Délivrance – Jussi Adler-Olsen

Par Michel Dufour

delivranceDate de publication originale : 2009 olsen(Flaskeport Fra P)
Date de publication française : 2013 (Albin Michel)
Genre : Thriller
Personnages principaux : Inspecteur Morck – Assad (son assistant)

C’est le troisième roman du Danois Jussi Adler-Olson, qui fait actuellement fureur dans les pays scandinaves et en Europe. Non sans raison. Sang  d’Encre a rendu compte des deux premiers. Sauf qu’avec ce troisième roman, l’effet de surprise est passé : ce couple étrange de Morck et Assad nous déconcertent moins; l’auteur transforme d’ailleurs le duo en trio en donnant beaucoup plus de place au personnage de Rose. Y gagne-t-on vraiment?

Une bouteille contenant un appel Au secours est découverte sur les côtes d’Écosse et rapatriée pour expertise au Danemark, d’où elle serait partie. Un canular ou du sérieux? Pas facile à dire; l’écriture est pratiquement illisible. On finira par dater le message d’une dizaine d’années. Cependant, aucune disparition n’est signalée à cette époque.

C’est la force de notre kidnappeur (et tueur, bien sûr) en série : ses victimes appartiennent à des sectes où prédomine la loi du silence, d’autant plus que les parents des enfants enlevés sont menacés d’être eux-mêmes, ou des membres de leur famille, exécutés s’ils portent plainte; comme garantie de cette promesse, un des deux enfants enlevés est tué, alors que l’autre porte le message aux parents, auxquels une rançon est demandée. Modus operandi efficace puisque le tueur sévit depuis 10 ans sans être inquiété. Faut dire qu’il est intelligent et prévoyant, possède plusieurs identités, trois maisons, et est animé par une fureur vengeresse compréhensible et un besoin d’argent indispensable à son train de vie.

Alternant avec cette histoire vieille de dix ans, un cas semblable d’enlèvement a lieu actuellement près de Copenhague, sur lequel enquêtent Morck et ses collaborateurs. Et on suit en même temps l’enfance et l’adolescence du tueur, environ 25 ans auparavant. Par ailleurs, le département V enquête sur une série d’incendies suspectes avec victimes qui ont commencé en 1995 : une fraude d’assurances et de blanchiment d’argent est soupçonnée. Sans parler des problèmes avec l’inspecteur de la santé qui veut chambarder les locaux de Morck, déjà aberrants, le suspense à propos de son ami Hardy (vaincra-t-il sa paralysie?) et de son ex-épouse Vigga (finira-t-il par s’en débarrasser?). Et j’en passe. Ce que je veux dire, c’est que l’auteur met le paquet. Un peu comme ceux qui n’arrêtent pas de parler parce que le silence leur est insupportable.

Le pont finira par s’établir entre les crimes d’il y a dix ans et l’enlèvement d’aujourd’hui. Mais on regrette l’élégance et la rigueur des recoupements de Jo Nesbo. Les aléas de la vie personnelle de Morck brisent un peu, volontairement, le rythme mais soulèvent peu d’intérêt. Un certain humour s’efforce de contraster les éléments dramatiques, mais ça reste peu subtil. L’histoire secondaire des incendies est solutionnée, mais on s’en fout pas mal. Et les frasques de Rose et de son alter ego Yrsa frisent le surréalisme et jurent un peu avec les prétentions réalistes du récit. C’est certain que plusieurs chapitres parviennent efficacement à susciter l’angoisse, ce qui est assez facile quand les victimes sont des enfants. Et les 500 dernières pages se lisent rapidement, donc une bonne partie du thriller est réussie, en dépit d’une finale plutôt morne. J’ai cependant été indisposé par la confusion des 150 premières pages : je veux bien qu’on se méfie de la structure linéaire du récit et qu’on multiplie alors dans le désordre les changements de lieux et de temps; mais, en littérature, qui se veut plus que de l’écriture automatique, le désordre aussi se construit rigoureusement. J’ai eu parfois l’impression que plusieurs écrivains d’inégale valeur avaient écrit ce livre.
Pas pire quand même, mais 150 pages de trop!

Extrait :
Elle était impuissante, condamnée à écouter le râle qui sortait de sa gorge, les mots qui en passant ses lèvres se changeaient en une suite de consonnes dépourvues de sens, puis en bulles de salive dégoulinant entre ses dents serrées (…)
Elle crispa la bouche. Peut-être parviendrait-elle à lui faire comprendre quelque chose. Mais une voix grave venant de quelqu’un qui se tenait près du lit de Rakel la coupa dans son effort.
« Je suis désolé, mais vous allez devoir vous en aller, monsieur Jonnson. Nous allons transférer Isabel dans un autre service (…) Revenez dans une demi-heure si vous voulez. »
La voix n’appartenait à aucune des personnes qui l’entouraient à son réveil.
L’homme réitéra son ordre et son frère accepta de se lever en promettant à Isabel de revenir un peu plus tard. Il lui caressa affectueusement le dos de la main. Mais elle avait compris que ce ne serait pas la peine.
Car elle avait reconnu sa voix. Et à présent, il était seul avec elles dans la chambre.
Cette voix qu’elle aurait préféré ne pas connaître.
Cette voix qui lui avait redonné goût à la vie.
Et qui signifiait désormais qu’elle allait mourir.

Ma note : (4 / 5) delivrance-amb

 

 

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4 réponses à Délivrance – Jussi Adler-Olsen

  1. Fabe dit :

    Ah ben … pour une fois pas tout à fait du même avis ! Je trouve que toutes les histoires des différents personnages du roman sont toutes intéressantes. Maintenant, j’ai lu les 3, vais-je avoir envie de continuer ????
    Merci.

    • michel dufour dit :

      Nous sommes d’accord sur l’essentiel, Fabe; l’essentiel, c’est de se demander, après avoir lu les 3: vais-je avoir envie de continuer?

  2. sergio calamai dit :

    Encore une fois, je suis assez d’accord avec votre analyse. Ce troisième opus est légèrement moins bon que les deux précédents. L’histoire ? L’évolution des personnages (notamment Rose) ? Cette histoire accadabrante d’insalubrité des bureaux qui n’apporte rien à l’intrigue ? Je ne sais pas. Je trouve que l’auteur s’est un peu dispersé. Car on voudrait en apprendre un peu plus sur Assad (Jussi Adler Olsen distille avec parcimonie les indices sur ce personnage atypique) et sur ce qui s’est réellement passé lors de la mort du co-équipier de Morck (là aussi les infos sont au compte-gouttes). Je lirai le 4ème opus pour voir où l’auteur veut encore nous amener avec ses personnages.

    • michel dufour dit :

      J’aime bien votre commentaire, Sergio: vous poussez mon analyse plus loin en suggérant à l’auteur de développer des pistes essentielles et de ne pas insister sur des aspects incongrus ou banals. Je lirai probablement le quatrième, moi aussi, et nous en reparlerons.

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