Tu n’as jamais été vraiment là – Jonathan Ames

Par Raymond Pédoussaut

tunasjamaiseteDate de publication originale : 2013 (Éditions Joelle Losfeld)Ames-Jonathan
Date de publication française : 2013 (Éditions Joelle Losfeld)
Genre : Roman noir
Personnage principal : Joe, mercenaire

Joe est un ancien marine reconverti en homme de main. On fait appel à lui par l’intermédiaire d’un dénommé McCleary. Il intervient dans des situations où les commanditaires préfèrent une action efficace mais discrète, sans que la police ne soit informée. Après sa dernière mission à Cincinnati où il l’a échappé belle après une agression, un gros bonnet de la politique, un sénateur, lui demande de retrouver sa fille qui aurait été victime d’un prédateur sexuel sévissant sur Internet. Joe commence ses recherches et découvre que la réalité est bien différente de ce qu’on lui avait présenté.

L’intrigue est classique : la recherche d’une jeune fille tombée dans les mailles d’un réseau de prostitution. Mais bien sûr les apparences ne sont pas la réalité. Rien de bien nouveau de ce côté.

Par contre le personnage de Joe est vraiment atypique. Joe est un loup solitaire, dans la tradition du protagoniste hard boiled des romans noirs américains : un dur à cuire, costaud, pas impressionnable et déterminé. Mais Joe ne s’aime pas, il sait qu’il finira par se suicider. Il a fixé cette échéance après la mort de sa mère. Car cet homme dur et farouche vit avec sa maman. Il ne se laisse approcher par personne, il n’a pas d’amis et il a renoncé aux femmes. Joe en est convaincu : où qu’il aille il amènera la douleur et le châtiment. Cependant il est très efficace dans son boulot. Il a une arme de prédilection, assez particulière et peu utilisée pour l’usage qu’il en fait : un marteau. « Le marteau occupait dans l’esprit humain une case qu’on pourrait nommer terreur universelle. » L’apparition de l’outil dans ses mains provoque chez l’adversaire la stupéfaction et quelques secondes d’hésitation que notre homme sait mettre à profit.

Ce livre est court (100 pages) et se lit rapidement. Le roman se finit si brutalement que j’ai cherché les pages qui manqueraient. Eh bien non ! Il ne manque rien, ça se finit ainsi. Au point où on en était, j’aurais bien vu l’histoire se prolonger un peu afin qu’elle devienne plus consistante et le livre moins léger (physiquement). Peut être que l’auteur a été appelé en urgence et qu’il n’a pas eu le temps de finir ? Il y a quand même des points positifs : malgré le caractère sombre et désenchanté du personnage principal, le roman est plein d’énergie et de vitalité, ce qui contribue à laisser finalement un goût agréable en dépit de la noirceur de l’histoire. Dans sa présentation il est écrit que ce livre est un hommage à Raymond Chandler. Je veux bien le croire.

Extrait :
Pour atteindre son but, garder sa pureté et rester maître de lui-même, il ne pouvait se laisser approcher par personne. Il devait fuir tous ses amis et renoncer aux femmes. Les femmes s’étaient toujours brisées contre lui, de toute façon, comme des oiseaux en plein vol heurtant une fenêtre illusoire. Elles pensaient pouvoir être proches de lui, mais cela n’avait jamais été possible. Pourtant, il avait essayé pendant des années, espérant naïvement à chaque fois qu’il pourrait être capable d’aimer. Et puis, après avoir découvert les petites Chinoises dans le camion, il avait clairement compris que tout devait cesser. Plus de femmes, plus de relations sexuelles, plus de compagnie d’aucune sorte. Il parlerait le moins possible au monde extérieur, et c’est pourquoi il se rendit chez sa mère, la seule personne à laquelle — c’était une certitude — il ne ferait aucun mal. Il revint s’installer dans la maison où il avait grandi, dans le Queens. La présence de son père hantait encore chacune des pièces. Joe perdit encore un peu plus la tête.

Ma note : (3 / 5) tunasjamaisete-amb

 

 

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