Fièvre – Val McDermid

Par Michel Dufour

fievreDate de publication originale : 2009 mcdermid
Date de publication française : 2012
Genres : Thriller, procédure policière
Personnages principaux : Carol Jordan (inspecteur), Tony Hill (profileur)

Je ne suis pas un grand amateur du roman noir mais, une fois de temps en temps, j’en traverse un, et c’est souvent un McDermid. C’est une Écossaise, née en 1955, bonne amie de son compatriote Ian Rankin, mais ses romans sont beaucoup plus macabres, sanguinolents, angoissants. Surtout la série de l’inspecteur Carol Jordan et du profileur Tony Hill, commencée en 1995 avec Le Chant des sirènes (traduction 1997, éd. J’ai lu). Fièvre est le 6e de cette série. J’ai trouvé certains romans négligés, ou mal traduits (dialogues enfantins) : c’est sans doute le prix à payer quand on publie 20 romans en 20 ans.

Cependant, je dois l’admettre, certains de ses romans m’ont hanté longtemps après leur lecture. McDermid écrit à la hache et ses scènes de crimes ne font pas dans la dentelle. Et on passe aisément de l’horreur à l’angoisse, dans la mesure où le profileur Tony Hill consacre sa vie à se fondre dans l’âme du psychopathe tueur en série qu’il doit comprendre. A force de se prendre pour ces autres, Tony est devenu impuissant, ce qui n’est pas le moindre de ses dysfonctionnements. Comme le lecteur a tendance à s’identifier au brillant profileur, la névrose risque de le gagner lui aussi. On ne sort pas indemne de ces histoires; c’est sans doute pourquoi je ne les tolère qu’à petites doses.[1] La télévision britannique a produit une série Jordan/Hill entre 2002 et 2009; les quelques émissions que j’ai vues ne rendent vraiment pas justice à McDermid.

Fièvre est un bel exemple de ces romans qu’on ne peut plus lâcher une fois qu’on a franchi les 75 premières pages (sur 500). Notre intérêt est maintenu par la façon dont les jeunes victimes (ados mâles et femelles) sont introduites : une vient de se faire assassiner et mutiler, un autre vient de se faire enlever, un autre est en train de se faire piéger sur le net, un quatrième est sur le point de se faire enlever. C’est comme si nous assistions aux différentes étapes du meurtre des jeunes, dans le désordre, et chez des jeunes différents. Entre l’enlèvement et l’assassinat, le temps est court. L’équipe de Jordan n’a pas le temps de niaiser : il faut, en même temps, enquêter sur la mort de Maidment, retracer le parcours de Morrison et de Viner, prévenir la mort de Quantick; sans parler du meurtre de Danuta Barnes et de sa fille, disparues depuis longtemps. Puis, la question du motif est problématique, du moins pour Tony : comme les organes génitaux des victimes se font charcuter, ça ressemble inévitablement à des crimes sexuels. Pourtant, Tony ne partage pas cette opinion. Quel serait donc le motif? C’est pour ça qu’on dit que McDermid écrit des whydunit plutôt que des whodunit, comme dans le bon vieux temps. Maintenant, quand nous comprendrons pourquoi ces meurtres, nous saurons qui les commet.

Pas besoin de lire les romans de la série dans l’ordre, même si c’est un plus de voir se développer les membres de l’équipe de Carol : ses relations ambigües avec Tony, les aventures sentimentales de Paula et d’Elinor, les ruses inlassables de Stacey pour voguer efficacement sur le net, les rapports tourmentés de Tony avec lui-même, sa mère et son père. Personnalités fortes, spécialités spécifiques et complémentaires, connexions compétentes, il y a là de quoi constituer une équipe efficace. Les personnages principaux sont décrits assez précisément pour qu’on s’y attache; l’intrigue est bien imaginée et l’histoire bien construite. Le rythme est lent, comme pour donner le temps à l’angoisse de se distiller. Un dur moment à passer… mais on se sent si bien après!



[1] – Pour les comptes rendus de Le Tueur des ombres, Noirs tatouages, Sous les mains sanglantes et La Dernière tentation, cf. http://polarophiles.lescigales.org/  

Extrait :
C’était une journée magnifique, le soleil dansait sur l’eau telle une boule à facettes. Sans presque un souffle de vent, un atout important quand on prévoyait d’escalader un immense pin. Barton ralentit en prenant le dernier virage pour vérifier qu’il n’y avait personne d’autre alentour. Convaincu que la voie était libre, il se gara sur le bord de la route à quelques centaines de mètres du début du chemin forestier (…) Au moment de s’engager sur le chemin, Barton regarda par-dessus son épaule pour vérifier à nouveau qu’il était seul. Quitter des yeux l’endroit où il se dirigeait s’avéra être une grave erreur. Il trébucha sur quelque chose et se retrouva à demi accroupi. Se relevant, il regarda sur quoi il avait achoppé.

Derek Barton se targuait d’être solide. Mais c’était bien au-delà de ce qu’il était capable de supporter sans perdre son sang-froid. Il poussa un cri et recula d’un pas chancelant. L’image abominable s’était gravée dans son cerveau, restant tout aussi saisissante même après qu’il se fût couvert les yeux avec ses mains.

Ma note : (4 / 5) fievre-amb

 
 
 
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