L’heure du loup – Pierric Guittaut

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2021 – Les Arènes
Genre :
Roman noir
Personnage principal :
Major de gendarmerie Fabrice Remangeon

Le major Fabrice Remangeon est de retour au pays natal. C’est pour des motifs disciplinaires qu’il a été renvoyé dans cette petite ville de Sologne. Il doit traiter l’affaire de la jeune Maëva dont le corps a demi dévoré a été retrouvé en forêt. Les loups sont revenus, ce sont les premiers accusés. Remangeon n’est pas aussi affirmatif, il se borne à constater que les morsures sont d’un grand canidé, ce pourrait être un chien. Une battue est organisée pour abattre les trois loups dont la présence est attestée par des pièges photographiques. Elle se finira de façon aussi sauvage qu’inattendue.

L’intrigue, relativement simple, montre l’effervescence qui s’empare d’une ville de Sologne quand le cadavre d’une jeune fille de 14 ans est retrouvé mutilé. Les loups ! Ce seraient donc eux puisqu’on sait qu’ils sont de retour. Les peurs ancestrales et les fantasmes liés à ces animaux mythiques ressurgissent. Et quand une battue est organisée, la tension monte d’un cran entre les chasseurs et les défenseurs des animaux sauvages. Au passage l’auteur dénonce l’hypocrisie de certains écologistes qui se trouvent être aussi les pires pollueurs par l’intermédiaire des méthaniseurs, ces unités de fabrication de biogaz à partir de déchets agricoles, qui leur permettent de toucher de bonnes subventions. Le Major Remangeon doit gérer la situation et mener l’enquête.

C’est un drôle de bonhomme ce major. Imposant physiquement, grand, costaud, le crâne rasé, il est surnommé Loup-garou à cause de son caractère taciturne et ses dons de rebouteux et de coupeur de sort. Il a une fâcheuse tendance à se prendre pour le mâle alpha : il entretient une relation torride avec sa maîtresse, une bombe d’origine gitane. Sa femme connaît l’infidélité de son mari mais celui-ci ne se sent pas tenu de s’expliquer. Et comme si ça ne lui suffisait pas, au détour d’une constatation d’une deuxième attaque de loups, il baise aussi deux sœurs, des relations de jeunesse. Plus tard, blessé et humilié, les femmes qu’il n’a pas su aimer lui feront payer le prix de son arrogance. Il s’apercevra, un peu tard, que ce ne sont pas des louves soumises.

Dans la deuxième partie du livre, on découvre une évolution importante des personnages par rapport à la première partie : la femme de Remangeon n’est ni dépendante ni résignée; la maîtresse n’est ni amoureuse ni sexuellement accro; et le chômeur, pilier de bistrot, est finalement plein de bonnes intentions. Quant au major Fabrice Remangeon, il est plus fragile qu’il ne le pensait. Une belle leçon de vie salutaire. La fin des illusions et le retour à la réalité.

On notera également un rapport viscéral à la nature. Une nature plus menaçante qu’amicale. Dans un état de conscience modifié Remangeon ressent toute l’hostilité de la forêt primitive qui le rejette, lui et tous les hommes. Des considérations politiques sur les écologistes, l’autosuffisance alimentaire, les voitures électriques ou les métaux rares peuvent agacer ou satisfaire, suivant les opinions de chacun.

Il y a dans ce livre une dimension quasi mystique typique de cet auteur. Un bon roman noir.

Extrait :
Remangeon réfléchit quelques instants. Sa dernière expérience en forêt chez les sœurs Leleu ne cesse de le hanter depuis plusieurs jours. Jusqu’ici, le militaire s’est montré assez peu enclin à formaliser ou analyser les états de conscience modifiée qu’il lui arrive de traverser, allant même jusqu’à se réfugier dans une forme de déni à ce sujet. Cette fois, le Solognot se dit qu’un cap a été franchi. Un cap potentiellement dangereux. En saisissant le guidon de sa machine au moment de saluer Marie et Gisèle d’un air absent, Fabrice avait pris conscience que la forêt venait de tenter de lui dérober quelque chose. De lui arracher une part de lui-même. Il n’était plus question de source réjuvénatrice, d’énergie positive, de retraite sereine, de lieu de calme et de réflexion, de retour à la nature. Une forme d’hostilité assumée s’était manifestée à son encontre. La vieille forêt s’était dévoilée pour quelques instants dans son essence la plus primitive et la plus authentique, celle où il n’est plus question de romantisme sylvestre mais où s’affrontent d’antiques puissances telluriques par-delà le Bien et le Mal, une lutte à mort physique et métaphysique où forces et faiblesses définissent votre place et votre rôle dans la chaîne cosmique.

Niveau de satisfaction :
4.1 out of 5 stars (4,1 / 5)

 

 

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Une lame de lumière – Andrea Camilleri

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2012 (Una lama di luce)
Date de publication française :
2016 (Éd. Fleuve noir, Pocket)
Traduction :
Serge Quadruppani
Genre :
Enquête
Personnage principal :
Commissaire Montalbano

C’est un auteur qu’il faudrait toujours avoir sous la main. Peu importe l’intrigue, on lit toujours Camilleri avec un certain sourire.

Montalbano doit résoudre deux affaires : d’abord, la jolie Loredana di Marta a été agressée, volée et plus ou moins violée, en revenant de chez son amie Valeria Bonifacio au début de la nuit. Son époux, beaucoup plus âgé qu’elle, soupçonne son ancien amant Carmelo Savastano. Il brutalise Loredana en l’interrogeant sur le supposé viol. De sorte que, lorsqu’on découvre le cadavre de Savastano, tué d’une balle, puis brûlé dans une auto, c’est le mari qui est soupçonné et incarcéré. Montalbano  est agacé par quelques détails : il charge l’expérimenté Fazio d’examiner certains aspects de l’incident et confie à Augello la tâche délicate de séduire, s’il faut aller jusque là, la charmante Valeria.

En même temps, le commissaire est impliqué dans la recherche de deux Tunisiens et un troisième homme qui participeraient à un trafic d’armes;  travail qui sera bientôt pris en main par le dottore Sposito de l’anti-terrorisme.

Enfin, notre bon commissaire est profondément troublé par le fait qu’il semble être tombé en amour avec l’entreprenante Marian, alors qu’il ne paraît toujours pas prêt à rompre avec la fidèle et persistante Livia. Ni ses jeux avec le crabe, ni ses festins gastronomiques, ni ses méditations sur la véranda ne parviennent à le relaxer.

Ce sont d’ailleurs les événements qui choisiront pour lui.

Camilleri, c’est avant tout une question d’atmosphère. Les histoires sont bien ficelées, mais ce n’est pas l’essentiel. Montalbano a de belles intuitions, est souvent colérique avec ses hommes, maladroit avec les femmes, assez mal dans sa peau, mais ce n’est pas grave. Il passe à travers la vie et ses drames comme si c’était la moindre des choses. Et, même si ses hommes ne sont pas vraiment ses amis, il se dégage de leurs rapports une franche camaraderie qui réchauffe le cœur.

C’est pourquoi on sort toujours de ses romans un peu  plus heureux.

Extrait :
Il fallait prendre son mal en patience avec c’tes gens qui avaient l’habitude de parler en queue de cochon, de manière entortillée, jamais explicite. Tôt ou tard, il allait entrer dans le vif du sujet.
 – Hier soir, avec nous, reprit l’avocat, il y avait un très vieux paysan des Cuffaro; de temps en temps nous l’invitons parce qu’il nous met de bonne humeur en nous racontant des histoires formidables. Ah, la vieille civilisation paysanne désormais disparue ! Cette globalisation qui fait disparaître nos antiques, nos saines racines !
Montalbano comprit le jeu.
– Vous avez éveillé ma curiosité. Mettez-moi de bonne humeur, moi aussi. Vous pouvez me raconter une de ces histoires ?
Mais bien sûr, avec grand plaisir ! Donc, il y avait un chasseur de lions auquel un jour ses compagnons de battue jouèrent un tour. Ayant vu un indigène qui avait vu un âne et l’avait recouvert d’une peau de lion, ils l’achetèrent et le cachèrent entre les arbres. Le chasseur le vit et tira. Et il se fit photographier avec le lion qu’il croyait avoir tué. Ainsi tout le monde se convainquit que c’était vraiment lui qui avait tué le lion, alors que non seulement ce n’était pas lui, mais que le lion n’était même pas un lion, mais un âne.

La terrasse de Montalbano

Niveau de satisfaction :
4.3 out of 5 stars (4,3 / 5)

 

 

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Après toi, le chaos – Carlos Montero

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2017
(El desorden que dejas)
Date de publication française :
2021 – Hachette livres
Traduction de l’espagnol (castillan) :
Anaïs Goacolou
Genre :
Thriller
Personnage principal :
Raquel Valero, professeure de littérature

Raquel est professeure de littérature en Galice. Elle ne fait que des remplacements. Une opportunité se présente à elle : un remplacement de sept mois à Novariz, la ville d’origine de son mari. Sur place elle apprend que celle qu’elle remplace s’est suicidée. Le premier contact avec ses élèves est tendu, elle subit des provocations. Parmi les copies de ses élèves de terminale, elle trouve écrite sur une feuille la phrase : et toi, combien de temps tu vas mettre à mourir ? Surmontant sa peur, Raquel commence une enquête pour savoir ce qui est arrivé à Viruca, son prédécesseur dans le poste, pas par curiosité, mais simplement pour se protéger, pour éviter de subir le même sort. La situation est angoissante, d’autant plus que le mari de la défunte pense qu’elle ne s’est pas suicidée, mais qu’elle a été assassinée. Mais déterrer cette histoire n’est pas sans danger. Raquel va l’apprendre à ses dépens.

Le roman est bâti autour de Raquel, professeure de littérature, et de Viruca, qui était dans le même poste avant elle. Leurs trajectoires sont symétriques et sachant comment l’une a fini, l’autre à de quoi s’inquiéter. D’autant plus que lorsqu’elle commence à fouiller dans la vie de Viruca, on fait chanter Raquel en ressortant des images d’un passé tumultueux. Qui s’oppose à ce qu’on se penche sur le sort de Viruca et pourquoi ?

Au fur et à mesure de ses investigations, Raquel s’aperçoit qu’elle ne peut faire confiance à personne. Elle se bat sur tous les fronts : pour savoir ce qui s’est passé, pour assurer ses cours, pour sauver son couple. Et comme ce n’est pas une superwoman, elle a des failles creusées dans son passé notamment après la mort de sa mère, elle a peur, hésite, doute, mais avance quand même, mettant en danger d’abord son mariage puis sa propre vie. Raquel est seule et même quand elle a des alliés provisoires, elle finit par se demander si ce ne sont pas des ennemis. Elle se bat un peu contre tout le monde et souvent contre elle-même.

Il n’y a aucun temps mort dans le déroulement de l’histoire. Les retournements de situation et les coups de théâtre nombreux assurent un suspense permanent. Il se passe toujours quelque chose pour maintenir le lecteur sous tension.

Le livre a fait l’objet d’une adaptation en série de huit épisodes sur Netflix. C’est l’auteur, Carlos Montero, qui a aussi réalisé la série et obtenu un beau succès.

Extrait :
— Voilà, ton mariage. Et du coup, touchée au cœur, tu cèdes. C’est juste une éval, après tout, hein ? Ça peut se justifier, à tes yeux et à ceux des autres. Mais ensuite ils vont de demander d’autres trucs, plus tordus ou plus honteux, et tu hésiteras beaucoup. Mais tu te verras obligée de céder aussi. Tu te sentiras très mal, tu commenceras à te détester. Et c’est comme ça que débutera ta chute progressive. Et elle est inévitable. Parce que tu te rends comptes que tu feras n’importe quoi pour sauver ton mariage. Mais le prix est très élevé, parce que tu viens de devenir otage. Et de te transformer en ce que tu détestes le plus, en quelqu’un qui se fait manipuler, tu deviens la pire facette de toi-même, une lâche, une vendue, et surtout une mauvaise prof. Vraiment nulle, et tu ne le supporteras pas, tu culpabiliseras d’avoir renoncé, de t’être laissé entraîner, et si tu essaies de redresser le tir il sera trop tard. Tes actions n’auront aucune justification, personne ne te pardonnera si tu veux faire marche arrière. Parce que non seulement on t’aura obligée à faire quelque chose de mal, mais ce sera sûrement illégal aussi. Donc ni la CPE, ni le proviseur, ni tes collègues, ni tes élèves ne te le pardonneront. Ton mari non plus, parce qu’évidemment il finira par savoir. Et ce sera la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Tu te sentiras coincée, au fond du trou, isolée, et peut-être que la seule issue que tu verras, ce sera d’en finir. De disparaître. Prendre des cachets, te trancher les veines, te pendre, te noyer ?

Image de la série Netflix

Niveau de satisfaction :
4.3 out of 5 stars (4,3 / 5)

 

 

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Jeux d’été – Diane Vincent

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2021 (Triptyque)
Genre :
Enquête
Personnages principaux :
Josette Marchand, massothérapeute – Vincent Bastianello, policier à Montréal

Dans Peaux de soie, on avait vu à l’œuvre l’enquêteur Vincent Bastianello et sa conjointe Josette Marchand, massothérapeute et co-enquêtrice. On les retrouve ici et c’est toujours Josette la narratrice.

On découvre dans le Parc Baldwin du Plateau Mont-Royal le corps mutilé d’une jeune violoniste française. On lui a apparemment prélevé, avec une dextérité chirurgicale, des tatouages qui ornaient plusieurs parties de son corps. Aucune trace laissée par l’assassin, aucun indice, aucune piste. Les policiers partent de zéro. La première partie du récit se passe à Chambéry dans la Savoie, où avait vécu la victime : on essaie de la connaître à travers les gens qui l’ont fréquentée.

Vincent et Josette reviennent au pays plutôt bredouilles. À Montréal, ils sont aidés par Kevin, le fils de Josette, et Chana, sa femme, que Josette considère comme sa fille. On élabore des hypothèses pour cerner la personnalité du tueur. On finit par imaginer qu’il doit appartenir à un groupuscule de droite, et l’auteure en profite pour décrire les radios et les journaux poubelles, de même que quelques manifestants; on suppose que ces groupes doivent convenir au psychopathe qui a assassiné Sara.

Josette et Vincent admettent qu’ils sont dépassés; leur pseudo-stratégie repose sur l’impression que le tueur va devenir de plus en plus impatient et qu’il va donc commettre des erreurs et, pendant ce temps, ils ne préviennent pas Chana des risques qu’elle court. De fait, le piège qu’ils tendent au collectionneur de tatouages ne marche pas tellement. Et, pendant ce temps, Chana se retrouve à la merci du tueur.

Au fond, l’inefficacité des enquêteurs n’est pas, pour l’auteure, d’une importance capitale. Par l’intermédiaire de Josette, l’auteure se plaît à décrire son plaisir d’être à Chambéry, à souligner les bons moments de l’amitié, puis à stigmatiser la mouvance de droite misogyne, raciste, anti-immigration et suprématiste. De son côté, le lecteur n’est pas branché directement sur l’action; il a l’impression qu’on lui raconte des histoires où les beaux hasards foisonnent.

Extrait :
J’errai de cafés en bistros une bonne partie de l’après-midi, écoutant les uns et les autres parler de l’affaire du jour mais sans chercher à m’infiltrer dans les conversations. Jusqu’à ce que j’aperçoive un bel Italien de quelques années mon cadet en quête d’un lieu pour partager un premier apéro avec une femme accueillante. Le centre de Chambéry était suffisamment circonscrit pour qu’on y retrouve, même sans un rendez-vous fixe, celui ou celle que l’on désirait voir. J’entraînai Vincent jusqu’au Café de Paris, endroit suffisamment animé pour qu’on puisse partager en toute discrétion les dernières nouvelles devant un kir royal à la violette.

Parc Baldwin

Niveau de satisfaction :
3 out of 5 stars (3 / 5)

 

 

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Le dernier chant – Sonja Delzongle

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2021 – Éditions de l’épée
Genre :
Technopolar
Personnage principal :
Shan Soun, virologue

Au Québec, sur le fleuve Saint-Laurent, flottent des milliers de cadavres d’animaux marins. Une baleine bleue pousse un chant d’agonie avant de périr. Au Congo, dans la réserve d’Abio, quatre gorilles adultes sont morts. Les autres sont prostrés et semblent pleurer. Au Kenya, 300 éléphants ont perdu la vie dans la réserve de Tsavo. Partout des animaux sauvages ou domestiquent meurent. Un phénomène bizarre est observé : des larmes se sont formées au coin de leurs yeux, les animaux qui vont mourir semblent pleurer. Shan Soun, chercheuse à l’Institut de virologie de Grenoble, prend en charge le dossier de ces hécatombes d’animaux. Son enquête va l’emmener bien au-delà de ses compétences, dans une affaire qui mettra en danger non seulement sa vie, mais aussi l’avenir de notre planète.

L’intrigue se situe dans un futur très proche : elle commence en août 2021 et se termine à l’automne de la même année. C’est une intrigue de grande ampleur. Autour de la branche principale, celle des morts massives d’animaux, se déploient d’autres branches qui partent un peu dans tous les sens. Ainsi nous en apprenons beaucoup sur les sons, particulièrement ceux à basse fréquence. Nous découvrons ce qu’est le hum, un bruit, un genre de bourdonnement que certaines personnes entendraient et qui leur rendrait la vie insupportable. L’autrice aborde aussi le projet HAARP avec son antenne géante de Gakona en Alaska qui serait susceptible de provoquer des changements climatiques. Le bruit du Moho, lui vient de la limite entre le manteau supérieur de la terre et la croûte terrestre. Il est aussi question de la fréquence de la terre. Et bien sûr certains esprits malveillants jouent aux apprentis sorciers en essayant de manipuler ces technologies. Les animaux, plus sensibles que les humains, sont les premières victimes du bruit qui tue. Mais ce n’est pas tout : le transhumanisme et la lutte contre la mort sont aussi abordés. L’amortalité est la prolongation de la vie, c’est une étape vers l’immortalité. Nous faisons également connaissance avec la fantastique Turritopsis nutricula, la méduse immortelle.

On sent que, dans ce roman, Sonja Delzongle aborde des sujets qui la fascinent. La difficulté est d’expliquer des études scientifiques de façon simple et non rébarbative tout en essayant de ne pas dénaturer le sujet et de caser le tout dans une œuvre de fiction avec des personnages, du suspense et de l’action. Pas facile ! L’autrice ne s’en sort pas mal du tout, mais ce qui peut devenir indigeste c’est la multiplication des sujets. Parce qu’en plus de l’impact des sons à basse fréquence, du transhumanisme en passant par la télomérase et les accélérateurs de particules, l’autrice ajoute l’application TWD (Talk With Deads) permettant de discuter virtuellement avec des proches décédés. Ça fait beaucoup ! Et ça fait un peu catalogue de sujets fascinants et intrigants. Cependant, Sonja Delzongle réussit à bâtir une intrigue qui, tout en abordant de multiples thèmes, tient quand même la route et provoque la réflexion.

Le dernier chant est un technopolar ambitieux. Il présente certaines découvertes et expérimentations scientifiques passionnantes, mais il met aussi en évidence les dangers qu’elles représentent quand elles sont dans les mains de ceux qui cherchent puissance et domination.

Extrait :
– Oui, Deepak, je ne voulais pas parler en ton nom, mais tu partages en effet notre position. Après avoir réalisé des centaines, des milliers d’enregistrements sonores de la nature en plus de trente ans de carrière, nous en sommes arrivés à ce constat. La terre n’a jamais vibré de cette façon. Et pourtant, je persiste, cela reste un bruit naturel. C’est juste que nos activités polluantes en tout genre, les ondes et les basses fréquences, dont la terre est bombardée en permanence, l’amplifient. Comme une sorte de boomerang qui nous reviendrait en pleine face. Or, il faut savoir que les basses fréquences les plus puissantes sont d’origine naturelle. Les séismes, les volcans, les tsunamis, les océans, le vent. Tout cela produit des ondes auxquelles les animaux sont particulièrement sensibles, avant même que l’humain s’en ressente. Mais lorsque ça arrive, il est en général trop tard.

Niveau de satisfaction :
4 out of 5 stars (4 / 5)

 

 

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Irrécupérables – André Marois

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2021 (Héliotrope)
Genre :
Thriller
Personnage principal :
sergent-détective Steve Mazenc

On retrouve ici des personnages déjà vus dans Bienvenue à Meurtreville, deux ans auparavant, mais les deux histoires sont indépendantes. Le sergent-détective Mazenc connaît mieux la région et s’est trouvé un chalet pas loin de Mandeville dans Lanaudière. Le conseiller Chevalet est maintenant à la retraite mais n’hésite pas à intervenir pour mettre un peu d’ordre dans la communauté.

Mazenc est incommodé par le fait de trouver presque tous les jours une canette de boisson énergisante sur le bord de son terrain. Il décide de trouver le pollueur et de le sermonner. Sans se douter qu’il s’embarque ainsi dans une aventure qui le dépasse de beaucoup.

Le policier, ayant fait analyser les empreintes laissées sur la canette, apprend que ce sont celles de Richard Lenoir qui est le principal suspect dans le Massacre des Innocents de la Côte-Nord, en fuite depuis un an, recherché pour avoir tué sa femme, sa fille et son gars. Mazenc s’arrange pour rencontrer Lenoir sans révéler son identité. Ce dernier lui donne un coup de main pour fendre et corder son bois. Après son départ, un gaillard au crâne rasé, apparemment drogué, menace Mazenc de son pistolet. Il lui attache les mains et cherche à le faire entrer dans son véhicule. Mais deux coups de feu l’incitent plutôt à s’enfuir : c’est Lenoir qui est revenu. Le policier est tout mêlé : qui est ce gorille qui l’accuse de lui avoir gâché la vie ? Et comment ce type plutôt cool qu’est Lenoir pourrait avoir tué sa femme et ses enfants ? Il semble d’ailleurs que la vie de Lenoir soit en danger; ce pour quoi il se réfugie chez Steve.

Une deuxième partie, Un an plus tôt sur la Côte-Nord, nous ramène en arrière : Lenoir raconte ce qui s’est passé et qui a mené au meurtre des membres de sa famille. On comprend pourquoi il est recherché par la police mais aussi par des tueurs implacables.

De retour à Mandeville, chez Steve. Lenoir vient de finir de raconter son histoire. Tout à coup, les deux hommes sont pris au piège et des AK-47 criblent de balles la maison. D’abord, Dupras (le gars au crâne rasé) et un compère tirent sans discontinuer. Puis, les gars du Nord et le sergent Vigneault arrivent à leur tour. La police et Chevalet surviennent; les frères Lalancette également. C’est la nuit, les spots de la maison sont détruits, on n’y voit guère et les tirs viennent de partout. Bref, pour Steve, c’est le bordel !

S’il parvient à s’en tirer, Mazenc devra résoudre bien des problèmes. Comment expliquer tout ça à ses supérieurs et que faire de Lenoir ?

Marois a le don de raconter de bonnes histoires. Ici, le tempo est remarquable : au début, on met les pièces en place; puis, un intermezzo éclaire les paramètres de la situation; enfin, c’est un final endiablé où il n’est pas certain qu’une chatte retrouverait ses petits.

Bien joué.

Extrait :
– Le plan, c’est d’attendre qu’il fasse jour.
– Ça, c’est ton plan. Moi, j’en ai un autre.
Steve s’apprêtait à le menacer avec son Glock, mais il y renonça aussitôt. Richard le dévisagea froidement. Il marcha jusqu’à la fenêtre explosée par les tirs, puis bondit dehors tête la première : culbute avant, redressement rapide et course vers le boisé voisin. Les tirs d’AK-47 réveillèrent ceux qui s’étaient assoupis, bientôt suivis de détonations de fusils de chasse, puis d’un pistolet du côté police. Le tonnerre dura quelques secondes et le calme revint, presque irréel  (…)
Steve descendit au sous-sol. Il arma son Glock, déverrouilla la porte et l’ouvrit lentement. L’accès débouchait côté rivière, sous la galerie.
Il sortit, le doigt sur le pontet, se colla aussitôt au mur de bois rond, inspecta les abords. Ses yeux s’étaient habitués à l’obscurité. Les formes les plus sombres des arbres et du BBQ se détachaient faiblement (…)
Encore deux heures avant que le soleil ne se lève. On peut en faire, des conneries, pendant tout ce temps.
Mazenc recula et buta soudain contre quelque chose. Contre quelqu’un, en fait. Le canon d’une arme s’enfonça dans son dos.

Le traversier Bella Desgagnés

Niveau de satisfaction :
4.1 out of 5 stars (4,1 / 5)

 

 

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L’Évaporée du Red Light – Maxime Houde

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2021 (Alire)
Genres :
Enquête, noir
Personnage principal :
Stan Coveleski, détective privé

Montréal, fin des années 40. Stan Coveleski, ex-flic et aujourd’hui détective privé, a l’agréable surprise de trouver dans son bureau Loretta Lamour, danseuse au cabaret Full Moon, venue l’engager pour retrouver son amie Gisèle Boisvert, cigaret-girl au même cabaret, disparue depuis quelques jours. Les deux amies habitent dans une maison de chambres à Notre-Dame-de-Grâce. Stan lui pose quelques questions et on s’entend : 15$/jour plus les dépenses.

Le cas n’intéresse pas la police et la morgue n’a pas eu de nouvelles de Gisèle. À la maison de chambres, aucun locataire n’a quoi que ce soit à dire, et la chambre de Gisèle ne contient rien de pertinent. Ça commence à se corser un peu quand Stan rencontre son ami Leduc au Full Moon; de temps en temps, il accepte de travailler avec Stan. Le gérant Jimmy Coonan prétend ne pas s’intéresser à la vie privée des membres de son personnel, et il introduit Stan auprès de son staff. Tout ce que Stan apprend c’est qu’un type  au chapeau à longue plume a serré un bras de Gisèle dans la ruelle et a cherché querelle à l’intérieur du cabaret avant d’être viré manu militari par le bouncer. En sortant du Full Moon, Stan se fait tabasser par le Balafré et le géant Lenny, qui lui conseillent de laisser tomber la recherche de Gisèle. Parvenant, en fin de compte à gagner sa voiture, il est assommé par deux autres lascars et conduit dans une riche demeure.

Le ton est donné. Et on reconnaît le style roman noir américain des années 30-55. Houde a lu les romans de Hammett, Chandler, McDonald, et il a vu les films noirs interprétés par Bogart, Mitchum, Hayden. On retrouve dans ses romans le détective solitaire et paumé, la secrétaire ambigüe, les méchants hommes de main, souvent d’anciens lutteurs, le caïd sadique, le bon méchant, les ripoux évidemment, et la blonde sulfureuse. Dans la riche demeure, Stan rencontre, en effet, le méchant distingué Benjamin Katz qui lui offre 5 000$ pour retrouver Gisèle. Il est asticoté par sa fille Sylvia. Après une certaine entente avec Katz, il rentre chez lui.

Puis, Gisèle lui donne rendez-vous au Café Monarch. Gisèle n’y est pas, mais Lenny et le Balafré l’amènent à Rivière-des-Prairies et lui tirent dessus. Stan coule dans la rivière et se demande s’il préfère mourir noyé ou au bout de son sang. Stan n’est pas une mauviette, il sait échanger des coups, mais sa meilleure arme demeure l’humour, y compris vis-à-vis de lui-même.

Rescapé, conduit à l’hôpital, tiré de là par son ami policier, il rentre chez lui, nourrit un chat de ruelle, téléphone à sa secrétaire et rebondit dans l’action. Ses aventures sont loin d’être terminées; retrouver Gisèle ne met pas fin à l’histoire. Il faut aussi se débarrasser de Victor, le fils de Katz qui se prend pour le dauphin. Enfin, tout semble finir dans la joie quand la belle Loretta exprime sa reconnaissance à Stan. Mais, au matin, de nouveaux malfrats l’assomment et le conduisent dans un entrepôt désaffecté. Un capo de New York est en train de se livrer à un nettoyage en profondeur. On fait comprendre à Stan que sa vie ne tient qu’à un fil. Il comprend aussi que les têtes du Red Light seront impitoyablement remplacées et qu’il ne risque pas de manquer de travail.

En rentrant chez lui, il espère que le matou l’attend.

La série noire américaine des années 40 ne m’a jamais séduit, sauf au cinéma. Ces romans qui mettent en scène un détective mal foutu, alcoolique et plus ou moins impuissant ne me disent pas grand-chose. Dans le cas de Coveleski, c’est différent. Lui-même n’est plus une loque comme il l’a été après la mort de sa femme; il est toujours mal pris mais finit toujours par s’en sortir, souvent grâce à son humour. Puis, le fait que ça se passe à Montréal fin des années 40, pour un Montréalais c’est certes une valeur ajoutée : les références socioculturelles rendent l’histoire encore plus plausible. Le travail de recherche de Houde est impeccable : c’est vraiment comme ça que ça se passait à l’époque du Red Light.

C’est mon septième Coveleski et je le trouve de plus en plus désennuyant, sympathique, attachant même.

Extrait :
Quand la portière fut ouverte, j’empoignai Sylvia par un coude et la projetai sur la banquette. Puis je me glissai au volant du roadster, en l’obligeant à se pousser du côté passager. La manœuvre dura deux ou trois secondes. L’instant d’après, j’avais mon Beretta à la main et enfonçais mon canon dans les côtes de Sylvia.
Elle esquissa un sourire ironique.
Vous entendez plus à rire, monsieur Coveleski.
Votre pistolet ?
Je l’ai pas.
Vous permettez que je vérifie ? Je vous ai vue vous en servir, cet après-midi. Je préfère ne pas prendre de chance.
Allez-y.
Je glissai la main dans son trench, palpai ses flancs.
Prenez votre temps, dit-elle d’un air espiègle.
Je l’aurais bien palpée toute la nuit mais, quand je fus certain qu’elle n’était pas armée, je reculai dans mon coin (…)
Où est Gisèle ?
Je l’ai amenée en lieu sûr
Pourquoi vous l’aidez ? Vous avez même risqué votre vie pour elle cet après-midi.
Honnêtement, j’ignorais que les choses en arriveraient là. Mais j’étais pas pour me laisser tirer dessus sans riposter.

Red Light de Montréal

Niveau de satisfaction :
4 out of 5 stars (4 / 5)

 

 

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Solitudes – Niko Tackian

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2021 – Éditions de l’épée
Genre :
Thriller
Personnages principaux :
Nina Mellinsky, lieutenante de police – Élie Martins, garde au parc régional du Vercors

Élie Martins est un miraculé. Laissé pour mort, avec une balle dans la tête, il s’est réveillé sur la table d’autopsie. Il a conservé la vie, mais a perdu complètement la mémoire. C’est dans le Vercors qu’il a commencé une vie vierge de tout passé en devenant garde au parc régional. Nina Mellinsky est lieutenante de police. Elle aussi a essayé de recommencer une autre vie loin de Paris. Mais si elle a toute sa mémoire, il y a pourtant il y a un événement qu’elle voudrait effacer de ses souvenirs. Élie va faire une macabre découverte : une femme morte et nue est suspendue à l’arbre taillé, un grand pin à crochets planté au milieu d’une zone désertique recouverte de neige. La police et en particulier Nina Mellinsky va mener l’enquête sur cette étrange mise en scène, d’autant plus surprenante que la victime a un message en grec ancien inscrit dans la chair de son dos. En le découvrant, Élie qui ne se souvient pourtant de rien sait qu’il est à son intention.

Le cadre de ce roman est le Vercors en plein hiver avec ses hauts plateaux recouverts d’une épaisse couche de neige. L’impression d’être coupé du reste du monde est accentuée par la tempête qui sévit pendant plusieurs jours. Dans ce décor grandiose, mais oppressant, la découverte d’un cadavre spectaculairement exposé va semer la perturbation dans cette région habituellement si calme en cette période.

Dans cette nature rude et austère, les habitants sont singuliers. Chef Réda Bensaïd est agent de l’ONF. Fils d’émigré algérien, il a passé trois ans dans une communauté mohawk du Québec et en est revenu transformé. Maintenant c’est un sage, un peu sorcier. Jacques Lavandier est un berger de 75 ans. Il est aveugle ce qui ne l’empêche pas de voir. Il perçoit l’aura des gens et les couleurs des sentiments : le bleu de l’apaisement, le rouge de la colère et ces derniers temps l’indigo, la couleur de la mort qui rôde. Élie Martins est arrivé dans le Vercors il y a dix ans. Totalement amnésique, il s’est reconstruit ici. Les montagnes et ses habitants sont toute sa nouvelle vie. Mais son passé oublié va quand même le rattraper.

La lieutenante Nina Mellinsky est arrivée à Grenoble cinq ans plus tôt, pour tenter d’oublier un épisode douloureux de sa précédente affectation, aux stups à Paris. Elle n’est pas ravie d’être appelée pour intervenir dans le Vercors. Elle déteste la neige. Elle a la réputation d’être une tête de mule qui ne lâche jamais rien. Ce qui convient parfaitement pour traquer un tueur en série qui avait fait sept victimes il y a quelques années et qui semble avoir repris du service. On l’avait appelé le Philosophe à cause de sa passion pour le grec ancien qu’il utilisait pour graver un message dans le dos de ses victimes.

Le Vercors enneigé avec ses tempêtes de neige, sa brume épaisse et ses températures sibériennes offre un cadre favorable à des événements fantastiques : un loup sauveteur et la magie du Chef Réda.

Le cadre impressionnant et parfaitement rendu ainsi que des personnages originaux et attachants font de ce roman un thriller d’excellente facture.

Extrait :
Malgré l’horreur des faits et le traumatisme de sa séquestration, Nina ne pouvait s’empêcher de ressentir un sentiment de pitié. Deux enfants nus sur une plage, le visage effacé par leurs propres parents. Deux enfants qui avaient cherché leur résilience dans le crime. Deux enfants qui n’avaient finalement trouvé que la douleur et la mort. Elle repensa à la pile de livres découverte chez Diane Sedefkar. Son histoire ressemblait à une épopée mythologique, une tragédie grecque censée avoir des vertus philosophiques ou morales… mais lesquelles ? La souffrance entraînait la souffrance, comme la violence ou la haine. Était-il seulement possible d’échapper à ce cycle infernal ? Nina avait envie de croire que oui.

Paysage du Vercors

Niveau de satisfaction :
4.2 out of 5 stars (4,2 / 5)

 

 

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Un assassin en résidence – Jean Bello

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2021 (Québec Amérique)
Genre :
Enquête
Personnages principaux :
Violet, Marie-Rose, Marguerite…

Au Jardin Desjardins, une résidence respectable pour personnes âgées, Jasmin et le juge Lavigueur découvrent, aux petites heures du matin, le corps poignardé de l’infirmier Mathieu Bibeau. Des auto-patrouilles, une ambulance, les  pompiers et quelques journalistes arrivent en trombe. En allant perquisitionner chez l’infirmier, les policiers tombent sur un sombre individu qui prend la fuite avec un sac plein d’argent et se fait écraser par une automobile. Ce même individu a été accueilli par Bibeau, comme l’indique la caméra de surveillance. Ils auraient eu des mots; puis, le visiteur est disparu. Et Bibeau est trouvé mort.

Pour presque tout le monde, c’est clair : Bibeau vendait à fort prix des biscuits au pot à quelques clients de la résidence; son pusher n’a pas été payé convenablement; il l’a donc tué pour ensuite fouiller son appartement et lui dérober son dû.

Les amis qui passent deux soirs par semaine à manger, boire et jouer ne sont pas convaincus, surtout à cause d’un argument de Violet, l’Anglaise du groupe, qui se prend un peu pour Miss Marple : comment le supposé tueur aurait-il mis la main sur le couteau de boucher qui était rangé soigneusement dans la cuisine, qui ne faisait d’ailleurs pas partie du parcours du suspect ? Partant de là, les sept aventuriers  mènent l’enquête: Marie-Rose la gastronome, Ginette l’entreprenante, Pâquerette l’observatrice, Violet l’inquisitrice, Jasmin l’invisible, Marguerite l’amoureuse et, indirectement, son ami Faustino, qui l’encourage.

Si celui qui a été arrêté n’est pas le coupable, l’assassin doit donc être un résident. Les cinq femmes partent de leur côté chercher des informations, mettent en commun leurs expériences passées, et consacrent leurs soirées à réfléchir. Puis, Marie-Rose organise un souper révélateur, un peu comme Poirot convoquait les suspects à une soirée où le coupable était démasqué. Mais les choses ne tournent toutefois pas comme on avait prévu.

C’est une histoire bien sympathique et nos héroïnes (Jasmin et Faustino ont un rôle d’appoint) démontrent que l’expression ‘l’âge d’or’ n’a pas qu’un sens ironique. Même quand Bello insiste sur quelques détails morbides, c’est pour montrer qu’il y a moyen de surmonter nos petits bobos. Mais l’auteur insiste surtout sur le fait que le cœur ne suit pas nécessairement le corps. Et, au contraire, que les plaisirs de l’esprit débordent sur les plaisirs du corps, celui de manger, de boire et de jouer, par exemple. Le crime, loin de créer la panique, stimule et consolide l’amitié de nos enquêtrices. Marguerite et Faustino assument même un amour naissant : la vie recommence à soixante ans.

On ne verse pourtant pas dans les arlequinades. Bello n’est pas non plus Exbrayat ni San Antonio. L’écriture est légère mais la trame est plus réaliste. Le drame est, d’une certaine façon, un prétexte, mais l’intrigue n’est pas pour autant négligée. Et elle est assez complexe. L’ensemble se lit aisément, un sourire aux lèvres. J’ai retrouvé avec plaisir l’atmosphère de la série télé ‘Elle écrit au meurtre’ avec l’immortelle Angela Lansbury.

Extrait :
Violet n’a rien laissé au hasard. Ce soir, ils sont six à la table de la salle à manger avec des cafés généreusement agrémentés d’Irish Cream, sans oublier un délicieux, irrésistible et traître Moscatel de Setubal Superior en réserve dans le frigo, une liqueur qui ne pourra manquer de délier en douce certaines langues rétives. Elle a fait valoir que pour voir Jasmin se déboutonner en toute confiance, la présence de Marguerite est aussi indispensable que l’absence de ‘Fawstine’. Les tourtereaux n’ont pas été très difficiles à convaincre, ayant déjà profité de l’après-midi pour leurs affaires (…)
L’hôtesse constate l’effet réconfortant que son café opère rapidement sur ses invités. Elle commence sans attendre à tartiner un genre de laïus enjôleur pour lancer le bal.
– Dear friends, nous connaissons nous-mêmes plutôt bien. Nous faisons confiance à nous, et gardons généralement pour nous autres nos confidences. Bref, notre petit cercle, gentiment, il ronronne like a cat, les yeux à moitié fermés. Except Rosie, fraîchement arrivée parmi nous et que nous avons adoptée avec satisfaction. Ce qui nous réunit depuis environ deux ans, c’est beaucoup, n’est-ce-pas, le plaisir que nous avons à jouer à des jeux de société. But more than everything, les événements de ces derniers jours ont fait naître into me la volonté de vous entretenir dans un jeu d’énigmes qui pourrait être aussi divertissant que excitant.
Je veux parler, of course, de cette assassination qui a eu lieu presque sous notre          figure et dont notre ami Jasmin est le témoin number one.

Niveau de satisfaction :
4 out of 5 stars (4 / 5)

 

 

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Incendie nocturne – Michael Connelly

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2019
(The Night Fire)
Date de publication française :
2020 (Calmann-Lévy)
Traduction (américain) :
Robert Pépin
Genre :
Enquête
Personnages principaux :
Harry Bosch, Renée Ballard

Bosch est maintenant à la retraite. Son mentor, John Jack Thomson, vient de mourir en lui laissant un dossier sur une affaire non résolue : le jeune John Hilton a été abattu dans une ruelle coupe-gorge de Los Angeles quelques années plus tôt. Se remettant d’une blessure au genou, Bosch demande l’aide de l’inspectrice Renée Ballard qui travaille au quart de nuit à Hollywood et qui enquête sur la mort d’un sans-abri retrouvé calciné dans sa tente.

Par ailleurs, le demi-frère de Bosch, l’avocat Mickey Haller, tente d’innocenter celui qu’on a accusé d’être le tueur du juge Montgomery. Bosch décide de voir ça de plus près. De son côté, Ballard examine les cas d’une fillette qui s’est apparemment suicidée et tente de régler le cas d’un couple homosexuel dont les conjoints se sont agressés. Puis, elle intervient sur une affaire de traite de jeunes femmes. Pendant ce temps, Bosch se demande s’il va poursuivre les responsables de sa leucémie. Enfin, Bosch et Ballard s’interrogent sur la raison pour laquelle Thomson a volé le dossier et l’a confié à l’ex-inspecteur. Et j’en passe…

On comprendra que Connelly veut peindre dans un décor réaliste le travail quotidien d’un inspecteur de police. Or, quelques gros cas que Ballard et Bosch veulent régler dépassent de beaucoup leur travail quotidien, d’autant plus que ce travail n’est pas officiellement autorisé par les autorités compétentes. C’est difficile pour le lecteur de ne pas sombrer dans une certaine confusion et de ne pas se perdre parmi tous ces personnages. Mais c’est probablement une conséquence des méthodes de travail de Connelly : « Travailler avec un plan, c’est comme travailler avec un patron, un patron qui vous dit ce que vous devez faire. Et ce patron, franchement, je m’en passe très bien. » [1] C’est vrai que, dans une entrevue, on peut dire à peu près n’importe quoi. Mais on n’en a pas moins l’impression que Connelly confie certaines parties de son idée générale à quelques collaborateurs dont il raboute ensuite les contributions.

Ce roman-ci n’est ni vraiment un suspense ni un thriller (sauf les 20 dernières pages). Plutôt une sorte de chronique vite faite.

[1] Revue Transfuge #14, 2008.

Extrait :
Bosch gagna la baie vitrée, l’ouvrit et passa sur la terrasse, Ballard sur les talons.
Spectaculaire, la vue, dit-elle.
C’est la nuit que je la préfère. Les lumières, l’autoroute. Tout paraît beau.
Elle rit.
– 
On ne sait toujours pas pourquoi John Jack avait ce livre du meurtre en sa possession et pourquoi il n’en a rien fait pendant vingt ans.
Ballard le rejoignit à la rambarde.
C’est important ? demanda-t-elle. On a le type qui a fait le coup dans le collimateur. En plus de son mobile et ce qui lui a permis de frapper.
C’est important pour moi, rétorqua Bosch. Je veux savoir.
On y arrivera. On finira par comprendre.
Il acquiesça d’un signe de tête, peu convaincu. Ils – surtout elle – avaient fait en une semaine tout ce dont John Jack avait été incapable en deux décennies, et Bosch commençait à souscrire à l’hypothèse de Ballard selon laquelle cela cachait quelque chose de sinistre… A savoir que si John Jack Thompson s’était emparé du livre du meurtre, c’était parce qu’il ne voulait pas que l’affaire soit résolue.
Ce qui suscitait un nouveau mystère. Et des plus douloureux.

Los Angeles by night

Niveau de satisfaction :
3 out of 5 stars (3 / 5)

 

 

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