Le sang des prairies – Jacques Côté

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2011 (Alire)
Genre : Roman historique de type western
Personnages principaux : Georges Villeneuve, capitaine du 65e bataillon

J’ai bien aimé les romans policiers de Jacques Côté : Daniel Duval et Louis Harel sont des inspecteurs de la SQ qui m’ont fait passer de bons moments dans la belle ville de Québec ou dans la région du Saguenay-Lac Saint-Jean. Alors, disons-le tout de suite pour que ce soit bien clair, parce que la plupart des chroniques consultées disent le contraire, y compris celle des éditions Alire : ce n’est pas du tout un roman policier, même en ayant l’esprit aussi large que le barrage de la Manicouagan. Un roman historique, sans aucun doute; un roman western, probablement. Mais vraiment pas un polar. C’est l’histoire quotidienne de jeunes québécois enrôlés dans le 65e bataillon de l’armée canadienne qui, à la fin du siècle dernier, doivent aller enquêter sur le massacre du Lac-à-la-Grenouille, identifier les cadavres et découvrir les auteurs. Or, un interprète métis qui a survécu au massacre raconte à notre héros, le capitaine Georges Villeneuve, tout ce qui s’est passé. Les coupables sont de jeunes cris que le gouvernement canadien aimerait bien associer à Louis Riel.

L’essentiel, c’est le voyage pénible du 65e bataillon, en partie en train, en partie à pied, en direction de l’Alberta, les rapports tendus entre les Anglais et les Francophones, dans l’armée comme dans les villes, les ambiguïtés des Québécois par rapport à Riel, le génocide des Indiens à moitié réussi. En fait, c’est un roman patriotique, très bien écrit et rigoureusement composé, qui saura nous faire revivre l’agressivité que nous éprouvons, au fin fond de nos mémoires, à l’égard des attitudes méprisantes du conquérant et colonisateur anglais.

Les Éditions Alire ont changé le format des livres qui couvrent Les Cahiers de l’aliéniste, série qui raconte les péripéties de Georges Villeneuve : quand il est parti avec le 65e bataillon, il est dans la jeune vingtaine et poursuit ses études en médecine; c’est Le Sang des prairies (2011). Mais le premier livre de la série, Dans le quartier des agités (2010), raconte ce qui suit le retour de Georges à Montréal, les études qu’il entreprend à Paris, et l’enquête qu’il mène sur un patient soupçonné d’être un tueur en série. Si ce roman est vraiment un polar, vous en réentendrez parler.

On pourrait penser que Côté avait eu l’intention d’écrire une enquête policière et qu’il aurait changé d’idée en cours de route. Je ne crois pas. Je pense que la forme historique de type documentaire s’est imposée à lui. Ce n’est pas un roman policier historique où le déséquilibre en faveur de l’historique a bouffé le policier. C’est un roman historique qui vise à raviver nos ardeurs nationalistes en mettant de l’avant quelques-uns de nos illustres ancêtres et en dénonçant l’arrogance anglo-saxonne. En cette période de folie conservatrice anglophone à Ottawa et de froideur souverainiste au Québec, Côté n’a pas voulu se contenter de divertir.

Même en changeant le format, les Éditions Alire présentent Le Sang des prairies comme un roman policier, entre autres. Erreur qu’elles ne commettent pas dans le cas de Dans le quartier des agités. C’est mieux ainsi; autrement, les véritables amateurs de roman policier se sentiraient floués par Le Sang des prairies, alors que les vrais amateurs de roman historique risqueraient de ne pas se sentir concernés. Ce serait dommage, parce que non seulement il s’agit d’un très bon roman historique, mais aussi parce que cette série retrace le personnage réel que fut Georges Villeneuve, premier surintendant de l’asile Saint-Jean-de-Dieu et médecin expert à la morgue de Montréal.

Ma note : (3,5 / 5)
(teneur historique : 4,5 / 5 / –  teneur policière : 3/5)

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