Une mort honorable – Jacques Savoie

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2012 (Libre Expression – Expression noire)
Genre : Enquête policière
Personnage principal : Jérôme Marceau, enquêteur au SPVM (Service de Police de la Ville de Montréal)
Bio-bibliographie :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Savoie

Savoie, qui est un écrivain acado-québécois, né à Edmundston en 1951, connaît bien la région du Lac Témiscouata où une bonne partie de l’action se passe. Dans les années 70, il faisait partie du groupe acadien Beausoleil Broussard qui a produit trois albums de qualité. Il a écrit le scénario d’un film célèbre, Les portes tournantes, dont la carrière continue et il s’est signalé pour ses textes de séries télévisées à grand succès : Les écrivains de Duplessis, Louis-Joseph Bombardier et Les Lavigueur. La littérature pour la jeunesse a profité de six romans; il en a écrit une dizaine d’autres, dont deux polars : Cinq secondes, dont Raymond a fait un compte rendu fort élogieux, puis, dernièrement, Une mort honorable, dont il est aujourd’hui question.

J’ai compris pourquoi Savoie doutait de faire vraiment des romans policiers. Avec Cinq secondes, ce n’était pas évident. Comme disait l’autre : quand on a quelques meurtres inexplicables, une enquête systématique, un tueur aux mobiles mystérieux, ça s’appelle bien un roman policier, qu’on le souhaite psychologique, historique, sociologique… Pourtant, dans ce cas-ci, le meurtre n’est pas évident (bien que tout le monde s’en doute sauf Jérôme Marceau à qui les indices ne cessent d’échapper, ce qui finit par irriter un peu le lecteur); l’enquête n’est pas évidente, car Marceau est en congé de maladie et voyage de Montréal au Lac Témiscouata et jusqu’à la mer, parce que sa mère veut voir la mer avant de mourir et que le policier Marceau semble plutôt être lui-même sous enquête; quant au tueur, personne n’est certain de son existence mais, s’il existe, le motif est clair, peut-être pas pour Marceau qui, décidément, semble avoir perdu une bonne partie de sa tête depuis le coup de batte de baseball qui l’a quasiment tué à la fin de l’enquête précédente.

En achetant une automobile à un Indien au regard suspect, Sanjai Singh Dhankhar, Marceau découvre un peu de sang sous la roue de secours, subodore un meurtre, sauf qu’on ne sait pas s’il s’agit de sang humain ou pas. S’ajoute à son trouble le fait que les autorités policières fédérales et provinciales le soupçonnent d’avoir gardé un document extrêmement important, donc secret, le Protocole 95. Ce document contiendrait la stratégie imaginée par les leaders indépendantistes pour s’assurer le contrôle du Québec advenant un oui au référendum de 1995. On se réunissait alors dans un local secret sous la Place Guy-Favreau. Or, comme Marceau, à l’occasion d’un vol d’un très grand nombre de passeports vierges, qui ne seraient pas sortis de la ville souterraine de Montréal, suggère à un collègue qu’ils sont peut-être cachés dans ce local secret, il devient suspect du vol, ce qui est un peu étonnant, et tout le monde devient convaincu qu’il possède une copie du Protocole 95, ce qui est encore plus étonnant, et le restera.

Ces trois histoires sont reliées plutôt artificiellement et ne m’ont pas tellement convaincu, pas tellement intéressé non plus. D’ailleurs, ce qui semble plutôt captiver l’auteur lui aussi, c’est plutôt la relation entre Jérôme et sa mère, Florence, dont la mort est imminente à cause d’une sorte de cancer au cerveau qui se manifeste par des symptômes analogues à l’Alzheimer, suivis éventuellement de convulsions, puis la mort. Florence manifeste sans doute quelques absences; malgré tout, c’est elle la plus lucide. Marceau a tendance à prendre sa mère pour une folle et à souhaiter sa mort, afin d’être libéré, alors qu’il ne cesse de s’aveugler sur les indices et surtout sur lui-même, se vautre impunément dans la mauvaise foi et, à moins d’une mutation brusque, qui semble s’annoncer vers la fin, risque de devenir une épave quand sa mère sera disparue.

La dimension policière comme telle est faible : les histoires sont mal imbriquées, les personnages liés au crime, au vol et à la recherche de la copie du Protocole sont minces, les dialogues plus construits pour une série télévisée que pour un roman, et le personnage principal est plutôt antipathique et abruti, ce qui a l’intérêt d’échapper aux conventions, mais ne rend pas la lecture plus agréable. Par contre, les rapports de culpabilité, les oscillations entre les sentiments de colère et une certaine tendresse, et la description des liens ambigus entre une mère surprotectrice sur le bord de s’éteindre et un fils qui aimerait bien s’affranchir sans être certain qu’il en a la force, _ ça c’est ce qui constitue la véritable trame du roman et c’est prenant pour bien des gens qui ont connu un proche atteint de la maladie d’Alzheimer.

 Ma note : (3,5 / 5) 

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