu le succès en Amérique, elle revient dans son pays natal avec l’intention de monter un concert où elle chantera avec d’autres femmes, malgré l’interdiction des autorités, en Iran le chant des femmes est considéré comme impudique et ne doit pas être entendu par des hommes. Le théâtre où elle devait donner le concert est détruit, ce qui n’arrêterait pas cette femme libre et déterminée. Ce qui va l’arrêter c’est son assassinat qui sera suivi par celui d’une autre chanteuse qui devait participer au concert. Le mode opératoire est identique pour le deux meurtres : les femmes ont été étranglées avec un foulard et un bouquet de tulipes a été déposé près des corps. Les circonstances de la mort des deux chanteuses rappelle un refrain d’une chanson que chantait Roxana : « Dans un royaume où les ignorants sont rois, un homme a volé la voix des femmes. Il a emporté leur chant, semé des tulipes sur leur chemin ; et la joie s’en est allée. »

Narek est né en Iran, il vit à Paris où il travaille pour un magazine. Il revient dans son pays natal pour un reportage sur l’état du pays. Un représentant du ministère de l’Orientation islamique lui conseille de façon pressante de visiter Ispahan où on assassine des chanteuses ce qui devrait être un bon sujet de reportage pour le journaliste. N’ayant pas le choix le journaliste s’en va à Ispahan où il va s’intéresser de près au sort des chanteuses d’autant plus qu’une troisième disparaît, on trouve chez elle un nouveau bouquet de tulipes.

L’intrigue n’est pas vraiment méticuleusement élaborée. C’est un peu tiré par les cheveux. Comment avaler qu’un oligarque d’un régime autoritaire, sensé préserver une bonne image du pays, envoie un journaliste travaillant à l’étranger dans un endroit où on assassine des femmes ? J’ai aussi eu l’impression de lire un récit décousu où les évènements se succèdent de façon anarchique. On s’y perd un peu. Ce n’est pas au niveau de la construction de l’enquête qu’il faut chercher le point fort de ce roman. Ce qui est le plus intéressant c’est ce qui est montré de la société iranienne : les interdits, concernant surtout pour les femmes, la surveillance des gardiens de la Révolution, les aspirations des jeunes pas très différentes de celles des jeunes occidentaux … et aussi la corruption et les trafics. L’auteur montre une société iranienne complexe, avec ses contradictions, partagée entre tradition passéiste et modernité. Dans cette société cadenassée, le chant des femmes symbolise la résistance et la rébellion.

dernier-refrain-amb-2Dernier refrain à Ispahan est un livre sans autre prétention que de donner un aperçu de la vie quotidienne en Iran, de dénoncer le manque de libertés et les magouilles des caciques de la République islamique. Ainsi le polar permet de voyager à moindre frais, de découvrir des pays sans y mettre les pieds. Après L’argentine dans Mapuche, la Laponie dans Le dernier Lapon, l’Australie dans Conséquences et même le Vatican dans Oscar Wilde et les crimes du Vatican, nous visitons l’Iran dans ce roman de Naïri Nahapétian.

Naïri Nahapétian est née à Téhéran de parents arméniens. Elle a quitté l’Iran après la Révolution islamique, à l’âge de 9 ans. Elle travaille à Paris pour le magazine d’information Alternatives économiques. Elle écrit ses romans en français.

Extrait :
Un morceau aux sonorités moins synthétiques résonna dans le salon. La chanteuse avait limité les effets, ne montait plus dans les aigus. Ses paroles avaient des accents de poésie baroque à laquelle on pouvait donner un sens politique : Dans un royaume où les ignorants sont rois, un homme a volé la voix des femmes…
Sur la pochette du disque, Roxana, petit bout de femme perchée sur des talons interminables, portait une robe asymétrique du même roux que ses cheveux teints au henné. Elle avait les traits fins et une certaine cruauté dans le regard qui lui donnait l’air d’un félin.

Ma note : (3,5 / 5)dernierrefrain-amb3

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