Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2025 – Stock
Genres : Anticipation, Dystopie, humour
Personnages principaux : Elon Musk, Donald Trump, Vladimir Poutine
« Mon idée est toute simple, non ? Je suis étonné de ne pas y avoir pensé plus tôt. » C’est ce que déclare Elon Musk dans le Bureau ovale de la Maison-Blanche. Son idée : remettre au goût du jour une vieille tradition américaine de la mise à prix des criminels. Ici la prime est colossale et la cible est énorme : un milliard de dollars sur la tête de Poutine ! Trump approuve avec enthousiasme. C’est ainsi qu’est lancée la plus grande chasse à l’homme contre prime de tous les temps.
Ce petit livre (140 pages) aurait l’air d’une farce sur le délire des puissants, s’il n’était basé sur des personnages existants qui nous ont habitués à des extravagances bien réelles et on sait que souvent la réalité dépasse la fiction. On a pu constater, depuis la réélection de Trump, que tout peut arriver : le chaos mondial par exemple au lieu de la paix en 24 heures promise. Le retour à la loi du Far West n’est qu’une étape de plus dans la régression démocratique amorcée depuis le retour de Trump.
Avec un humour caustique, l’auteur se plaît à décrire l’ivresse de puissance : « MOI ET MON ARGENT, NOUS CHANGERONS LE MONDE ! » vocifère Musk. « J’ai un cerveau bien supérieur à la moyenne. Je suis un génie stable », assène Trump. Certains jugeront que c’est caricatural, mais connaissant la modestie de ces deux hommes, s’ils n’ont pas prononcé exactement de telles paroles, on les sait capables de le faire. L’auteur a forcé le trait pour mettre en évidence le ridicule des comportements, mais une question reste : jusqu’à quel point ?
Le pire est que les arguments de Musk peuvent s’entendre : Ne vaut-il pas mieux tuer un seul homme, un dictateur de surcroît, afin d’éviter la mort de millions d’autres ? C’est réalisable grâce à une immense fortune. Au nom de l’efficacité, tous les moyens sont bons. Ainsi la brutalité, la puissance et le cynisme se substituent aux lois. C’est le Nouveau Monde, c’est l’heure des prédateurs comme l’affirme Giuliano da Empoli.
Dans la dernière partie du roman, Philippe Claudel prend un malin plaisir à ramener les maîtres du monde à leur condition d’êtres humains fragiles. Je n’en dirai pas plus pour préserver le suspense.
Wanted pourrait être une amusante parodie sur les puissants de ce monde, mais ce que nous avons observé des actualités internationales nous laisse penser qu’on n’est peut-être pas si éloigné de la réalité.
Extrait :
« Mon idée est toute simple, non ? Je suis étonné de ne pas y avoir pensé plus tôt, d’ailleurs. Et honnêtement, ce que je propose comme argent a de quoi motiver les plus réticents, pas vrai ? Un milliard ! Un milliard de dollars pour la tête de ce fils de pute ! C’est du jamais vu, ça ! Du jamais vu dans l’histoire de l’humanité ! Si quelqu’un avait proposé un milliard de dollars pour buter Hitler, vous croyez qu’il y aurait eu les chambres à gaz ? Moi je vous dis que non. JE VOUS DIS QUE NON ! On aurait épargné des millions d’êtres humains ! Cette ordure serait morte et on aurait sauvé des millions de vies ! Des Juifs et d’autres.

(4,2 / 5)

2025









