Strange Houses – Uketsu

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2021 (Henna Ie)
Date de publication française :
 2025 (Seuil)
Traduction (Japonais) :
Amana Renhall
Genre : Thriller
Personnage principal :
Kurihara, architecte et amateur d’énigmes

En mars 2025, j’ai été séduit par le premier roman d’Uketsu traduit en français : Strange Pictures. Un roman dépaysant, désarçonnant et intelligent. On lui pardonnera la coquetterie de laisser ses titres en anglais. Dans ce roman, il fallait interpréter des dessins. Dans Strange Houses, il faut interpréter les plans d’une maison.

Dès l’abord, l’originalité de l’œuvre nous saute aux yeux : il y a environ 75 plans de maison qu’il faut interpréter, plus exactement qu’il faut comprendre pour découvrir comment des crimes ont pu y être commis de façon absolument secrète.

L’histoire  nous est contée sous forme de dialogue entre l’auteur, journaliste spécialisé dans l’occulte, son ami Yanagioca qui le consulte sur l’achat d’une maison apparemment suspecte, et un camarade de l’auteur qui est architecte et amateur d’énigmes, un certain Kurihara. Se joindra bientôt à ce trio Yuzuki Miyaé, dont le cadavre du mari a été retrouvé dans les montagnes de Saitama il y a trois ans, et à qui il manquait la main gauche, comme c’était le cas en ce qui concerne le cadavre d’un homme assassiné à Tokyo, dont parle l’auteur dans l’article qui a attiré l’attention de Yuzuki. Or, les habitants de la maison de Saitama auraient déménagé à Tokyo et leur maison de Saitama aurait brûlé. Et les plans des deux maisons révèlent un même espace secret.

S’il est vrai qu’on a tué des hommes dans ces maisons, et qu’on leur a coupé la main gauche, de quel genre de famille s’agit-il, et c’est quoi l’idée de couper la main gauche d’un individu ? La deuxième partie du roman s’intéresse à ces questions. Pour y répondre, il faudra analyser quelques générations de la famille Katabuchi et remonter jusqu’à Kaei Katabuchi qui a régné sur la famille de 1899 à 1915.

J’ai trouvé plutôt fastidieuse cette deuxième partie du roman, peut-être parce que je suis assez étranger aux questions d’ascendance familiale. On délaisse un peu les questions d’observation et d’induction pour s’embourber dans les affaires de famille, les rancunes et les haines dont on hérite malgré soi, les légendes ou même les malédictions de sorcières. En admettant que des sorcières puissent exercer une réelle influence sur des personnes rationnelles, bien des comportements bizarres trouvent une explication compréhensible. Mais les lecteurs qui n’admettent pas ce prérequis ont l’impression d’assister à une sorte de rêve, voire même une sorte de folie collective.

Extrait :
Kurihara : L’espace sans porte au rez-de-chaussée a été créé délibérément. Je pense que c’est visible sur le plan. Cet espace a été créé par deux pans de mur qui ne sont pas nécessaires. Les deux pans de mur qui donnent sur la cuisine. Sans eux, cet  « espace mystérieux » n’existerait pas et la cuisine serait plus grande. Le fait d’avoir construit ces murs au détriment même de la surface de la cuisine montre que cet espace était nécessaire (…)
Ce qui est bizarre, c’est la distribution des pièces à l’étage (…)
L’emplacement des portes est aussi bizarre. Une fois monté à l’étage par l’escalier, il faut faire un assez long détour pour entrer dans la chambre d’enfant. Pourquoi un agencement aussi compliqué ?
En plus, cette chambre est aveugle (…) Une chambre d’enfant sans fenêtre, je n’ai jamais vu ça, du moins dans une maison individuelle.

Plans

Niveau de satisfaction :
4 out of 5 stars (4 / 5)

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Le Courant d’air – Catherine Ryan Howard

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2020 (The Nothing Man)
Date de publication française :
 2025 – L’Archipel
Traduction (anglais Irlande) :
Sebastian Danchin
Genre : Thriller
Personnages principaux :
Eve Black, autrice – Jim Doyle, tueur en série

Jim Doyle est agent de sécurité dans un supermarché. Son regard est attiré par une femme qui a un livre sous le bras. Le livre glisse et tombe, quand la femme se baisse pour le ramasser, Jim aperçoit le titre : Le Courant d’air. Il n’en croit pas ses yeux, le Courant d’air était son surnom quand il agressait et assassinait des gens, il y a 18 ans. Il n’a jamais été pris, pas même soupçonné, insaisissable comme un courant d’air. Coïncidence ? Le doute est vite levé, Eve Black, l’autrice est l’unique survivante de l’ultime attaque du tueur en série qui a massacré son père, sa mère et sa petite sœur. Jim se procure le livre et le lit pour savoir ce qu’a exactement découvert l’autrice. À la fin de sa lecture, une décision s’impose à lui : le dernier crime du Courant d’air sera la mort d’Eve Black.

Le thème du tueur en série est maintes fois utilisé dans la littérature noire. C’est un sujet rebattu qui finit par devenir lassant. Peu d’auteurs sont capables de le réutiliser en le renouvelant. Citons parmi eux : Søren Sveistrup et Jacques Saussey. Catherine Ryan Howard avec le Courant d’air intègre ce cercle restreint.

L’intrigue est originale puisque l’arme utilisée pour découvrir l’identité d’un tueur en série est un livre. Eve Black avait 12 ans quand sa famille a été exterminée par quelqu’un qui s’est introduit dans la maison familiale. Le coupable a fait d’autres victimes, huit en tout, sans être inquiété. Aidée par le policier qui a dirigé l’enquête à l’époque, Eve rouvre les recherches avec la ferme intention de démasquer l’assassin. Et comme son livre connaît un beau succès, elle espère susciter de nouveaux témoignages … ou de provoquer une réaction du meurtrier.

La narration de l’histoire est également singulière : il y a un autre livre dans ce livre. Le livre écrit par Eve Black fait partie du roman de Catherine Ryan Howard. Tous les deux ont comme titre Le Courant d’air, celui d’Eve Black est sous-titré Une survivante en quête de vérité. On passe alternativement de l’année 2019 où le livre d’Eve a été publié, aux années 2000 et 2001 où sévissait le Courant d’air.

Concernant les personnages, l’autrice nous décrit un meurtrier très organisé qui fait des repérages à l’avance. Comme la plupart des tueurs en série de romans, il est submergé par un sentiment de puissance et d’invulnérabilité au moment où il passe à l’acte. Là, rien de nouveau dans le profil de ce genre de meurtrier, si ce n’est qu’il profite des avantages de son métier pour préparer ses agressions. Eve a été la fille qui a survécu au massacre de sa famille, aujourd’hui elle est celle qui va identifier le responsable. Elle ne dit pas tout, elle n’a pas tout écrit dans son livre. Elle aussi cache son jeu. Un dangereux jeu du chat et de la souris se joue alors entre l’assassin et l’autrice.

Sur le thème quelque peu éculé du tueur en série, Catherine Ryan Howard a réussi à faire un thriller original et plein de suspense.

Extrait :
Quand on y réfléchit bien, ce type était un lâche, et il l’est resté. Ce n’est pas mon cas. J’ai décidé de le démasquer et n’allez pas croire que mes recherches se sont arrêtées avec la publication de ce livre. Je crois même que ce livre va nous apporter de nouvelles pistes. Il fera naître des souvenirs et des réactions chez certains de ses lecteurs. Alors, pour répondre à votre question, je ne suis pas du tout inquiète. En revanche, je suis déterminée. Je vais le retrouver.
Eve laissa s’écouler un battement.
— Et impatiente. Le dénouement est proche. J’en ai la conviction…

Niveau de satisfaction :
4.3 out of 5 stars (4,3 / 5)

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Krummavίsur – Ian Manook

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2024 (Flammarion)
Genres : Enquête, thriller
Personnage principal :
Kornelius Jakobsson

Après avoir passé quelques dures semaines dans le Grand Nord canadien (cf. Ravage), nous voici plongés en Atlantique nord, entre l’Islande et le Groenland.

 En 1995, un pilote d’avion et son passager (menotte au poignet qui retient une mallette) affrontent une violente tempête qui les contraint à s’échouer sur les bords d’une profonde crevasse.

 En 2002, un professeur et son guide, encordés l’un à l’autre, cherchent à lire dans la glace l’histoire des éruptions de l’Hekla, le volcan le plus actif d’Islande. Dans une crevasse, ils découvrent un corps congelé qui tient une mallette.

Plus tard, dans une lagune près des glaciers, un père et son fils dans une barque observent le jeu amusant des phoques jusqu’à ce qu’une terrible vague imprévisible ébranle d’énormes glaciers dont des blocs se brisent et s’écrasent dans l’eau, entraînant le chavirage de la barque. C’est sur cet incident que va enquêter le jeune inspecteur Ari Eiriksson. Et, comme par hasard, l’ex-flic Kornelius Jakobsson a été témoin du naufrage.

Pendant ce temps, un hélicoptère des forces spéciales arraisonne un chalutier en fuite et arrête deux pêcheurs soupçonnés d’avoir violé et tué la jeune Anika qui n’avait que 15 ans.

C’est dans cette apparente confusion que débute le récit de Manook, qui finira par nous entraîner dans le conflit qui implique aujourd’hui les États-Unis, le Danemark et le Groenland. L’auteur adore jouer avec son lecteur. De la même façon, ses chapitres commencent souvent dans le feu de l’action et ça prend un certain temps avant qu’on puisse identifier le il ou le elle dont il parle. Manook s’amuse aussi beaucoup avec le langage : son style est époustouflant, notamment quand il décrit les cieux et la mer en pleine tempête, de même que les paysages animés par le vent, les oiseaux, la pluie.

Le jeu principal c’est évidemment la manière d’emboîter toutes les pièces du puzzle (et il y en a plusieurs). Le lecteur travaille fort, mais il est aidé par la fréquentation de plusieurs personnages intéressants développés avec une précision d’orfèvre par l’auteur.

Bref, c’est un roman qui m’a captivé d’un bout à l’autre, malgré une petite réserve pour la finale qui rappelle brutalement que tout ça était arrangé avec le gars des vues.

Extrait :
Il est bien le Kornelius Jakobsson obstiné et têtu qui s’échine jour après jour à saborder sa vie professionnelle autant que personnelle. L’enquête est close à Reykjavik, étouffée sous un édredon avec le commissaire national, le ministre de la Police et même la Première ministre assis dessus pour être certains que plus rien n’en transpire. Qu’est-ce qu’il est venu risquer sa vie au royaume du Danemark, aussi pourri que sa république islandaise ?

Glacier du Groenland

 Niveau de satisfaction :
4.4 out of 5 stars (4,4 / 5)

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Ici s’arrête le monde – Barbara Abel

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2025 – Éditions Récamier
Genre : Thriller psychologique
Personnages principaux :
Hélène et Raphaël parents d’une famille recomposée

Bruxelles, en septembre d’on ne sait quelle année.
Au sein d’une famille recomposée, on fête l’anniversaire de Soline (17 ans), la fille d’Hélène qui a comme nouveau compagnon Raphaël, lui-même père de Laura (16 ans). Hélène et Raphaël ont eu ensemble Marius (8 ans). Pendant le repas d’anniversaire, une explosion énorme fait trembler le sol et les murs. Puis tout s’éteint, l’appartement est plongé dans le noir. D’autres explosions se produisent, plus proches. Des incendies illuminent la ville. Tout le monde va se réfugier à la cave pour se mettre à l’abri. On ne sait pas ce qui se passe à l’extérieur. La guerre ? La vie vient de basculer. Les explosions continuent, il faut partir, quitter Bruxelles tant qu’il est encore temps. Mais comment partir alors que Félix, un copain de Marius, qui était venu jouer avec lui est avec eux et qu’en plus ils ont recueilli un bébé dont les parents ont été tués ? Sans compter que Soline vivait avec son père, pas avec Hélène et Raphaël. Il faut rendre ces enfants à leurs parents avant de s’enfuir. Ce qui va beaucoup compliquer les choses et retarder le départ.

Dans l’intrigue imaginée par l’autrice, la Belgique est attaquée par une puissance inconnue et Bruxelles est bombardée. Situation surprenante, mais l’essentiel est ailleurs. C’est simplement un contexte d’angoisse et d’insécurité qui va mettre les membres d’une famille recomposée devant des choix difficiles. Le fait que la famille soit recomposée est d’une grande importance parce qu’elle complexifie les décisions. Les parents doivent prendre des décisions concernant les enfants dont ils ne sont pas les seuls responsables. Ainsi Soline est la fille d’Hélène et d’un autre homme qui est tout aussi concerné par le sort de sa fille. Hélène peut-elle décider seule ? Même cas de figure pour la fille de Raphaël et d’une autre femme. Et comme si ça ne suffisait pas, l’autrice en rajoute : un petit garçon de 8 ans dépend d’eux et même un bébé de 3 mois recueilli après la mort de ses parents. Est-on libre de décider du destin d’une personne dont on n’est responsable que momentanément et par accident ? Quelle est la meilleure solution alors que toutes ont leurs inconvénients ? Ce sont les questions qui sont posées aux parents tout au long de cette histoire. De dilemme en dilemme, le départ est différé et le danger augmente. Laura, la fille de Raphaël, donne sa façon de voir : on n’arrive pas à partir parce qu’on n’est pas une famille.

L’autrice termine son livre de façon abrupte et amère en nous rappelant que ces guerres qui se déroulent près de nous ou à l’autre bout de la terre ne provoquent qu’indifférence chez ceux qui ne les subissent pas directement.

Dans ce roman, Barbara Abel met en évidence de façon magistrale la difficulté de prendre les bonnes décisions dans des circonstances dramatiques. C’est un roman intense et haletant.

Extrait :
Elle a la sensation d’avoir éteint une lumière que rien ne pourra jamais rallumer. Depuis le début des bombardements, les dilemmes la malmènent, elle n’en peut plus de devoir choisir. Entre Soline et Marius, entre sa vie d’avant et celle d’aujourd’hui, emmener Pauline, dire la vérité à Quentin, abréger les souffrances de Bruno, laisser le destin suivre son cours. Tant de choix impossibles ! Sans cesse elle affronte deux camps opposés, entre la raison et les élans, les principes et les pulsions, les fidélités et les désirs. Un dilemme, c’est une guerre civile : deux vérités se disputent le territoire de l’âme. Les sacrifices sont énormes. C’est une bataille dont on sort amputé de ce qu’on n’a pas choisi. Ou coupable de ce qu’on a préféré.
Choisir, c’est renoncer.

Niveau de satisfaction :
4.2 out of 5 stars (4,2 / 5)

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Rouge comme la mer – Lilja Sigurdardóttir

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2020 (Blódraudur sjór)
Date de publication française :
 2024 (Métailié)
Traduction (islandais) :
Jean-Christophe Salaün
Genres : Enquête, thriller
Personnages principaux :
Aurora, policière – Daniel, policier

Ce roman fait partie d’une trilogie qui met en vedette la policière Aurora. Chaque roman est indépendant, le seul lien étant la recherche par Aurora du cadavre de sa sœur qui a été tuée et dont le corps a été apparemment abandonné dans les terres volcaniques au nord de l’Islande. J’avais déjà été satisfait par Trahison, qui a obtenu l’Icelandic Crime Fiction 2019[1].

L’entrepreneur Flosi, en entrant chez lui, tombe sur une demande de rançon : sa femme Gudrun a été enlevée et on menace de la tuer si la rançon n’est pas livrée. Son comptable, Michael, demande à la policière Aurora d’aller voir la situation de plus près, et en toute discrétion, puisque la police ne doit pas être mise au courant. Aurora demande l’aide de Daniel, un policier d’expérience, et on fixe un rendez-vous avec Flosi dans un Café. L’enquête sur l’enlèvement de Gudrun commence.

Plusieurs personnes ont intérêt à faire disparaître Gudrun : la femme précédente de Flosi, Karen; la fille de Karen et Flosi, Ida Thöll; la maîtresse de Flosi, Bergros; Flosi lui-même. À moins que ce ne soit un Russe pour lequel il semble que Flosi ait effectué d’énormes blanchiments d’argent.

L’intrigue est construite de façon classique : pas besoin de multiplier les personnages ou de jouer avec les dates pour mêler le lecteur, le problème suffit. La stratégie des policiers est clairement élaborée, ce qui n’empêche pas les rebondissements de les prendre par surprise. Le lecteur peut difficilement ne pas être hanté par le problème et chamboulé par les changements d’angles que doivent s’imposer les enquêteurs.

Bref, un roman bien construit, des personnages crédibles et des aperçus intéressants sur les relations homme/femme et la vie de famille.

[1] Il ne faut pas confondre cette auteure avec Yrsa Sigurdardóttir qui écrit aussi beaucoup de polars et de romans pour les jeunes.

Extrait :
« Qu’est-ce que ça peut vous foutre que j’aie voulu ou non avoir d’autres enfants ? Quel est le putain de rapport avec la disparition de Gudrun ? Comment pouvez-vous ne serait-ce que d’envisager que Bergros ait quoi que ce soit à voir là-dedans ? Elle doit faire trente kilos de moins que Gudrun ! Vous l’imaginez sérieusement capable d’avoir le dessus sur elle et de la kidnapper ? C’est quoi, ces conneries ? Et si vous cherchiez ma femme au lieu de rester bêtement assis là à me cuisiner ? Je ne m’extorque pas moi-même, à ce que je sache ! »

L’Islande

Niveau de satisfaction :
4.3 out of 5 stars (4,3 / 5)

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À la découpe – Pascal Manoukian

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2025 – Rio Bravo
Genres : Fable satyrique, utopie
Personnage principal :
Hugo Sassaire, candidat à la présidence de la République

Hugo Sassaire, 36 ans, divorcé et père d’un garçon, travaillait dans une grande entreprise jusqu’au jour où le groupe décide de réduire les effectifs et qu’il se retrouve licencié sans autre forme de procès. Alors qu’il fumait tranquillement une cigarette devant le siège de l’association De beaux lendemains, dont il fait partie en tant que chômeur, il est abordé par une journaliste qui cherche de façon urgente une réaction de l’homme de la rue à l’abandon de la présidence de la République par son actuel président totalement dépressif. Hugo, inspiré, donne une réponse qui va faire le buzz dans les médias : la véritable égalité n’est pas l’extinction des riches, mais leur multiplication. Faire de chaque Français un multimillionnaire, voilà ce qu’il faudrait faire ! Du jour au lendemain, Hugo devient célèbre. Avec quel argent compte-t-il enrichir les Français, lui demande-t-on. Hugo a un programme : vendre la France à la découpe à tous ceux que ça intéressera. Selon ses calculs cela devrait rapporter douze millions d’euros à chaque citoyen. Les Français deviendraient alors riches, apatrides et heureux ! Les clients ne manquent pas : les États-Unis ont fait savoir qu’ils étaient intéressés par la Nouvelle Calédonie, les Chinois se portent acquéreurs de la totalité des terres arables, l’Allemagne vise l’ensemble de l’armement nucléaire français, l’Arabie Saoudite et le Qatar se disputent la Côte d’Azur, Elon Musk convoite Kourou et peut être la Guyane toute entière … En France, il doit y avoir de nouvelles élections pour remplacer le président démissionnaire, Hugo est poussé à être candidat. Sa candidature rencontre un immense succès, son portrait se multiplie sur les murs, les bus, les camions, un slogan inventé par la rue apparaît : Voter Sassaire enfin. Hugo pourra-t-il mener un son projet jusqu’au bout ?

Ce livre est un OLNI (Objet Littéraire Non Identifié). C’est un livre bizarre tant dans sa forme que dans son contenu. Un format plus petit que l’habituel format poche, une couverture d’une sobriété absolue, un éditeur nouveau et un sujet de roman insolite.

Par son contenu, ce roman fait rire mais ce n’est pas la grosse farce, c’est plutôt un rire grinçant qui s’appuie sur des constatations critiques de l’état de la France et du monde. Ainsi l’auteur ne se prive pas de fustiger les privilégiés et les hypocrites qui vivent à l’opposé de ce qu’ils prêchent. Les représentants du peuple et les politiques ne sont pas plus épargnés : Les Français, fatigués d’une démocratie de petits arrangements, de générations de consanguinité idéologiques, ne comptaient plus sur la politique pour améliorer leur ordinaire. D’autres questions très sérieuses sont aussi abordées : qu’est-ce qu’un pays, un peuple ? Quelques passages du livre ont même une tonalité militante et contestataire.

En France, nous aurons des élections présidentielles en 2027. Et si un candidat venu de nulle part, comme Hugo Sassaire, balayait tout sur son passage et imposait ses idées révolutionnaires (et pacifiques) ? En attendant, vous pouvez lire À la découpe, vous y prendrez sans nul doute beaucoup de plaisir sans vous ruiner (12 euros).

Extrait :
La France fatiguée, déçue, oubliée, burnoutée, smicardisée, endettée, sous-éduquée, privée d’espoirs et d’horizons, la France des mal-logés, des mal-soignés, des mal-nourris, des mal-considérés, emportait toutes les digues, renversait tous les garde-fous. À l’inverse, les riches, les biens-nés, les premiers de cordée, devenus trop peu nombreux à force de ne pas partager, regardaient monter la vague, les pieds déjà dans l’eau. Aucune chance de l’endiguer, démocratiquement, le goût de la fortune, déjà dans toutes les gorges assoiffées, l’interdisait. Constitutionnelle ou pas, la vente les libèrerait.

Niveau de satisfaction :
4.3 out of 5 stars (4,3 / 5)

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La méthode sicilienne – Andrea Camilleri

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2018 (Il Metodo Catanalotti)
Date de publication française :
 2024 (Fleuve noir)
Traduction (italien) :
Serge Quadruppani
Genres : Enquête, sociologique
Personnage principal :
Commissaire Montalbano

Camilleri est décédé en 2019 et, heureusement, on a continué à traduire ses romans qui nous livrent une vision pittoresque de la vie en Sicile. La série du Commissaire Montalbano, en particulier, met en scène des situations dramatiques auxquelles est mêlée, bien sûr, la mafia sicilienne, mais on traverse toujours ces histoires avec un certain sourire. Camilleri s’intéresse moins aux crimes qu’au travail d’équipe mis en branle pour les résoudre.

Pendant 20 ans, cette équipe est pratiquement toujours la même : le Commissaire Montalbano, qui vit dans un petit chalet à Vigata sur le bord de la mer, souvent grognon, particulièrement intuitif, et surtout gastronome; le fidèle Fazio, expérimenté et légaliste; Mimi Augello, coureur de jupons impénitent; et le jeune Catarella dont les problèmes de langage mêlent un peu tout le monde. Ce sont les relations entre ces quatre policiers qui constituent l’essentiel du récit.

Évidemment, ça ne dispense pas d’une intrigue policière. Dans ce cas-ci, tout commence quand Augello se sauve de l’appartement de sa maîtresse en sautant sur le balcon du voisin d’en bas; la porte-fenêtre est heureusement ouverte et, dans le noir, Augello se heurte à un corps tout habillé mais froid comme la mort. Il s’enfuit mais laisse partout des empreintes. Ce sera le premier problème à résoudre. Le lendemain, la police est avertie qu’un corps a été retrouvé dans les mêmes circonstances à une autre adresse. Et on apprend que le corps découvert par Augello est disparu. Mais ce n’est pas le même corps. Puis, le metteur en scène original Catalanotti est retrouvé mort à son tour. Quel rapport? Et le jeune Nico se fait tirer dans les jambes, mais ni lui ni sa fiancée ne veulent dire par qui.

Montalbano et son équipe ne s’en font pas trop avec toutes ces questions. Par contre, on se demande souvent si Montalbano doit rompre avec l’éternelle Livia au profit de l’agaceuse obsédante Antonia avec qui il n’en finit pas de feuilleter des documents, de partager de bons repas et de multiplier les pauses épidermiques. Les soucis personnels du Commissaire et de son adjoint Mimi Augello prennent beaucoup de place, au point où il n’est plus facile de suivre le problème principal ni même de savoir c’est lequel.

Extrait :
Avec précaution, il ouvrit les volets et la porte-fenêtre, glissa la tête à l’intérieur de la pièce plongée dans une obscurité complète, tendit l’oreille et, il eut beau retenir sa respiration, il ne perçut qu’un silence absolu. Prenant son courage à deux mains, il ouvrit un peu plus et avança la tête et les épaules. Il resta ainsi immobile, oreille tendue à l’affût d’un bruissement, d’une respiration. Rien. La faible lumière qui arrivait de la rue lui suffit pour comprendre qu’il s’atrouvait[1]  dans une chambre à coucher, mais il se convainquit qu’elle était vide (…)
Ses yeux s’habituaient à l’obscurité, et il lui sembla distinguer sur le lit ‘ne[1] forme sombre.
Il aiguisa son regard : c’était
 ‘ne[1]  forme humaine !

[1] Le traducteur invente une sorte de dialecte pour rester plus près de l’auteur qui a créé un langage qui lui est propre.

La Vigata de Montalbano

Niveau de satisfaction :
3.5 out of 5 stars (3,5 / 5)

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La faille – Wojciech Chmielarz

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2024 (Wyrwa)
Date de publication française :
 2025 – Mera éditions
Traduction (polonais) :
Anastazja Deresz
Genre : Thriller psychologique
Personnages principaux :
Maciej Tomski, analyste financier – Kamil Wojnar, acteur

Maciej Tomski vient d’apprendre que sa femme Janina s’est tuée dans un accident de la route. Elle a percuté un camion qui arrivait en sens inverse. Il se retrouve seul pour élever ses deux filles âgées de 11 ans et 4 ans et il ne sait pas comment leur annoncer que leur mère est morte. L’accident de son épouse lui paraît bizarre puisqu’elle est morte dans un endroit où elle n’aurait pas dû se trouver. Elle devait être à Cracovie pour un reportage alors qu’elle s’est tuée à Mrągowo en Mazurie dans le nord-est de la Pologne. Que faisait-elle là ? Lui aurait-elle menti ? Les questions se multiplient dans la tête de Maciej. Quand aux funérailles de son épouse Maciej remarque un inconnu qui n’avait pas sa place là, parmi les familles et les amis, il est encore plus intrigué. À ce moment-là, il réalise qu’une partie de la vie de Janina lui est totalement inconnue. Il décide de se rendre en Mazurie pour en apprendre davantage sur les circonstances de l’accident. Ce qu’il va alors découvrir va le sidérer.

L’intrigue est judicieusement montée pour réaliser un crescendo de révélations. Le simple accident de la route annoncé au début va se transformer en une histoire complexe à multiples facettes. Sur les traces d’une épouse énigmatique, Maciej rencontre Kamil Wojnar, un acteur célèbre. Cet homme semble avoir tenu une place importante dans les derniers mois de vie de Janina.

L’histoire est relatée d’abord du point de vue de Maciej, puis de celui de Wojnar et enfin des deux alternativement. Maciej, le mari, est un analyste financier de haut vol, mais il manque d’ambition. Alors il voit des collègues plus jeunes et moins compétents le devancer pour les promotions. Il faut qu’il se fasse violence pour s’imposer et faire ce qu’il faut. Quand il apprend la mort de son épouse, il est dévasté, mais aussi rongé par la culpabilité. Wojnar, lui, a connu le succès en tant qu’acteur de théâtre et de cinéma. Il s’est ensuite retiré dans une grande maison d’un petit village de Mazurie où il vit en solitaire. Wojnar, contrairement à Maciej, sait prendre des décisions, même les plus radicales. Les deux hommes que tout oppose vont faire équipe pour savoir ce qui est réellement arrivé à Janina.

La faille est un excellent thriller psychologique avec du suspense, de la tension et, ce qui n’est pas courant dans ce genre, une grande sensibilité. L’intrigue, de belle facture, nous amène de surprise en surprise. Les personnages sont touchants et très réalistes.

Extrait :
— Les mères aiment toujours plus leurs enfants que les pères, commença-t-il prudemment. Mais c’est nous, les pères, qui détestons le plus les hommes qui nous enlèvent nos filles. Tu ne comprends pas encore, mais bientôt, tes filles grandiront et tu verras par toi-même. Tu mépriseras tous les garçons qu’elles ramèneront à la maison. Tu soupçonneras chacun d’eux du pire. Tu leur souhaiteras de se casser une jambe et de ne plus jamais mettre les pieds chez toi. C’est la nature des choses. L’amour est le lot des femmes, la haine est le nôtre.

Niveau de satisfaction :
4.3 out of 5 stars (4,3 / 5)

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Marées noires – Luc Chartrand

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2025 (Québec Amérique)
Genres : Thriller, historique
Personnage principal :
Paul Carpentier, enquêteur

Quand on aborde un roman de Chartrand, on doit s’attendre à un récit complexe qui s’enracine dans un contexte historique, géographique, et même politique, réaliste, ce qui est un genre peu pratiqué au Québec. C’est le troisième roman de Chartrand. J’ai déjà commenté Le Code Bezhentzi (1998) et l’Affaire Myosotis (2015). Chartrand s’est fait connaître comme journaliste à Radio-Canada, fut délégué à Paris et s’est spécialisé dans les conflits au Moyen-Orient.

L’histoire commence comme celle de la très bonne série télévisée Anticosti : sur une plage de l’île d’Anticosti, Paul Carpentier, l’enquêteur fétiche de Chartrand, découvre une jeune femme à demi- morte rejetée par la mer. Paul a vieilli, dépasse maintenant la cinquantaine et vit isolé sur l’île suite au décès de son épouse et à de nombreuses mésaventures. Ça ne l’empêche pas d’être resté curieux, d’autant plus que cette jeune femme, pour une demi-morte, ne manque pas d’énergie et menace de le tuer.

 Paul la ramène à son chalet. Elle reste méfiante et agressive, semble avoir perdu la mémoire et s’enferme pour la nuit dans la chambre que Paul avait mise à sa disposition. Le lendemain, alors qu’Elsa (que Paul a surnommé Bruschetta) et Paul vont explorer le terrain, deux malfrats cherchent à les assassiner, et elle les abat. Puis, elle lui  « emprunte » sa motoneige et s’enfuit.

Paul doit alors gagner le village à pied et commence alors pour lui une série de péripéties. Il semble qu’Elsa appartiendrait à un groupe d’écologistes radicaux, d’obédience plus ou moins trotskiste, favorisant les actions violentes depuis les troubles étudiants des années 70. Équipé d’un sous-marin fourni par un millionnaire russe, ce groupe préparerait un coup d’une extrême violence qui ébranlerait les fondements mêmes du capitalisme.

Comme d’habitude chez Chartrand, les cent dernières pages ne manquent pas d’action et figureraient avantageusement dans un film. L’histoire qui précède peut paraître un peu longue parce qu’il s’agit d’une recherche où Paul Carpentier passe d’une personne à une autre pour se rapprocher davantage d’Elsa, du groupe dont elle est dissidente, et du projet terroriste prévu. D’où aussi le grand nombre de personnages. Et Carpentier est trop réaliste pour être charismatique. Ça demeure, cependant, un récit solide dans lequel les points de repère historiques et géographiques augmentent la crédibilité de l’aventure.

Extrait :
Elsa coupa soudainement les gaz.

Une immense gerbe d’eau venait d’être propulsée devant elle, des millions de gouttelettes frappées par la lune formaient un geyser blanc au-dessus des eaux.
Une baleine…
Tout était devenu absolument silencieux. La mer était comme un disque d’huile et le Brig glissait dessus, encore sur sa lancée.
Soudain, le cétacé réémergea à moins de dix mètres de l’embarcation; le jet de son évent claqua dans l’air comme un coup de canon. Son immense dos noir et lustré se profilait à la surface pendant qu’Elsa recevait comme une ondée la bruine d’eau qui retombait du ciel.
Alors, la queue, immense, sortit entièrement en soulevant un mur d’eau qui retombait en une puissante cataracte avant de replonger en apnée vers les profondeurs. Elsa resta interdite devant le spectacle. Et, pendant que des larmes ruisselaient sur ses joues, une joie pure la transfigurait.

Anticosti

Niveau de satisfaction :
4 out of 5 stars (4 / 5)

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Le Cercle des jours – Ken Follett

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2025 (Circle of Days)
Date de publication française :
 2025 – Robert Laffont
Traduction (anglais) :
Odile Demange, Christel Gaillard-Paris, Renaud Morin, Pierre Reignier
Genres : Épopée, historique
Personnages principaux :
Seft, tailleur de silex et bâtisseur – Joia, grande prêtresse

Seft, modeste tailleur de silex, est le souffre-douleur de sa famille : son père et ses frères le battent et se moquent de lui. Ne supportant plus ce traitement, il s’enfuit et finit par s’installer au Méandre, un village proche du Monument, un édifice de bois où sont célébrés les Rites des solstices d’été et d’hiver, des équinoxes de printemps et d’automne. Là, il retrouve Neen, dont il est amoureux. Il fonde avec elle une famille. Joia, la sœur de Neen, est fascinée par les chants et les danses des prêtresses qui ont lieu pendant les Rites. Sa curiosité va l’emmener à s’intéresser à la façon dont les prêtresses utilisent le Monument pour compter les jours et prévoir les saisons. Quand le Monument est attaqué et brûlé par les habitants des bois en représailles à leur domaine incendié, Joia est effondrée dans un premier temps, mais ensuite elle va imaginer la création d’un autre édifice sacré, indestructible celui-là. Elle veut refaire le Monument en pierre. Pour réaliser cette ambition folle, elle aura besoin des compétences de Seft qui s’est affirmé être très doué pour construire. Ainsi est né le projet de Stonehenge.

L’intrigue est dense, elle commence autour de 2500 ans avant notre ère. L’auteur montre d’abord la vie des hommes et femmes de cette époque. La société était essentiellement formée de trois communautés : les éleveurs, les agriculteurs et les habitants des bois. Tous ces gens se retrouvent au village Méandre pour les Rites de solstices et d’équinoxes. C’est l’occasion de faire du troc, de faire aussi la fête et des rencontres sexuelles. Cela amène beaucoup de monde aux célébrations des Rites. Mais l’équilibre entre les différentes communautés est menacé par l’ambition du chef des agriculteurs qui ne pense qu’à étendre son domaine tout en faisant régner la tyrannie sur ses terres où les femmes sont soumises aux hommes. Le transport des pierres destinées au nouveau Monument ne fera qu’exacerber la rivalité entre agriculteurs et éleveurs. Ce sera la guerre.

À travers les nombreux personnages de ce roman, Ken Follett nous montre que les hommes de cette époque n’étaient pas très différents de ceux d’aujourd’hui : la violence, l’ambition, les rivalités, l’amour, la jalousie … étaient déjà présents à l’époque comme de nos jours. Le sort des femmes était très différent suivant leur appartenance à telle ou telle communauté : totalement soumises chez les agriculteurs, libres et influentes chez les éleveurs et les habitants des bois. On peut trouver étrange que des hommes du néolithique aient un comportement et une psychologie proches des contemporains. Les dialogues aussi paraissent bien actuels. C’est le choix de l’auteur.

Le transport des pierres et la construction du Monument occupent une partie importante de ce roman. La carrière de pierres étant située à une journée de marche du lieu de construction, il fallait déplacer ces pierres géantes pesant plusieurs tonnes sur des dizaines de kilomètres. Puis les assembler parfaitement pour en faire le nouveau Monument sacré. Un challenge colossal sans les outils modernes ! Kent Follett nous montre comment ils s’y sont pris. Il résout ainsi, à sa façon, le mystère de l’édification de Stonehenge. L’œuvre d’une vie pour la grande prêtresse Joia et le maître d’œuvre Seft.

Bien que Ken Follett ait fait des recherches et se soit renseigné sur la construction de Stonehenge, ce roman fait quand même une large place à l’imagination de l’auteur. On peut aussi s’étonner d’un manichéisme simpliste concernant certains personnages et d’une naïveté déconcertante pour d’autres. Malgré cela, Le Cercle des jours est dans l’ensemble un roman captivant.

Extrait :
Demain matin, nous nous retrouverons ici à l’aube. Nous nous mettrons en route quand le soleil se lèvera. Nous allons construire un Monument qui émerveillera les gens pour toujours. Ceux qui ne sont pas encore nés, et leurs enfants à naître, regarderont notre Monument de pierre et se demanderont : “Quel peuple a conçu une chose pareille ? Quels femmes et hommes courageux ont surmonté tous les obstacles pour créer ça ? Qui étaient les géants qui l’ont fait ?” Et la réponse sera… Nous !

Stonehenge (sud de l’Angleterre)

Niveau de satisfaction :
4.1 out of 5 stars (4,1 / 5)

 

 

 

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Les pendus du rang 3 – Monique Le Maner

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2025 (Éd. Ray Ogust)
Genre : Enquête
Personnage principal :
Onésime Gagnon, détective

C’est la quatrième enquête d’Onésime Gagnon que nous livre Monique Le Maner. J’ai déjà rendu compte de L’Ankou (Sang d’Encre Polars, avril 2022). Le Maner écrit pour le plaisir, le sien et le nôtre. On fréquente avec un sourire son vieux détective malendurant Onésime Gagnon, maintenant retraité et vivant à la résidence de L’Âge joyeux (Rouyn-Noranda), mais toujours attiré par les événements mystérieux qui stimulent ses cellules grises. L’histoire est vraiment centrée sur lui, ce qui n’empêche pas une intrigue bizarre de se développer. Le lecteur se doute bien qu’il va finir par l’éclaircir, quitte à être favorisé par le hasard, mais ça n’ira pas tout seul et Onésime risque d’y laisser la peau.

Un premier problème : son ami, le sergent-détective Turgeon, est disparu sans laisser de traces. C’est son seul ami, parce qu’il est le seul à admirer son intelligence et à ne pas le prendre pour un vieux schnock. Turgeon serait bien utile pour l’aider à régler le mystère qui est au centre du récit : quelques pendus qu’on découvre jour après jour dans une maison délabrée du rang 3. Meurtres ou suicides ? Peut-être un tueur en série… Rien d’évident. Et pourquoi Betty Duval poursuit-elle Onésime de ses assiduités ? Comment se fait-il que son neveu, Ronald Aubin, soit au courant de plusieurs informations importantes? Quel intérêt a le jeune Éric Bouchard à toujours mentir ?

Les morts se multiplient et Onésime, cherchant à en apprendre davantage sur la gang de voyous de Val-d’Or, se fait tabasser à son tour. Turgeon, heureusement de retour, s’occupe de lui. Les deux amis finissent par comprendre la raison de tous ces meurtres. Mais, quelque temps après, ébranlé par les assassinats de certaines personnes qui lui manquaient cruellement, Onésime se souvient de ce que lui disait sa marraine : « Il faut aimer pour être aimé ». Il accepta donc un rendez-vous qui allait changer son attitude et son avenir.

Même si on nage parmi les cadavres, le récit demeure assez léger à cause du personnage d’Onésime, trop misanthrope pour être vrai. Il finit d’ailleurs par ressentir que cette attitude, héritée d’un passé douloureux, est probablement empruntée pour se protéger. Une dame parviendra même à « faire épanouir sur ses lèvres un vrai sourire, le premier en 74 ans et 7 mois ».

Extrait :
Deux pendus, deux vieux plutôt misérables : un quêteux qui ne mendierait plus et un prospecteur qui ne trouverait jamais d’or (…) Sans oublier les autres personnages qui cachaient tous quelque chose : Ronald Aubin, qui disait avoir vu une jeune femme au 49 du rang 3, toujours sur ses talons, l’aidant, le renseignant, le questionnant … pourquoi l’enquête le passionnait-elle autant ? Et Éric Bouchard, le petit-fils de Balthazar, sa peur, ses mensonges. Enfin, Dame Betty, qui avait peut-être ses zones d’ombre elle aussi, et le Francis Côté du poste de police, plus complexe qu’il n’y paraissait …

Fontaine lumineuse de Rouyn-Noranda

Niveau de satisfaction :
4 out of 5 stars (4 / 5)

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Top 10 de l’année 2025

Sélection des meilleurs livres de littérature noire que nous avons chroniqués en 2025, publiés en français en 2024 ou 2025.
Nous nous sommes limités à 10 livres, 5 livres par chroniqueur.
Il n’y a pas d’ordre de préférence, pas de classement de 1 à 10.
Un clic sur l’image ou le titre renvoie à la chronique correspondante.

Le loup qui te mangera de Coralie Caujolle
Jeux d'Ombres d'André Jacques
Chiens fous de Max Monnehay
Disparue de Rick Mofina
Cache-cache de Søren Sveistrup
Le cadavre du canyon de Thomas King
Tous des animaux de Morgan Greene
Strange Pictures d’Uketsu
Les saules de Mathilde Beaussault
Le nid du coucou de Camilla Läckberg
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