Le procès des otages – Park Eun-Woo

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2017
Date de publication française : 2021 – Matin Calme
Traduction :
Son Mihae & Jean-Pierre Subiate
Genre :
Thriller
Personnage principal :
Kim Yiha dit Le Maître, chef des ravisseurs

Sur le mont Cheonggye, près de Séoul, dans une grande villa se tient une fête dans laquelle une trentaine de jeunes gens riches sont conviés. Dès l’arrivée chaque invité doit choisir un masque et ne doit pas le quitter durant toute la soirée. Alcool, drogue et sexe sont au programme. Tout bascule quand un homme ivre s’en prend à une jeune femme. Un coup de feu retentit, l’homme s’écroule, mort. Trois personnes sortent alors des armes et la fête tourne à la prise d’otages. Les ravisseurs demandent aux familles des otages une rançon de 5 milliards de wons (3,75 millions d’euros) en diamants d’un carat, soit environ 500 diamants. Rassembler la rançon n’est pas un gros problème pour les familles riches. Les diamants sont livrés, mais la police encercle la villa. Des otages sont libérés par vagues successives. Ne reste plus qu’un groupe de sept otages dans la maison. Ceux-là ne sont pas libérés, ils seront jugés pour un crime resté impuni : le viol et le meurtre d’une jeune fille neuf ans plutôt. Le procès est dirigé par un homme au masque de renard qui se fait appeler Le Maître. Il est diffusé en direct sur internet et les chaînes d’information. Ce n’est que le début d’une machination longuement étudiée et minutieusement mise en place.

L’intrigue de ce roman est pour le moins complexe, je dirais même alambiquée. L’auteur semble s’être livré à un jeu intellectuel qui consiste à embrouiller consciencieusement les pistes et à mettre en place d’aussi nombreux qu’improbables retournements de situation. Le lecteur doit s’accrocher aux branches pour suivre tous les rebondissements de l’histoire, d’autant plus que les personnages sont nombreux : entre les ravisseurs, la police, les otages, les familles des otages, les victimes, les journalistes, le personnel des hôpitaux … nous arrivons à une bonne cinquantaine de personnes. Et cerise sur le gâteau pour le lecteur occidental : les noms coréens. En effet, il ne faut pas confondre les : Yi Uibang, Yi Yunjeong, Yi Gyubeom, Yi Yeongguk, Yi Seongsu, Yi Seonggyu … ni les : Kim Hyeongsik, Kim Jinhak, Kim Yihyeon, Kim Yunhi … Je vous fais grâce de tous les Min, les Mun et autres Jin et Jang ! Je dois avouer qu’après un certain temps, pour éviter la migraine, j’ai renoncé à retenir le rôle exact de chaque personnage me contentant de mettre une étiquette sur leur emploi : policier, ravisseur, otage …

Quand à l’enchevêtrement de l’intrigue et à la multitude des personnages s’ajoutent les différences culturelles entre le pays de l’auteur et celui des lecteurs, la lecture devient ardue et le plaisir s’amenuise. C’est bien ce qui m’est arrivé avec ce roman coréen.

Park Eun-Woo est un romancier populaire en Corée. Il a obtenu pour ce livre le prix Kocca Korea 2019.

Extrait :
En vérité, ce que je vais faire maintenant n’est pas non plus ordinaire. Je vais instruire un procès. Il sera d’autant moins ordinaire qu’il va avoir lieu dans une villa, et non pas dans une salle d’audience. Mais je dois faire ainsi. Je vous parle d’un procès qui aurait dû se tenir il y a longtemps et qui s’ouvre seulement maintenant. Cette affaire peut paraître embrouillée mais tout se résume à cela : il y a plusieurs années, un crime a eu lieu mais aucun procès ne s’est ensuivi alors que les auteurs et les victimes étaient connus. C’est ce procès que je vais instruire devant vous.

Niveau de satisfaction :
3 out of 5 stars (3 / 5)

 

 

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Jusqu’au dernier cri – Martin Michaud

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2021 (Libre Expression)
Genre :
Thriller
Personnages principaux :
Victor Lessard et Jacinthe Taillon

Un thriller dans lequel les rebondissements se bousculent : trafiquant de drogues, prise d’otages, policiers corrompus, valise d’argent disparue, recherchée par les policiers, la mafia polonaise, Jacinthe et Victor.

En pleine tempête de neige, Jacinthe et Victor doivent se rendre à Matagami, parce qu’un preneur d’otages ne veut parler qu’à Victor. Victor le rencontre et le voilà entraîné dans la poursuite de l’auteur d’un triple meurtre et du vol d’une mallette bien remplie, mais lui-même est talonné par les hommes de main du cartel qui ne reculent devant rien pour récupérer l’argent contenu dans la mallette.

Jacinthe, gravement malade et fuyant les résultats de ses examens médicaux, ne lâche pas Victor d’une semelle. Lui-même se sent responsable d’elle, mais passe  personnellement plusieurs mauvais quarts d’heure : mitraillé, tailladé, éclaboussé par les dégâts d’une grenade, coincé dans son auto renversée, Victor en a plein les bras. On finit par le considérer un peu comme Tintin, car on se doute bien qu’il va toujours finir par s’en sortir malgré tout, ce qui atténue un peu la force du suspense.

Le couple Jacinthe/Victor, très solidaire et mal assorti en principe, est placé dans une position originale : poursuivant-poursuivi. On retrouve une Jacinthe frondeuse et vulgaire, même à ses dépens, ce qui affaiblit parfois le caractère dramatique de l’aventure. On n’est pas encore sorti de la pandémie et Victor réfléchit beaucoup sur ses conséquences, notamment sur la jeunesse qui, selon lui, a durement encaissé le confinement, s’est repliée sur elle-même (le cas du jeune tueur est un bel exemple), mais sur qui il faut compter pour espérer un avenir meilleur. Michaud s’est toujours intéressé au contexte social de ses récits mais, dans ce cas-ci, le temps consacré à son espoir en la jeunesse et à son amitié pour Jacinthe est considérable. On trouve souvent ces parenthèses à saveur sociale chez des auteurs vieillissants (je pense à Donna Leon); Michaud est pourtant encore jeune, mais la pandémie l’a probablement rapproché de ses enfants et de ses amis. D’une part, ça rend le roman plus humaniste, oserais-je dire; d’autre part, ça risquerait de briser un peu le rythme sauf que ses réflexions interviennent plutôt vers la fin comme pour donner un sens plus global à cette aventure particulière.

Extrait :
Victor ne pouvait s’enlever de la tête cette idée que le manque d’espoir divisait et guettait une partie significative de la planète. La jeunesse portait sans doute en son sein les plus grands stigmates de l’après-COVID, mais elle charriait aussi un puissant vent de changement : elle était mal à l’aise avec le monde ancien, celui du colonialisme, du racisme sous toutes ses formes, de la culture du viol,  des discriminations fondées sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre, et elle entretenait de la frustration de voir les adultes se conduire de façon irresponsable à un moment où il fallait coûte que coûte se serrer les coudes, et plus particulièrement face aux défis climatiques et environnementaux.
Mais combien de temps encore avant que ces nobles intentions se dissolvent comme les vaines promesses des politiciens, usés par la bêtise et la résistance au changement ? Combien de déceptions avant que même les plus humanistes et les plus irréprochables deviennent, à leur tour, corrompus ?

Matagami sous la neige

Niveau de satisfaction :
4 out of 5 stars (4 / 5)

 

 

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La peine du bourreau – Estelle Tharreau

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2020 – Taurnada Éditions
Genre :
Roman noir
Personnages principaux :
McCoy, gardien de prison et bourreau au Texas – Ed 0451, condamné à mort

Huntsville, Texas.
Dans la prison de Walls, le détenu Ed 0451 sera exécuté dans quatre heures. Son sort repose dans les mains du gouverneur du Texas, Russell Thompson, 34 ans, qui doit se prononcer pour accorder ou rejeter sa grâce. Pour l’aider à prendre sa décision, le gouverneur demande à s’entretenir avec le gardien exécuteur de peine, c’est-à-dire le bourreau. Il s’agit de McCoy, le Vieux cow-boy, comme l’a surnommé Ed. La mise à mort de Ed sera sa dernière exécution avant sa retraite. Pendant quatre heures McCoy va raconter sa vie de gardien et d’exécuteur dans le couloir de la mort. Il bouscule les certitudes du gouverneur. Il le malmène, le provoque, lui raconte les horreurs et les injustices qu’il a vécues. Tout ce que ne voulait pas entendre le gouverneur. Pendant ce temps autour de la prison c’est le chaos : les pro et les anti-peine de mort s’affrontent. Il y a même des conflits à l’intérieur de chaque groupe tellement le cas de Ed est clivant et déchaîne les passions. Ed a commis cinq meurtres de sang-froid, mais il n’a pas abattu n’importe qui.

Ed, à 18 ans, était un jeune marié et un homme plein d’enthousiasme et de naïveté qui croyait qu’il y avait deux camps bien tranchés : celui du bien et celui du mal. Lui avait choisi le camp du bien, celui des policiers et des gardiens très nombreux à Huntsville, la ville des uniformes, un haut lieu de la défense contre le mal. Le mal c’était les délinquants et les noirs. Souvent les deux. Mais, petit à petit il s’est aperçu que le système ne fonctionnait pas, qu’il était défaillant et injuste. Dégoûté, il a décidé de rétablir l’équilibre à coup de fusil à pompe. Il a ainsi éliminé cinq nuisibles. Il a estimé que c’était son devoir de le faire, que c’était logique et juste. Il accepte de payer pour ça, il s’est laissé arrêter, il refuse de se défendre, il garde le silence. Il a le sentiment de ne pas se sacrifier pour rien, d’avoir choisi dans quel monde il aurait voulu vivre et d’avoir contribué à le rendre meilleur.

McCoy a passé plus de 40 ans dans le couloir de la mort. Il a vu condamner à mort des hommes qui avaient tué par accident et des tueurs en série cyniques s’en sortir. Dans ce monde de violence, de souffrance, d’humiliation et d’injustice, lui aussi est désabusé. Il sait que le système fonctionne mal. Il éprouve plus d’estime envers le condamné Ed 0451 qu’envers le gouverneur du Texas.

En exergue du livre la phrase : « Traiter de la peine de mort, c’est d’abord plonger dans l’horreur. » C’est ce que fait ce livre. Les personnages sont fictifs, mais les lieux et procédures décrits sont bien réels, ainsi que le fonctionnement du système carcéral au Texas. C’est un roman dur, perturbant mais aussi édifiant. En outre, cette réflexion sur la peine capitale est pleine d’émotions et finalement profondément humaine. Ce livre a obtenu le Prix du roman noir des bibliothèques et des médiathèques de Grand Cognac 2021.

Extrait :
– Ne dépassez pas certaines limites », fit Thompson, menaçant.
« Sinon quoi ? Vous n’avez pas le droit d’être ici. Vous devriez être dehors à tenter de calmer tout ce bordel. Si, malgré tout, vous restez planté là, c’est que vous savez qu’un système aussi pourri finira par s’écrouler sur lui-même tôt ou tard et que, comme vos amis français l’ont fait par le passé, un de ces jours, des gens en colère risquent de balader votre tête au bout d’une pique dans les rues d’Austin ou de Washington. La tête de tous ceux qui ont assez de fric ou de bagout pour se servir des autres, leur marcher dessus et sauver leur peau quoi qu’ils fassent.
– Pourtant, Sutton n’avait pas de fric pour sauver sa tête.
– Non, mais il jouait sur le deuxième nerf de la guerre : les médias. Si Sutton n’avait pas été tueur en série, il aurait pu devenir homme politique avec ses belles paroles et son opportunisme. Il a profité de son procès pour attirer les médias avec sa cruauté et son cynisme puis il les a maintenus en haleine avec sa belle histoire de repentir. Ça, ça plaît chez nous, le repentir. Et enfin, il les a complètement mis dans sa poche avec son rôle de messie prêchant l’amour entre les hommes. Il s’est toujours débrouillé pour orchestrer des coups de théâtre aux dates clés de ses procédures en appel.

Niveau de satisfaction :
4.3 out of 5 stars (4,3 / 5)

 

 

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L’Automne de la disgrâce – Wayne Arthurson

Par Michel Dufour

Date de publication originale :
2011 (Fall from Grace)
Date de publication française :
2021 (Alire)
Traduction (anglais du Canada) :
Pascal Raud
Genres :
Enquête, thriller
Personnage principal :
Leo Desroches, journaliste

J’avais bien aimé Les Traîtres du Camp 133, écrit en 2016 et publié chez Alire en 2018. L’Automne de la disgrâce a été écrit en 2011; c’est le début d’une série qui met en vedette le journaliste Leo Desroches, dont le père est Canadien français et la mère est originaire de la nation crie (l’inverse des parents de l’auteur). Cette série est plus personnelle que le roman de 2018 : Desroches, même s’il est passablement assimilé, est plus conscient de sa tradition autochtone; il ne parle pas crie, français non plus, mais il s’intéresse à la culture crie, envisage d’en apprendre la langue et subit même l’expérience initiatique de la sudation.

C’est peut-être pourquoi, comme journaliste, il prête plus d’attention à la mort d’une jeune Autochtone assassinée, dont le corps a été abandonné en plein champ dans la banlieue d’Edmonton; et qui serait peut-être la plus récente d’une série de disparitions et de meurtres de femmes amérindiennes. L’Edmonton Journal endosse et encourage les recherches de Leo, même quand ça risque de faire trop de bruit parce que des policiers paraissent avoir été mêlés à ces disparitions, soit par inaction soit par une implication directe; des policiers, dont plusieurs sont aujourd’hui des haut gradés. Un tueur en série aurait-il été protégé par  les forces de l’ordre ?

Leo semble être sur une bonne piste parce que deux sombres individus (probablement des policiers ou des ex) l’enlèvent, le traitent au taser et le laissent pour mort loin de la ville alors que la température frise les -20°.  Rescapé in extremis, Leo se repose un brin, rebondit, se fie sur un mauvais indice pour découvrir celui qu’il croit être le tueur en série, s’aperçoit qu’il s’est trompé, réajuste son tir, et se prépare pour le dernier règlement de compte.

Comme souvent, dans un premier roman, l’auteur en met beaucoup. L’enquête policière, plutôt journalistique parce que Leo ne compte pas vraiment sur l’aide de la police, insiste surtout sur le fonctionnement interne d’un grand journal, sur la vie dans les Prairies (particulièrement à Edmonton), sur les relations entre journalistes, policiers et pouvoirs politiques, sur la vie difficile des Autochtones, victimes d’une tentative de génocide par l’Église catholique, puis marginalisés dans une société plus laïque mais à peine moins ostracisante. Tout cela est sans doute intéressant, mais le suspense perd de sa densité.

Par ailleurs, Arthurson a fait bien des recherches et ça paraît : son souci pédagogique (salle d’un grand journal, culture amérindienne, interactions des corps policiers…) ralentit souvent l’action, elle-même retardée par les multiples introspections de Leo qui semble avoir à cœur de raconter surtout ses états d’âme.

Enfin, le personnage de Leo est original mais je trouve agaçant son prêchi-prêcha sur le fait que s’il y a des mauvais flics, il y en a aussi des bons, et que, de toutes façons, « nous sommes tous capables de meurtre, nous sommes tous capables du mal le plus terrible, nous pouvons tous être des monstres ». Mais « nous sommes tous capables de grandeur, de faire des choses merveilleuses et incroyablement bonnes… ». Passer du fait qu’il existe des monstres et des saints parmi nous au fait que nous sommes tous monstres et saints, c’est se vautrer dans des fantasmes de curé qu’on croyait dépassés.

Extrait :
Je sentais que Conlee ne méritait pas le même genre de reportage sur sa vie que Grace. Il me semblait qu’à chaque horrible meurtre ou acte violent, tout le monde – pas seulement les médias, mais bien les lecteurs et les consommateurs de médias – était avide de lire autant d’informations que possible sur le meurtrier.
C’était le nom du criminel qui avait le plus d’écho, qui était gravé dans la mémoire de l’événement, alors qu’en vérité c’étaient les victimes qui méritaient d’être commémorées. Il était triste que la plupart des gens se souviennent du nom du fils de Sam ou du type qui a tué quatorze femmes à la Polytechnique de Montréal, mais que presque personne, à part les familles, ne se rappelle le nom des personnes assassinées. Le meurtrier devait être oublié, mais pas l’acte qu’il avait commis. Car si nous nous rappelions l’acte, nous pourrions peut-être empêcher qu’il se reproduise

Edmonton

Niveau de satisfaction :
3.4 out of 5 stars (3,4 / 5)

 

 

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Le loup des ardents – Noémie Adenis

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2021 – Robert Laffont
Genres :
roman noir, historique
Personnages principaux :
Aymar de Noilat, médecin – Loïse, orpheline de
10 ans

An 1561 dans le village d’Ardeloup, 45 habitants, en Sologne.
En cet hiver particulièrement rigoureux, les habitants d’Ardeloup doivent faire face à la faim et au froid. La neige, tombée en abondance, bloque les routes. Ardeloup est coupé du monde. Bientôt un autre péril va s’abattre sur le village : la maladie qui, après de terribles souffrances, emporte ceux qui en sont atteints. C’est le mal des ardents. Aymar de Noilat, le médecin nouvellement arrivé ne peut rien y faire. Les habitants, impuissants devant ce fléau, ont besoin d’un exutoire, il leur faut un responsable de ce malheur. Ils vont vite trouver. Il y a déjà eu un cas semblable il y a quelques années : une femme, accusée de sorcellerie, a été brûlée vive. On se dirige vers le même genre de solution. Aymar de Noilat fait tout son possible pour s’opposer à cette barbarie.

L’autrice met en place une ambiance hivernale, rude et austère. La neige, le vent et le brouillard composent une chape de froidure qui isole le village. Les provisions se font rares, les gens ne mangent pas à leur faim. Quand la maladie vient encore s’ajouter à tout cela, la folie s’empare des gens, les croyances archaïques ressurgissent. La sorcellerie en laquelle croient la majorité des gens s’oppose à la science, incarnée par le docteur Aymar de Noilat.

L’intrigue est bien construite et maîtrisée. Elle ménage un bon suspense. Les surprises et les retournements de situation sont bien amenés et relancent parfaitement la narration. Les conditions de vie très âpres n’empêchent pas les hommes et les femmes de s’aimer. Deux histoires d’amour et de jalousie enrichissent le scénario.

Les personnages sont bien définis, en rapport avec l’époque et le milieu. Ils sont suffisamment complexes et ont l’épaisseur nécessaire pour les rendre attachants ou détestables. Le médecin Aymar de Noilat est en apparence un homme cultivé et plein de sagesse. Il est accueilli comme une bénédiction par les habitants d’Ardeloup. C’est le seul qui éprouve de l’empathie envers la pauvre Loïse que tous considèrent comme une esclave. Aymar prend Loïse sous sa protection. Mais Aymar n’est pas arrivé à Ardeloup par hasard. La jeune Loïse apparaît comme une enfant soumise et effacée, mais elle se montre bien plus intelligente et maligne que ne le soupçonnent les gens. Loïse traîne un lourd passé derrière elle, un passé qui compromet aussi son avenir.

Ajoutons à toutes ces qualités une écriture fluide et agréable. L’ensemble fait de ce premier roman une belle réussite. Il a été récompensé par le Grand prix des enquêteurs. Des débuts dans l’écriture très prometteurs pour Noémie Adenis.

Quelques mots sur le Grand prix des enquêteurs : Robert Laffont et le Figaro Magazine se sont associés pour créer ce prix qui récompense l’auteur d’un premier polar ou thriller. Le jury est composé de douze professionnels de l’enquête, policiers, avocats et juges. Le lauréat est publié à l’occasion de la rentrée littéraire de septembre, dans la collection policier/thriller La bête noire de Robert Laffont.

Extrait :
En songeant au châtiment infligé à sa mère, Loïse estima que les habitants d’Ardeloup avaient bien mérité leur sort. Le mal des ardents, ils ne l’avaient pas volé !
Elle relut les passages relatifs à son adoption ; elle voulait être certaine de ne rien manquer d’important. Guy l’avait recueillie. Sur le papier, elle n’était qu’une acquisition de plus : le texte parlait moins de l’enfant que de la superficie des terres agricoles récupérées. Le père Éloi stipulait que Loïse, à l’âge adulte, serait une aide supplémentaire pour l’exploitation. Les villageois l’avaient toujours considérée comme telle.
La gorge de la fillette se serra. Que deviendrait-elle au départ d’Aymar de Noilat ? La neige n’empêcherait pas éternellement le médecin de reprendre la route. Retournerait-elle travailler à la ferme ? Ou existait-il une autre solution qu’elle ne voyait pas encore, tant elle était troublée par le chagrin et le poids de sa découverte ? Elle n’était qu’une orpheline. Personne ne l’attendait quelque part.

Niveau de satisfaction :
4.3 out of 5 stars (4,3 / 5)

 

 

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Dans l’œil du cyclone – Anne Perry

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2019 (Death in focus)
Date de publication française : 2020 (10/18)
Traduction :
Florence Bertrand
Genres :
Thriller, historique
Personnage principal :
Elena Standish

Belle surprise  : après avoir fait revivre la Londres de Monk et de Pitt (deuxième partie du XIXe siècle), le Paris de la Révolution française, la Byzance du XIIIe siècle et l’Europe de la 1ère Guerre Mondiale, Anne Perry se concentre maintenant sur l’Italie, l’Allemagne, la France et l’Angleterre de 1933, plus précisément la montée en flèche du fascisme hitlérien. Au centre de tout ça, Elena Standish, jeune photographe, fille d’un diplomate et petite-fille d’un ambassadeur à la retraite qui a vécu un certain temps à Berlin il y a une quinzaine d’années.

Jouissant avec sa sœur Margot de vacances réconfortantes à Amalfi, Elena se voit contrainte à remplir une mission pour laquelle elle n’est vraiment pas préparée : se rendre à son ambassade de Berlin pour avertir l’attaché culturel britannique Roger Cordell que l’ignoble démagogue allemand Scharnhorst était pour être assassiné et qu’on s’arrangerait pour faire porter la responsabilité de ce meurtre sur les Anglais. Voyage qui ne sera pas de tout repos : avant de quitter Amalfi, un cadavre est découvert à son hôtel; puis, dans le train, son nouvel ami Ian Newton est poignardé; à Berlin, les chemises brunes font la pluie et le beau temps; Cordell ne peut pas faire grand-chose pour elle ni pour empêcher l’assassinat de Scharnhorst.

Par-dessus le marché, c’est Elena qui est accusée du meurtre de Scharnhorst. Sa photo est à la Une : difficile de rentrer en Angleterre, elle ne peut même pas quitter l’Allemagne.

Comme c’est le premier roman de la série, Perry prend le soin, et le temps, de décrire les principaux personnages : Elena et sa sœur Margot, leur père Charles, Katherine leur mère, surtout leurs grands-parents Josephine et Lucas. On a droit aussi à un beau portrait d’Hitler et surtout de Goebbels : « Un demi-sourire traversa son visage, comme un rayon de lune sur une tombe »! L’ambiance du Berlin des années 30 est bien rendue également, et je crois que c’est surtout cette période historique qui a attiré Anne Perry dans cette atmosphère. Comme c’est une période qui est assez connue, on aurait pu craindre de s’ennuyer un peu, mais l’auteure nous force à vivre le drame de l’intérieur, des Juifs, par exemple, qui se sentent traqués même s’ils sont allemands, ou de la terreur qu’inspirent les chemises brunes qui font littéralement flèche de tout bois. Est bien décrite également l’ambiguïté des Anglais vis-à-vis d’Hitler. Perry ne tombe pas dans la caricature et nous rend bien conscients de la misère du peuple allemand ravagé par les conditions imposées par les Alliés et de la reconstruction économique et sociale entreprise par Hitler.

Elena (29 ans) semble bien fragile pour un personnage autour duquel toute l’action se déroule; mais le pari de Perry consiste justement à montrer comment le courage et une certaine fierté peuvent devenir des armes bien utiles. Surtout si on est soutenu par une solidarité indéfectible.

Extrait :
Lucas aurait donné cher pour se persuader que l’ascension météorique d’Adolf Hitler ne représentait pas un danger pour l’Europe, encore moins pour l’Angleterre. Mais tous ses sens, tous ses instincts, lui affirmaient que c’était le cas, et que le danger s’accroissait d’une semaine à l’autre. Quatre mois plus tôt à peine, à la fin de janvier, Hitler avait pris les rênes du pouvoir en Allemagne.
De nouvelles idéologies surgissaient partout en Europe dans le sillage des pertes dévastatrices de la guerre. Depuis l’assassinat du tsar de Russie, la peur du communisme nourrissait les idéologies de droite sur le continent. En Italie, après avoir apporté certains changements bénéfiques, Benito Mussolini resserrait déjà son contrôle sur le pays et l’oppression jetait les bases de la folie qu’était la dictature. Lucas avait entendu des histoires qui frôlaient le ridicule mais qui, pourtant, étaient véridiques : les rires seraient de courte durée.
En Espagne, diverses factions politiques se disputaient le pouvoir. Qui savait où cela allait mener ? L’Allemagne, quant à elle, était la source de sa plus grande inquiétude. Le traité signé à la fin de la guerre avait été trop sévère. Des millions de gens qui n’étaient pas responsables de la soif de gloire du Kaiser avaient été punis. Le blâme était futile. Sans doute nul ne pouvait-il  y échapper tout-à-fait, ne fût-ce que pour avoir fermé les yeux : non pour son action, mais pour son inaction.

Autodafé

Niveau de satisfaction :
4.1 out of 5 stars (4,1 / 5)

 

 

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Si la bête s’éveille – Frédéric Lepage

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2021 – Éditions Plon
Genres :
Enquête, Thriller
Personnages principaux :
Adam Leaf, policier tétraplégique – Clara, singe capucin

À New York, Angélique Obson et Adam Leaf forment un couple de jeunes policiers. Ils viennent d’acheter un appartement, ils déménagent. Pendant le déménagement un étrange déménageur, portant une perruque de longs cheveux et un masque antipoussière, braque un pistolet sur Adam qui se défend. Un coup de feu part, une balle atteint Adam au cou. Il se retrouve paraplégique. Une longue rééducation commence pour lui. Au centre de réadaptation des blessés, il bénéficie d’un programme pilote qui s’appuie sur une assistance animalière. Pour les gestes de tous les jours, Adam est désormais assisté par Clara. C’est un singe capucin, une femelle.
Pendant ce temps sa compagne, Angélique, est chargée de l’enquête sur le meurtre de la fille d’un peintre célèbre. Longtemps l’enquête n’avance pas. Adam, retrouvant progressivement de la motricité, va s’intéresser à l’affaire, alors des progrès considérables vont être faits.

La première partie du roman montre la relation fluctuante entre un homme lourdement handicapé ne pouvant assumer seul les gestes du quotidien et un singe qui, bien que dressé pour accomplir des tâches domestiques courantes, conserve l’instinct primaire de son espèce. L’adorable bestiole se transforme alors en un animal agressif et hostile. L’homme ne peut se protéger, il devient la victime impuissante du comportement pervers de la bête. Sa seule défense c’est de comprendre les raisons de changement d’attitude du singe capucin. C’est dans l’éthologie qu’il va se mettre à étudier intensément que sera la solution.

Les études d’éthologie d’Adam ont un double effet : elles lui permettent de maîtriser l’agressivité de Clara et aussi d’expliquer certains comportements humains concernant le meurtre de la fille du peintre. On a coutume de dire que les agissements des animaux ressemblent à ceux des humains, l’auteur fait la démarche inverse : des comportements humains s’apparentent à ceux des animaux. D’ailleurs le sujet de la thèse présentée par Adam est significatif : les sources animales de la violence humaine. Fraîchement nanti de ces connaissances, Adam trouvera avant tout le monde le coupable du meurtre.

Frédéric Lepage a réussi à faire à partir d’un sujet aussi singulier un roman intéressant et divertissant. Il montre que l’instinct animal est toujours dans l’homme et qu’il peut s’exprimer si l’occasion est favorable.
Ce livre a obtenu Prix Cognac 2021 du meilleur roman francophone.

Extrait :
Adam et elle se regardent droit dans les yeux. Lui ne voit plus en elle un animal, mais un homoncule, une sorte d’enfant dépravé, une version dégradée et corrompue de tous les ancêtres de l’homme. L’animal en lui jauge l’homme en elle. Ce regard si sombre lui fait perdre ses repères. La peur le gagne, non celle des sévices qu’elle va lui faire subir, mais l’épouvante de ne plus savoir à quelle catégorie du vivant il appartient.

Singe capucin

Niveau de satisfaction :
4.2 out of 5 stars (4,2 / 5)

 

 

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Top 10 de l’année 2021

Sélection des meilleurs livres de littérature noire que nous avons chroniqués en 2021, publiés en français entre 2020 et 2021.
Nous nous sommes limités à 10 livres, 5 livres par chroniqueur.
Il n’y a pas d’ordre de préférence, pas de classement de 1 à 10.
Un clic sur l’image ou le titre renvoie à la chronique correspondante.

Apollo, mission meurtrière
de Chris Hadfield
De silence et de loup
de Patrice Gain
Ce qu'il nous reste de Julie
de Sébastien Didier
Rosine, une criminelle ordinaire
de Sandrine Cohen
Flots
de Patrick Senécal
Le chant des galahs
de Pascal Vatinel

Manhattan Sunset
de Roy Braverman

La face nord du cœur
de Dolores Redondo

Le murmure des hakapiks
de Roxanne Bouchard
La Bête en cage
de Nicolas Leclerc
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Apollo, mission meurtrière – Chris Hadfield

Par Michel Dufour

Date de publication originale :
2021 (The Apollo Murders)
Date de publication française :
2021 (Libre Expression)
Traduction (anglais Canada) :
Laurence Blais et Fanny Houle
Genre :
Thriller
Personnage principal :
Kazimieras Zemeckis, alias Kaz, contrôleur de vol

Si vous prévoyez être mis en quarantaine en allant à l’étranger ou en revenant au pays, c’est le roman que vous devez emporter avec vous : costaud (plus de 600 pages), instructif (vous apprendrez à parler russe ou à manœuvrer un vaisseau spatial), mystérieux ( difficile de prévoir les objectifs de chaque personnage), et sanglant (des adversaires doivent être éliminés définitivement). Ça se lit lentement d’autant plus que l’auteur opte pour une version assez réaliste, et c’est avec plaisir qu’on côtoie des personnages que l’actualité nous a déjà présentés : les présidents Nixon et Brejnev, le secrétaire général du parti communiste Iouri Andropov, les conseillers américains Kissinger et Haldeman, Schlesinger, directeur de la CIA, le général Phillips, directeur de la NSA, le Russe Tchelomeï qui conçut la station spatiale Almaz, la cosmonaute Svetlana Savitskaïa, et plusieurs autres. Bien sûr, les Russes sont pro-russes et les Américains pro-américains, mais ce n’est pas un James Bond et l’opposition ‘les bons vs les méchants’ ne convient vraiment pas. Même s’il est certain qu’au niveau de la conquête de l’espace, les deux grandes puissances s’espionnent continuellement.

Nous sommes en 1973. Les Russes ont déjà envoyé le robot Lunokhod sur la lune et mis en orbite la station spatiale d’espionnage Almaz. Les Américains préparent l’expédition d’Apollo 18 vers la lune après un petit détour pour saboter la station spatiale Almaz. À quelques jours du lancement, le commandant Tom Hoffman est tué dans ce qui semble être un accident. Il sera remplacé par le pilote Luke Hemming. Kaz est le contrôleur de vol, en liaison constante avec Gene Kranz le directeur de vol principal, l’armée, la NSA et la CIA, eux-mêmes en contact avec Nixon via Kissinger et Haldeman.

Le lancement a finalement lieu mais le sabotage d’Almaz ne tourne pas comme prévu : les Américains perdent un joueur (Luke) et gagnent une cosmonaute (Svetlana). Chad Miller le remplace, secondé par Michael Estale, pilote du module de commande. Apollo 18 poursuit sa route vers la lune. Les Russes chargent Chad de rapporter des roches radioactives repérées par Lunokhod. Svetlana découvre que Chad parle russe. Michael ne se doute de rien. Et, à la base, Kaz suspecte que quelque chose de bizarre se produit sur le vol et suit de près l’enquête sur la mort de Tom, qui ressemble de plus en plus à un meurtre.

La finale met en scène un croiseur et un sous-marin russes face à un navire américain anti-sous-marin, l’USS New Orleans, et à quelques hélicoptères chargés de commandos d’expérience. Encore quelques morts, mais je n’en dirai pas plus, sinon que, quelque temps plus tard, Kaz et sa bonne amie la géologue Laura, en se promenant lentement sur une plage tranquille, regarderont avec nostalgie la lune dans l’immensité du ciel parsemé d’étoiles.

C’est un roman immense, trop réaliste pour ressembler à Star Trek, Alien ou autres James Bond du même acabit. Moins haletant sans doute, mais poignant à cause d’un réalisme à toute épreuve. On est moins dans le domaine du probable que du possible. Évidemment, l’auteur n’est pas n’importe qui : le Canadien Chris Hadfield a été contrôleur de vol pour 25 missions de navette et directeur des opérations de la NASA en Russie. Plusieurs d’entre nous l’avons vu dans sa capsule, lors de son troisième vol dans l’espace, chanter le Space Oddity de David Bowie. Homme aux multiples talents, son premier thriller nous en met plein la vue.

Extrait :
– Monsieur le Président, notre nation célèbre aux côtés de la vôtre à l’occasion de ce succès conjoint de coopération, tandis que nous menons l’humanité vers l’exploration spatiale. L’équipe de soutien à Moscou souhaiterait également adresser quelques mots à la majore Gromova.
 Lunokhod occupait dorénavant le ventre de l’écran.
Une multitude de cliquetis se firent entendre à mesure que les différents correspondants se joignaient à l’appel, puis la voix de Tchelomeï retentit haut et fort au milieu des interférences. L’interprète posté à Houston traduisit précipitamment au fil de son discours :
Majore cosmonaute Gromova, ici le directeur Tchelomeï, du TSOUP. Nous saluons votre bravoure en tant que première humaine à explorer la lune au nom de l’URSS. Vous êtes une vraie pionnière soviétique et constituez un modèle pour nous tous.
Merci, tovarichtch directeur, déclara humblement Svetlana.
Haldeman se retourna vers le président :
Monsieur, ils ont introduit leur robot dans le champ de la caméra, cracha-t-il, sa voix trahissant son dégoût.
Les trois hommes autour du bureau s’inclinèrent tous vers l’écran pour constater ses dires.
Tchelomeï choisit ce moment pour asséner le coup de grâce :
Après votre alunissage historique sur ce site de découverte soviétique, avec Lunokhod – qui arpentait la Lune depuis trois mois déjà– dressé directement derrière vous, sachez que votre nom rejoindra à jamais ceux de Gagarine, Terechkova et Leonov. Pozdravliaïem !

Niveau de satisfaction :
4.6 out of 5 stars (4,6 / 5)

 

 

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Arrête ton cirque ! – Odile Baltar

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale :
2021 – Fleuve noir
Genre :
Roman noir tragi-comique
Personnage principal :
Laure, jeune femme déjantée

Prix San Antonio 2021

Laure apprend que son amant, François, s’est tranché la gorge. C’est son compagnon officiel, Pascal, qui lui annonce ce suicide. Il était au courant de ses infidélités, il les acceptait. Laure n’est pas une femme qui réagit comme tout le monde. Elle récupère un chien errant qu’elle nomme aussitôt François, comme son amant décédé. Ensuite elle s’imagine que son compagnon pourrait avoir assassiné son amant et qu’il veut aussi sa mort. Après une course poursuite dans les bois, elle l’estourbit d’un coup de bûche sur la tête. Le gars finit à l’hôpital, dans le coma. Elle regrette aussitôt son geste, mais n’arrête pas pour autant les outrances et les provocations. C’est par un tourbillon d’extravagances et de comportements saugrenus que Laure fait face aux évènements.

C’est un sacré numéro Laure ! Elle se dit égocentrique, mais finalement pas plus que d’autres. Elle est séduisante et séductrice. Elle a la cuisse légère et collectionne les aventures. Elle aime bien boire un coup, la bière l’aide à réfléchir calmement dit-elle. Parfois elle abuse jusqu’à l’inconscience. Mais ce qui l’a rendue le plus malade c’est d’avoir sifflé trois bières sans alcool, sans le savoir, dans un hôpital. Ça c’est impardonnable pour elle ! Un vrai traumatisme ! C’est une fille versatile aussi : avec elle, on passe du rang de sauveur à celui de gros con en quelques minutes à peine. Pas très prudente non plus Laure, un peu inconsciente même, se mettant toute seule dans des situations délicates. Bref, Laure est tout à la fois : foldingue, déjantée, provocante, insolente, libre. Attachante par ses excès, mais pas reposante du tout.

Outre le personnage de Laure, ce qui distingue ce roman c’est l’écriture tonique et créative, avec un sens de la formule qui fait mouche, s’appuyant sur un excellent sens de l’observation. Et aussi un humour corrosif, un peu vachard que cautionnerait San Antonio lui-même.

 Sur le Prix San Antonio :
En 2021, à l’occasion du centenaire de la naissance de Frédéric Dard, Fleuve Éditions a décidé de créer la première édition du Prix San Antonio. Ce prix a vocation à récompenser un polar inédit (non publié à compte d’auteur, à compte d’éditeur ou auto publié), qui sera distingué pour son travail sur la langue ainsi que son ancrage dans l’époque actuelle. Le lauréat sera publié dans la collection emblématique Fleuve noir en 2021. Le gagnant sera désigné par le jury au festival Quais du Polar 2021.

Prix amplement mérité pour Arrête ton cirque ! dont le titre original était :
« Ego-trip-bad-side-fucking-life-for-nothing-bla-bla-bla » (on comprend bien que l’éditeur l’ait changé).
C’est un bon roman, fantasque et tonique.

PS : On ne connaît rien de l’autrice si ce n’est qu’elle vit en Belgique.

Extrait :
Je résume. Concentrez-vous ! Simon aime sa femme Aude qui couche avec Pascal qui est le mec de Laure qui couche avec François qui est le frère d’Aude. Vous y êtes, là ? OK ? Et donc Simon tue François ! Pourquoi ? Comme ça Laure se console dans les bras de Pascal et lui récupère sa grosse Aude. Fastoche, non ?
Il avait la bouche ouverte, clairement perplexe. Alors j’ai encore gueulé :
C’EST SIMON ! DANS LA SALLE DE BAINS ! AVEC LE CUTTER !
Il était temps d’entamer ma nouvelle bière. J’avais résolu l’enquête, fallait fêter ça.

C’est alors qu’à l’entrée de la cafétéria est apparue ma mère avec son sourire de louve alpha et plein de sacs chics.

Niveau de satisfaction :
4.1 out of 5 stars (4,1 / 5)

 

 

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