La mort mène le bal – Chrystine Brouillet

lamortmenelebalDate de publication originale : 2015 (Éd de l’Homme)Brouillet
Genre : Thriller
Personnage principal : Louise Desbiens

C’est le troisième roman de Chrystine Brouillet qui met en scène Louise Desbiens, alors que, habituellement, nous avons affaire à l’inspectrice de police Maud Graham. Les polars avec Graham sont sérieux, dramatiques. Avec Louise, au contraire, Brouillet l’admet : « Je suis dans le mode de la comédie. Je peux m’amuser, en mettre, être dans l’outrance, et ce n’est pas grave » (Journal Métro, entrevue avec N Wysocka). Dans La mort mène le bal, elle en met pas mal, en effet. Il ne faut toutefois pas que les outrances sabotent directement la rigueur de l’intrigue.

L’histoire s’articule autour de trois types de personnages : d’abord, le milieu pègreux de Montréal, autour du Vénitien Alberto Secatto et de son neveu Rafaele, son garde du corps. On est en pleine période de règlements de comptes. Alberto s’est fait beaucoup d’ennemis, particulièrement dans la famiglia Vitale. Tony Vitale a d’ailleurs mis un contrat sur sa tête. Pour le moment, le souci d’Alberto est d’offrir un fastueux anniversaire à sa fille Sissi.

Puis, la vie secrète de l’infirmière Violette Cartier, belle jeune femme efficace, qui s’occupe des vieilles personnes malades. Elle est aussi partisane de la mort assistée et n’hésite pas à raccourcir la vie de ses patients, surtout s’ils sont laissés à eux-mêmes et possèdent quelques beaux bijoux. Elle s’en prend aussi aux chats errants qui ont l’air malheureux. C’est la sérénité que manifestent les personnes et les chats, une fois libérés de leur vie de souffrance, qui apporte le bonheur à Violette.

Enfin, au centre de l’action se situe le restaurant Carte Noire, où le chef Guido Botterini réussit des merveilles, et dont Louise est l’hôtesse dévouée et entreprenante. La vie de Louise se résume au restaurant et à ses chats. De ce temps-ci, par extension, au docteur Jobin également, vétérinaire, qui soigne et opère son chat Saphir.

Ces trois mondes vont bientôt se télescoper : Alberto confie à Carte Noire le volet gastronomique de l’anniversaire de sa fille. Guido est énervé d’autant plus qu’on lui a présenté une jeune femme qu’il semble trouver bien agréable : Violette Cartier. Louise s’occupe de l’aspect matériel de la fête et doit se rendre chez Alberto pour évaluer les besoins et les possibilités. Même si Alberto est un gros mangeur (ce n’est pas pour rien qu’on l’appelle le Mammouth), Louise le trouve antipathique et ce sentiment se transforme en haine quand elle apprend qu’il a abattu deux de ses chiens sans raison valable, sinon de montrer qu’il est le maître. Par ailleurs, le restaurant est victime d’une tentative d’extorsion et le docteur Jobin est menacé par un homme d’Alberto qui exige que les dettes accumulées par son fils soient réglées dans l’immédiat. Si Jobin se ruine ou fait une dépression, qui s’occupera des chats de Louise ? C’en est trop pour Louise, qui doit reprendre sa mission d’exécutrice.

Mais comment Louise peut-elle supprimer Alberto qui est protégé par un grand nombre d’hommes armés et expérimentés ? Comment peut-elle éliminer le danger d’extorsion qui menace Guido et les pressions du harceleur qui menace Jobin ? Et comment pourra-t-elle échapper aux policiers de la Sûreté du Québec et de la Ville de Montréal ?

Le roman est plaisant; bien composé, bien écrit et bien amusant. C’est à lire avec un sourire. Brouillet connaît son métier et nous mène avec bonheur dans un petit monde de la gastronomie montréalaise très sympathique.

Qu’on me permette, toutefois, une réserve, que je n’avais pas eue du tout dans le roman précédent, Louise est de retour. L’outrance, les exagérations ne doivent pas toucher directement les ressorts de l’action ou du sens de l’intrigue; par exemple, le geste qui vaut à Alberto la haine meurtrière de Louise : ce geste est très improbable et la réaction de Louise plutôt exagérée. Ou encore, l’entente rapide entre Louise et Rafaele : Rafaele est incrédule mais décide de lui faire confiance; et « Louise décida qu’elle pouvait se fier aux chats qui avaient adopté Rafaele ». Sans parler de l’imprudente Violette ou de la confiance de Jobin en Louise.

Il est possible que plusieurs n’accordent pas trop d’importance à ces détails et qu’ils lisent les aventures de Louise surtout pour rigoler. Ma préférence va plutôt à un récit où s’articulent avec harmonie le charme de la légèreté (et même de l’humour débridé) et la rigueur de composition qui rend le récit crédible et l’intrigue parfaitement logique. Ces mêmes remarques s’appliquent aussi à un polar historique (H Gagnon), politique (L Chartrand), criminologique (Anne Perry : la série des Monk), sociologique (Donna Leon)…
J’ai quand même passé un bon moment.

Extrait : 
Louise regardait les passants du haut de son balcon en se demandant qui, parmi tous ces gens, allait retrouver un compagnon en entrant à la maison. Qui serait accueilli par de joyeux jappements, des pépiements ou d’insistants ronronnements ? Qui entendrait le cliquetis des ongles d’un caniche sur le parquet ou le son assourdi d’un persane se laissant tomber sur le sol pour rejoindre son maître ? Qui sentirait un museau effleurer ses chevilles, la pression d’une tête contre ses hanches ? Qui passerait ses mains dans un épais pelage ou percevrait chaque muscle du corps nerveux d’un abyssin ? Qui s’étonnerait d’un soudain manque d’appétit, d’une toilette excessive, d’une trop fréquente envie d’uriner, d’une bosse suspecte ? Qui, comme elle, tournerait en rond dans son appartement en attendant l’appel d’un vétérinaire ?
Louise jeta un coup d’œil à l’horloge où chaque heure était annoncée par le chant d’un oiseau et poussa un long soupir; encore une heure. Le Dr Jobin n’appellerait pas avant onze heures. Soixante minutes. Dans soixante minutes, elle saurait si l’opération s’était bien déroulée. La veille, le vétérinaire semblait confiant, mais ne lui avait pas caché qu’il y avait toujours des risques lors d’une intervention.
− J’ai souvent pratiqué une entérotomie et, en général, tout se passe bien. Je vous promets de vous téléphoner dès que j’aurai opéré Saphir.
Louise avait caressé une dernière fois les oreilles sombres du siamois avant de rentrer chez elle, où Freya l’attendait. La vieille chatte avait quitté son fauteuil pour venir la saluer et Louise avait puisé un certain réconfort à l’écouter ronronner dans son cou.
− Je ne veux pas que Saphir meure aussi ! Nous avons perdu Melchior cette année, c’est déjà trop !
La chatte avait entrouvert ses yeux turquoises, s’était étirée, avait baillé et poussé un miaulement en se dirigeant vers la cuisine.
− Et bien ! Ça ne te coupe pas l’appétit de penser que Saphir est malade, avait commenté Louise sans surprise.

Ma note (3,5 / 5)

L'anniversaire de Sissi à la vénitienne

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