Dans le quartier des agités – Jacques Côté

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2010 (Alire)
Genres : Enquête, Thriller, historique
Personnage principal : Dr Georges Villeneuve, interne à Paris, ex-capitaine du 65ème bataillon de l’armée canadienne

Je me sens encore un peu coupable d’avoir mis 3.5/5 au Sang des prairies de Jacques Côté. Dans l’article, j’avais distingué entre l’aspect roman comme tel (4.5) et l’aspect policier (3); mais, pour le tableau synthétique, il fallait indiquer une seule note et, comme j’estime que nos lecteurs prennent pour acquis que nous évaluons la valeur policière comme telle du polar que nous commentons, alors j’ai dû mettre 3.5. J’avais donc hâte de lire Dans le quartier des agités, paru un an avant Le Sang des prairies, mais dont l’action est postérieure en réalité. On m’avait garanti qu’il s’agissait vraiment d’un polar et j’avais hâte de retrouver l’auteur de Nébulosité croissante en fin de journée, du Rouge idéal, de La Rive noire et du Chemin des brumes. Sauf que, prioritairement, la série Les Cahiers noirs de l’aliéniste s’intéresse à la vie de Georges Villeneuve, un sympathique et courageux québécois qui prend son vol à la fin du XIXe siècle et qu’on suivra pendant une quarantaine d’années. Donc, si polar il y a, ce sera un polar conçu et construit de façon pour le moins originale. Qu’on se le dise!

Ceci dit, je crois que Jacques Côté est un de nos meilleurs écrivains québécois actuels (je ne les ai pas tous lus), son écriture coule de source et la construction de ses œuvres brille par la rigueur; il a le don de créer tension, ambiance et intérêt. C’est plus qu’il n’en faut pour créer un grand plaisir. La reconstitution du milieu psychiatrique parisien au moment de l’Exposition universelle de 1889, la fréquentation des sommités médicales (Magnan à l’asile Sainte-Anne, un peu Charcot à la Salpêtrière, mais pas Freud qui est passé par là il y a trois ans…, Gilles de la Tourette en passant…), les habitudes policières peu portées sur la dentelle, la popularité de l’absinthe chez les artistes du Chat Noir, l’Opéra de Paris, ses vedettes et Robert le Diable de Meyerbeer, le milieu québécois avec Louis Fréchette en tête, dont Wilde dit qu’il est le plus grand écrivain québécois, _ il y a là de quoi satisfaire tous ceux qui s’intéressent à cette tranche historique, et c’est mon cas.

Le lien avec le volume précédent est exposé avec élégance : Magnan a lu le livre de Villeneuve et s’intéresse aux Métis, le Buffalo Bill Show est arrivé en ville avec Gabriel Dumont, le vieil ami de Riel, habile tireur; Villeneuve fait d’ailleurs disparaître d’une exposition médicale une photo de Riel parmi une série de portraits de révolutionnaires et d’anarchistes criminels, selon la délégation italienne menée par Lombroso : Le chef des Métis n’avait rien d’un criminel. Riel était un libérateur de peuple, le défenseur des droits des Indiens et des Métis que les Canadiens assassinaient, dixit Georges Villeneuve.

Touchante aussi est la dimension sentimentale de notre jeune héros déchiré entre son chaste amour du passé, la Manitobaine bien nantie Emma Royal, et son récent coup de foudre pour la jolie et attachante prostituée Viviane.

Et l’intrigue policière? Bon, il y en a une : un fétichiste maniaque s’attaque à des jeunes femmes pour leur couper les nattes sur lesquelles il se masturbe; un autre sadique, et c’est peut-être le même, égorge les jeunes femmes. Un suspect est protégé de l’inspecteur Goron, l’expéditif, par le docteur Magnan et son équipe. Villeneuve enquête et découvre un autre suspect. Les cent dernières pages constituent un thriller plutôt prenant où Georges et Emma tombent sous l’emprise du monstre intelligent (Côté a dû se souvenir de Hannibal Lecter), qui sévit même quand il semble vaincu.

Il s’agit donc d’une sorte de roman historique, où les aspects historique et policier s’imbriquent d’une façon intelligente, non artificielle, dans un récit passionnant. Mais il m’apparaît clairement que ce qui est au centre du deuxième volume de cette saga (et qui caractérise d’ailleurs la série Les Cahiers de l’aliéniste), c’est la vie et les aventures de Georges Villeneuve.

Au roman comme tel, je donnerais 5/5. J’aurais peur, toutefois, de décevoir les polarophiles purs et durs.

Ma note : (4,5 / 5)

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