Désert barbare – Maud Tabachnick

Par Michel Dufour

DesertbarbareDate de publication originale : 2011 (Albin Michel) Tabachnick
Genres : Thriller, roman noir
Personnages principaux : Sandra Kahn, journaliste – Sam Goodman, flic de Boston

Maud  Tabachnick (1938- …) a pratiqué la kinésithérapie pendant la première partie de sa vie professionnelle. Puis, à 50 ans, elle s’est mise à écrire des romans policiers, environ 25 jusqu’à maintenant, dont 7 qui mettent en vedette la journaliste Sandra Khan et le flic de Boston Sam Goodman. Sensible au racisme, à l’antisémitisme, à l’homophobie et à la cruauté envers les animaux, Tabachnick vise avant tout à créer de bonnes histoires qui divertissent et, assez cyniquement, elle observe que l’horreur et la cruauté font la joie de ses lecteurs (« Ils s’en repaissent! »). Souvent l’action se passe aux Etats-Unis, pays par excellence des serial killers, parce que « c’est le pays où tout peut arriver! » Ses romans ne s’adressent donc pas à des cœurs fragiles ou à des âmes délicates.

Désert barbare a été qualifié de road movie et de thriller western. C’est vrai que Tabachnick sait nous faire voir les personnages et les scènes d’action, et c’est vrai aussi que le sable y joue un rôle important : une bonne partie des poursuites se passent, en effet, en Arizona, dans le désert de Sonora, et dans la ville de Yuma (pas très loin de Tombstone et de Tucson) que les amateurs de western connaissent bien. Par contre, je n’ai vu passer aucun cheval.

En réalité, il s’agit d’un bon thriller caractérisé par une triple poursuite : d’abord, venu de Boston à Phénix, puis de Yuma au désert de Sonora, le lieutenant de police Sam Goodman poursuit inlassablement Jean-François Mercantier, ex-chef de pègre haïtien recyclé aux États-Unis et au Mexique en passeur de drogues, d’armes, de femmes et d’enfants à vendre aux plus offrants. Puis, la journaliste Sandra Kahn est engagée à fort prix par une famille de San Francisco pour retrouver leur fille Cindy, qui aurait été séduite et plus ou moins enlevée par une espèce de guru, qui sévit dans le sud de la Californie. Enfin, Brad Timermann, un noir américain apparemment bien tranquille, a subi une invasion de domicile en banlieue de Yuma par une bande de cinglés, qui lui ont extorqué une petite fortune et ont enlevé son fils et sa femme, qui sont probablement déjà morts : le sens de la vie de Timermann est dorénavant de les retrouver et de les exterminer.

C’est un roman difficile à lâcher parce que Tabachnick introduit, à tous les niveaux, des jeux d’opposition qui assurent le dynamisme de l’ensemble. Par exemple, dans la famille de cinglés dégénérés, on sent bien que l’antagonisme entre le groupe de Hubbard (moins expérimenté mais plus débile, donc dangereusement imprévisible) et les disciples de Fox (grand guru mais aussi grand malade) finira par exploser; entre Sandra Kahn et Brad Timermann, momentanément liés à la poursuite de Fox et sa gang, l’objectif de chacun est si différent qu’on se doute bien que cette complicité est éphémère; et entre Goodman et les autorités de Boston et la police locale de Yuma, la solidarité est problématique pour cause de ripoux ou d’intérêts politiques.

Personnages bien campés dont on apprend toujours un peu plus au cours du récit : on n’a pas l’impression de lire une fiche. Le récit est écrit à la troisième personne, sauf dans les passages où Sarah est présente : c’est alors elle qui raconte; ce qui a pour effet qu’on s’attache à elle davantage. Chapitres courts qui ont chacun une raison d’être, bien enchaînés, qui soutiennent un rythme vigoureux. Cohérence assurée par une maîtrise aisée de l’écriture et de la composition. Conception sans doute assez noire de l’être humain et quelques scènes horribles, qui nous reposent des histoires fleur bleue et des relations cucul.

Un seul bémol : la dernière page, que je ne parviens pas à avaler, et qui fait passer mon évaluation de 4.5 à 4. Je viens de relire les 15 dernières pages au cas où j’aurais manqué quelque chose : il ne me semble pas. Je n’ai rien contre les fins qui ne finissent pas, mais il y a moyen de ne pas finir plus habilement.

Extrait :
Je passe un coup de fil au Cicero pour leur demander de me conserver ma chambre, et le réceptionniste m’informe qu’une jeune femme m’attend au bar.
— Une jeune femme? A quoi ressemble-t-elle?
— Une trentaine d’années, peau mate, cheveux sombres noués en une natte.
— Bien observé. Ne dites pas que j’ai appelé…merci.

Je n’ai rien contre Mary, je dirais même au contraire. Je ne veux simplement pas m’embarquer dans une histoire sans issue. Elle a vingt-neuf ans, j’en ai quarante-cinq, je vis depuis seize ans avec une femme que j’aime, même si lorsque nous conversons au téléphone je lui recommande maintenant d’être prudente en voiture au lieu de lui demander ce qu’elle porte comme lingerie. La passion des débuts a fait place à un sentiment de plénitude amoureuse que l’on nomme tendresse ou habitude. Et c’est précisément à cette période-là qu’il faut se méfier de tout le monde. Même Ulysse a eu du mal à s’en sortir.

Quand j’ai connu Nina, je venais de perdre mon amie que j’aimais infiniment, violée et tuée par un psychopathe récidiviste soupçonné d’avoir violé et tué un an plus tôt une petite fille, et qui s’en était sorti grâce au faux témoignage de sa femme terrorisée. Mais la police savait qu’il était coupable. Je l’ai retrouvé et je l’ai tué. Et c’est à cette occasion que j’ai connu Sam Goodman et qu’il est devenu mon meilleur ami.

Il menait l’enquête sur une série de meurtres perpétrés contre des hommes à Boston, et comme il est super futé il a compris que j’étais la meurtrière de ce Lancaster qui faisait partie des victimes. Il ne m’a pas arrêtée.

Ma note : (4 / 5) Desertbarbare-amb

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