Ubik – Philip K. Dick

Par Raymond Pédoussaut ou Michel Dufour

Date de publication originale : 1969 (Ubik)
Date de publication française : 1970 (Robert Laffont)
Traduction : Alain Dorémieux
Genre : science-fiction
Personnages principaux : Joe Chip, chasseur de télépathes

Ce roman est considéré comme le chef-d’œuvre de Dick. C’est le seul auteur de science-fiction publié, depuis 2007, dans la Library of America (équivalent de La Pléiade). Par ailleurs, ses œuvres ont inspiré des films troublants : Blade Runner, Total Recall, Minority Report. C’est donc avec confiance que je me suis lancé dans Ubik.

Je ne suis pas un fan de la science-fiction, mais c’est un domaine que j’ai déjà beaucoup aimé. Le point de départ de ce roman est prometteur : d’un côté, Raymond Hollis engage des psis, télépathes et précogs, capables de déchiffrer le présent et d’anticiper l’avenir; de l’autre, la compagnie de protection de Glen Runciter, qui combat le pouvoir des psis de Hollis en utilisant des neutralisateurs efficaces. Or, l’adjointe du millionnaire Stanton Mick, Miss Wirt, demande à Runciter de lui louer une équipe d’onze neutralisateurs, parce qu’elle craint qu’au moins deux télépathes aient envahi l’entreprise pour laquelle elle travaille, Techprise, située sur la lune. Les neutralisateurs de Runciter se rendent sur la lune où ils rencontrent Stanton Mick. Des irrégularités rendent Runciter méfiant; il ordonne à sa bande de retourner sur la terre. Mais une bombe explose : tous sont blessés, et Runciter presque mort.

Alors que Joe Chip tente de réorganiser la compagnie, il semble que plusieurs objets soient victimes d’une régression temporelle : les cigarettes séchées, le café moisi, la crème surie; bientôt le temps paraît reculer, on se retrouve en 1939; et les membres du groupe commencent à vieillir prématurément et à se décomposer. On dirait, cependant, que Chip reçoit des messages de Runciter. Deux types de forces s’opposent : celles qui veulent aider les neutralisateurs et celles qui souhaitent les faire disparaître. La plupart finissent d’ailleurs par disparaître. Quant à Joe Chip, autour de qui se condense l’aventure, son destin ne sera pas banal.

On est loin du Meilleur des mondes de Huxley ou de 1984 d’Orwell, dans lesquels il y avait quelque chose à comprendre, et quelque chose de très actuel, même si le roman de Huxley a été écrit en 1931 et celui d’Orwell en 49. Ubik paraît plus tard (1969), mais l’imagination de l’auteur est plus gratuite, volatile, au sens où elle ne se nourrit pas d’une bonne part de la réalité. De sorte qu’on finit par être perdu en face d’une sorte de délire.

On a dit que Dick avait « peint le portrait d’une humanité à l’agonie, dominée par la technologie ». Ou encore qu’il s’agit «  d’un vertige contagieux. On lit Ubik et on devient bizarre. Le réel se dissout, l’imaginaire se répand partout, le monde se fait cosa mentale, c’est éprouvant et c’est ineffaçable ».

C’est vrai que c’est éprouvant.

Extrait :
Joe ouvrit la porte et entra chez lui.
Le living-room sentait légèrement la graisse cuite, une odeur qu’il n’avait plus retrouvée depuis son enfance. Se rendant à la cuisine il en découvrit l’origine. Sa cuisinière avait régressé. Elle s’était transformée en un ancien modèle à gaz avec des brûleurs obstrués et une porte de four incrustée de noir qui ne fermait pas entièrement. Il regarda stupidement la vieille cuisinière qui témoignait d’un long usage – puis il se rendit compte que les autres accessoires de cuisine avaient subi de semblables métamorphoses. La machine à homéojournal avait entièrement disparu. Le grille-pain s’était réduit à une antique camelote non automatique à l’allure bizarre. Pas même de système d’éjection, constata-t-il en manipulant tristement l’objet. Le réfrigérateur qui s’offrait à sa vue était un énorme modèle hydraulique, une relique surgie de Dieu sait quel lointain passé : il était même plus archaïque que le General Electric à tourelle qu’il avait vu à la télévision dans le spot publicitaire. C’était la cafetière qui avait été le moins modifiée; en fait, par un côté, elle avait même été améliorée – elle ne possédait plus de fente destinée à la monnaie et son fonctionnement de toute évidence était gratuit.

Niveau de satisfaction :
3.5 out of 5 stars (3,5 / 5)

 

 

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