Les Abattus – Noëlle Renaude

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2020 – Rivages/noir
Genre : roman noir
Personnage principal : Aucun – Une suite de personnages tiennent tour à tour le devant de la scène

Je suis né au village un soir de novembre. Mon père était au bistrot. Ma mère m’a mis au monde, seule. Ainsi commence l’histoire d’un jeune garçon dont on ne connaîtra pas le nom. C’est un début caractéristique de l’ambiance du roman. Le récit se poursuit sur ce même ton jusqu’à l’âge de 23 ans. Le narrateur, le garçon, raconte une vie de galères. Aux difficultés familiales : alcoolisme, fuite du père, suicide de la mère, frère mafieux, demi-sœur obèse, viennent s’ajouter des événements extérieurs inquiétants : des voisins égorgés au cutter, un vieux tabassé à mort, un sac de billets de banque caché et recherché par des gens louches, une journaliste-enquêtrice retrouvée noyée. Le gars se retrouve malgré lui au centre de toutes ces péripéties.

Drôle de roman dans lequel le personnage principal d’une première partie disparaît complètement sans la moindre explication dans la deuxième partie. Il faut attendre la troisième partie pour comprendre l’enchaînement des événements. L’intrigue est astucieusement montée, mais elle est un peu perturbante, d’autant plus qu’il n’y a pas de personnage vraiment central et qu’une multitude de personnages secondaires apparaissent à tour de rôle pour faire évoluer un scénario qui aboutit à une conclusion totalement inattendue. C’est brillant et original, mais ça comporte le risque de perdre le lecteur parmi tous les protagonistes, surtout quand la lecture du livre s’étale sur plusieurs jours.

Outre l’intrigue sophistiquée, c’est le style d’écriture qui se remarque. L’auteure porte un regard acéré et sans concessions sur les gens, elle décortique froidement les comportements. Il y a parfois de la férocité et de la cruauté dans ses descriptions, mais aussi beaucoup de justesse. Ainsi nous avons des portraits savoureux de patrons d’une brasserie, particulièrement de la patronne avide de chair fraîche et d’argent, d’une famille de banquiers, d’un gendre parfait, d’un notaire homosexuel, d’un flic manipulateur, d’un rocker géniteur qui a fui dans le Colorado …

Quand l’auteure ne fait pas des portraits au vitriol, elle installe une atmosphère sombre et morne. Les gens ont des vies monotones. Il s’en dégage une impression de fatalisme et de tristesse, surtout dans la première partie. Dans la troisième partie, qui explique tout, il y a un personnage qui a trouvé le moyen de rompre la grisaille environnante d’une façon peu recommandable. Il y a peu de sentiments, pas d’états d’âme, ce sont des actes qui sont décrits. C’est une écriture comportementaliste.

Le titre et la couverture pourraient laisser croire que c’est une histoire de bûcheron et que des arbres sont abattus. Maintenant que j’ai lu le livre, je sais qu’il n’en est rien, mais je n’ai toujours pas l’explication de ces choix bizarres.

Ce roman noir se distingue par l’originalité de sa construction et par une écriture qui fait mouche.

Extrait :
Ce qui fait que la poussière est retombée, non seulement sur le mystère de la naissance de Django, mais aussi sur le couple égorgé, le typographe et sa compagne, sur l’électricien accusé à tort, sur Jany et sa fille dans leur camping, sur Herculine disparue un matin de mars sans son vélo, sur Max et son pseudo-passé, sur la veuve criminelle et sur ses deux rejetons, sur le témoignage de la vieille dame qui a tout vu sans comprendre de quoi il s’agissait et s’est envolée pour le Canada quand le couple alors que le jour n’était pas encore levé baignait dans son sang sur le lit que recouvrait un édredon matelassé, l’arme du crime abandonnée près d’eux, bien en vue, mais parfaitement nettoyée.
Et aussi et surtout sur celui que Rachel appelait « sa source primitive », notre héros principal, et qui, on a mis un sacré temps à s’en apercevoir, semble s’être lui aussi volatilisé étrangement, sans que personne ne s’en émeuve plus que ça.

Niveau de satisfaction :
4.1 out of 5 stars (4,1 / 5)

 

 

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