Dis-moi qui doit vivre… – Marc-André Chabot

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2021 (Libre Expression)
Genres :
Enquête, thriller
Personnage principal :
Lieutenant-détective Donald McGraw (SPVM)

Le premier roman de Chabot, Dis-moi qui doit mourir, m’avait agréablement étonné, un sujet original, des personnages très québécois, un suspense bien mené. J’attendais donc son deuxième avec de grandes espérances, Dis-moi qui doit vivre, au titre malheureux, et qui n’est pas vraiment la suite de l’autre, même si on retrouve plusieurs personnages.

Il y a bien des histoires dans cette histoire, comme si aucune n’avait eu suffisamment de poids pour remplir presque 400 pages. D’abord, un départ canon : on découvre un McGraw grièvement blessé, isolé dans un coin perdu, qui semble promis à la mort. Puis, par un retour en arrière, quelques morts spectaculaires attirent notre attention sur un tueur en série au sens artistique développé qui paraît se prendre pour un justicier; pour le traquer une équipe mixte expérimentée est formée : McGraw et deux de ses hommes travailleront avec Danielle Simard de la SQ et deux de ses coéquipiers. Par ailleurs, un vieux pédophile crapuleux, Gilles Fradette, atteint d’un cancer en phase terminale et qui a demandé l’aide médicale à mourir, avoue ses crimes à une infirmière, Judeline, qui est l’amie de l’épouse d’Antoine, le héros du roman précédent, lui-même lié à McGraw. Or, ce Fradette s’en est tiré en cour grâce à une manœuvre de son avocat, et n’a jamais été condamné. Antoine et Georges, le père de Marie-Pierre, dernière victime de Fradette, parviendront-ils à le faire condamner avant que l’aide médicale ne le soustraie à un procès éventuel ?

Il semble y avoir là suffisamment de matière, et pourtant je n’ai pas trouvé que ça levait beaucoup. Que le pédophile meure avant ou après avoir été condamné officiellement, alors qu’il est cloué sur son lit d’hôpital, on comprend que ça touche personnellement Georges et Antoine qui a aussi perdu sa fille, mais l’essentiel pour la plupart, je crois, c’est qu’il disparaisse. Deuxio, McGraw est sérieusement blessé, mais on se doute bien qu’il ne crèvera pas. Enfin, il n’est pas très difficile pour les enquêteurs de trouver le tueur en série qui, par ailleurs, du moins au début, n’est pas absolument antipathique. Tout cela est assez simple et plutôt prévisible.

Ce qui reste, c’est un cri du cœur contre le fait que la loi semble permettre à certains types de criminels de s’en tirer trop facilement et que beaucoup d’avocats de la défense se spécialisent dans ce genre de causes. Et ils s’enrichissent sans penser aux souffrances des victimes et de leur famille. Tout cela est bien vrai, mais ce n’est pas neuf et c’est insuffisant pour monter une bonne histoire.

Les personnages sont très québécois et peut-être moins sympathiques que le souhaiterait Chabot, parce que très ordinaires, et plusieurs ont des réactions épidermiques qu’ils ont de la misère à dépasser. Pas facile de s’attacher à Antoine ou à McGraw, même si on peut aisément comprendre leurs réactions. La mise en scène à laquelle on se livre pour piéger Fradette est bien discutable, et passablement invraisemblable, même si c’est certain que Fradette est un être immonde qui doit être rayé de la carte au plus sacrant.

Un roman sympathique, tout de même.

Extrait :
Une enquête qui exige une collaboration étroite entre le SPVM et la Sûreté du Québec, c’est exceptionnel. Mais traquer un tueur en série, c’est le genre de duel qui n’arrive qu’une fois dans la vie de flic. Et là, ça y est. C’est Moby Dick. Il est Achab. Son cachalot blanc nage quelque part en ce moment. Il devra le trouver, le chasser et le tuer. Sinon c’est lui qui y laissera quelque chose d’essentiel : sa santé mentale.
McGraw pensait prendre sa retraite sans rencontrer cette race cauchemardesque de prédateur. Il semble que non. Les mises en scène horrifiantes, la seringue de Propofol, le calcul minutieux derrière tout ça, et par-dessus tout la furie nécessaire pour aller jusqu’au bout. McGraw ne se conte pas d’histoires. Cette fois, il a bel et bien rendez-vous avec un monstre.

Les cornes d’Ahriman

Niveau de satisfaction :
3.9 out of 5 stars (3,9 / 5)

 

 

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