Rouge comme la mer – Lilja Sigurdardóttir

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2020 (Blódraudur sjór)
Date de publication française :
 2024 (Métailié)
Traduction (islandais) :
Jean-Christophe Salaün
Genres : Enquête, thriller
Personnages principaux :
Aurora, policière – Daniel, policier

Ce roman fait partie d’une trilogie qui met en vedette la policière Aurora. Chaque roman est indépendant, le seul lien étant la recherche par Aurora du cadavre de sa sœur qui a été tuée et dont le corps a été apparemment abandonné dans les terres volcaniques au nord de l’Islande. J’avais déjà été satisfait par Trahison, qui a obtenu l’Icelandic Crime Fiction 2019[1].

L’entrepreneur Flosi, en entrant chez lui, tombe sur une demande de rançon : sa femme Gudrun a été enlevée et on menace de la tuer si la rançon n’est pas livrée. Son comptable, Michael, demande à la policière Aurora d’aller voir la situation de plus près, et en toute discrétion, puisque la police ne doit pas être mise au courant. Aurora demande l’aide de Daniel, un policier d’expérience, et on fixe un rendez-vous avec Flosi dans un Café. L’enquête sur l’enlèvement de Gudrun commence.

Plusieurs personnes ont intérêt à faire disparaître Gudrun : la femme précédente de Flosi, Karen; la fille de Karen et Flosi, Ida Thöll; la maîtresse de Flosi, Bergros; Flosi lui-même. À moins que ce ne soit un Russe pour lequel il semble que Flosi ait effectué d’énormes blanchiments d’argent.

L’intrigue est construite de façon classique : pas besoin de multiplier les personnages ou de jouer avec les dates pour mêler le lecteur, le problème suffit. La stratégie des policiers est clairement élaborée, ce qui n’empêche pas les rebondissements de les prendre par surprise. Le lecteur peut difficilement ne pas être hanté par le problème et chamboulé par les changements d’angles que doivent s’imposer les enquêteurs.

Bref, un roman bien construit, des personnages crédibles et des aperçus intéressants sur les relations homme/femme et la vie de famille.

[1] Il ne faut pas confondre cette auteure avec Yrsa Sigurdardóttir qui écrit aussi beaucoup de polars et de romans pour les jeunes.

Extrait :
« Qu’est-ce que ça peut vous foutre que j’aie voulu ou non avoir d’autres enfants ? Quel est le putain de rapport avec la disparition de Gudrun ? Comment pouvez-vous ne serait-ce que d’envisager que Bergros ait quoi que ce soit à voir là-dedans ? Elle doit faire trente kilos de moins que Gudrun ! Vous l’imaginez sérieusement capable d’avoir le dessus sur elle et de la kidnapper ? C’est quoi, ces conneries ? Et si vous cherchiez ma femme au lieu de rester bêtement assis là à me cuisiner ? Je ne m’extorque pas moi-même, à ce que je sache ! »

L’Islande

Niveau de satisfaction :
4.3 out of 5 stars (4,3 / 5)

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À la découpe – Pascal Manoukian

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2025 – Rio Bravo
Genres : Fable satyrique, utopie
Personnage principal :
Hugo Sassaire, candidat à la présidence de la République

Hugo Sassaire, 36 ans, divorcé et père d’un garçon, travaillait dans une grande entreprise jusqu’au jour où le groupe décide de réduire les effectifs et qu’il se retrouve licencié sans autre forme de procès. Alors qu’il fumait tranquillement une cigarette devant le siège de l’association De beaux lendemains, dont il fait partie en tant que chômeur, il est abordé par une journaliste qui cherche de façon urgente une réaction de l’homme de la rue à l’abandon de la présidence de la République par son actuel président totalement dépressif. Hugo, inspiré, donne une réponse qui va faire le buzz dans les médias : la véritable égalité n’est pas l’extinction des riches, mais leur multiplication. Faire de chaque Français un multimillionnaire, voilà ce qu’il faudrait faire ! Du jour au lendemain, Hugo devient célèbre. Avec quel argent compte-t-il enrichir les Français, lui demande-t-on. Hugo a un programme : vendre la France à la découpe à tous ceux que ça intéressera. Selon ses calculs cela devrait rapporter douze millions d’euros à chaque citoyen. Les Français deviendraient alors riches, apatrides et heureux ! Les clients ne manquent pas : les États-Unis ont fait savoir qu’ils étaient intéressés par la Nouvelle Calédonie, les Chinois se portent acquéreurs de la totalité des terres arables, l’Allemagne vise l’ensemble de l’armement nucléaire français, l’Arabie Saoudite et le Qatar se disputent la Côte d’Azur, Elon Musk convoite Kourou et peut être la Guyane toute entière … En France, il doit y avoir de nouvelles élections pour remplacer le président démissionnaire, Hugo est poussé à être candidat. Sa candidature rencontre un immense succès, son portrait se multiplie sur les murs, les bus, les camions, un slogan inventé par la rue apparaît : Voter Sassaire enfin. Hugo pourra-t-il mener un son projet jusqu’au bout ?

Ce livre est un OLNI (Objet Littéraire Non Identifié). C’est un livre bizarre tant dans sa forme que dans son contenu. Un format plus petit que l’habituel format poche, une couverture d’une sobriété absolue, un éditeur nouveau et un sujet de roman insolite.

Par son contenu, ce roman fait rire mais ce n’est pas la grosse farce, c’est plutôt un rire grinçant qui s’appuie sur des constatations critiques de l’état de la France et du monde. Ainsi l’auteur ne se prive pas de fustiger les privilégiés et les hypocrites qui vivent à l’opposé de ce qu’ils prêchent. Les représentants du peuple et les politiques ne sont pas plus épargnés : Les Français, fatigués d’une démocratie de petits arrangements, de générations de consanguinité idéologiques, ne comptaient plus sur la politique pour améliorer leur ordinaire. D’autres questions très sérieuses sont aussi abordées : qu’est-ce qu’un pays, un peuple ? Quelques passages du livre ont même une tonalité militante et contestataire.

En France, nous aurons des élections présidentielles en 2027. Et si un candidat venu de nulle part, comme Hugo Sassaire, balayait tout sur son passage et imposait ses idées révolutionnaires (et pacifiques) ? En attendant, vous pouvez lire À la découpe, vous y prendrez sans nul doute beaucoup de plaisir sans vous ruiner (12 euros).

Extrait :
La France fatiguée, déçue, oubliée, burnoutée, smicardisée, endettée, sous-éduquée, privée d’espoirs et d’horizons, la France des mal-logés, des mal-soignés, des mal-nourris, des mal-considérés, emportait toutes les digues, renversait tous les garde-fous. À l’inverse, les riches, les biens-nés, les premiers de cordée, devenus trop peu nombreux à force de ne pas partager, regardaient monter la vague, les pieds déjà dans l’eau. Aucune chance de l’endiguer, démocratiquement, le goût de la fortune, déjà dans toutes les gorges assoiffées, l’interdisait. Constitutionnelle ou pas, la vente les libèrerait.

Niveau de satisfaction :
4.3 out of 5 stars (4,3 / 5)

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La méthode sicilienne – Andrea Camilleri

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2018 (Il Metodo Catanalotti)
Date de publication française :
 2024 (Fleuve noir)
Traduction (italien) :
Serge Quadruppani
Genres : Enquête, sociologique
Personnage principal :
Commissaire Montalbano

Camilleri est décédé en 2019 et, heureusement, on a continué à traduire ses romans qui nous livrent une vision pittoresque de la vie en Sicile. La série du Commissaire Montalbano, en particulier, met en scène des situations dramatiques auxquelles est mêlée, bien sûr, la mafia sicilienne, mais on traverse toujours ces histoires avec un certain sourire. Camilleri s’intéresse moins aux crimes qu’au travail d’équipe mis en branle pour les résoudre.

Pendant 20 ans, cette équipe est pratiquement toujours la même : le Commissaire Montalbano, qui vit dans un petit chalet à Vigata sur le bord de la mer, souvent grognon, particulièrement intuitif, et surtout gastronome; le fidèle Fazio, expérimenté et légaliste; Mimi Augello, coureur de jupons impénitent; et le jeune Catarella dont les problèmes de langage mêlent un peu tout le monde. Ce sont les relations entre ces quatre policiers qui constituent l’essentiel du récit.

Évidemment, ça ne dispense pas d’une intrigue policière. Dans ce cas-ci, tout commence quand Augello se sauve de l’appartement de sa maîtresse en sautant sur le balcon du voisin d’en bas; la porte-fenêtre est heureusement ouverte et, dans le noir, Augello se heurte à un corps tout habillé mais froid comme la mort. Il s’enfuit mais laisse partout des empreintes. Ce sera le premier problème à résoudre. Le lendemain, la police est avertie qu’un corps a été retrouvé dans les mêmes circonstances à une autre adresse. Et on apprend que le corps découvert par Augello est disparu. Mais ce n’est pas le même corps. Puis, le metteur en scène original Catalanotti est retrouvé mort à son tour. Quel rapport? Et le jeune Nico se fait tirer dans les jambes, mais ni lui ni sa fiancée ne veulent dire par qui.

Montalbano et son équipe ne s’en font pas trop avec toutes ces questions. Par contre, on se demande souvent si Montalbano doit rompre avec l’éternelle Livia au profit de l’agaceuse obsédante Antonia avec qui il n’en finit pas de feuilleter des documents, de partager de bons repas et de multiplier les pauses épidermiques. Les soucis personnels du Commissaire et de son adjoint Mimi Augello prennent beaucoup de place, au point où il n’est plus facile de suivre le problème principal ni même de savoir c’est lequel.

Extrait :
Avec précaution, il ouvrit les volets et la porte-fenêtre, glissa la tête à l’intérieur de la pièce plongée dans une obscurité complète, tendit l’oreille et, il eut beau retenir sa respiration, il ne perçut qu’un silence absolu. Prenant son courage à deux mains, il ouvrit un peu plus et avança la tête et les épaules. Il resta ainsi immobile, oreille tendue à l’affût d’un bruissement, d’une respiration. Rien. La faible lumière qui arrivait de la rue lui suffit pour comprendre qu’il s’atrouvait[1]  dans une chambre à coucher, mais il se convainquit qu’elle était vide (…)
Ses yeux s’habituaient à l’obscurité, et il lui sembla distinguer sur le lit ‘ne[1] forme sombre.
Il aiguisa son regard : c’était
 ‘ne[1]  forme humaine !

[1] Le traducteur invente une sorte de dialecte pour rester plus près de l’auteur qui a créé un langage qui lui est propre.

La Vigata de Montalbano

Niveau de satisfaction :
3.5 out of 5 stars (3,5 / 5)

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La faille – Wojciech Chmielarz

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2024 (Wyrwa)
Date de publication française :
 2025 – Mera éditions
Traduction (polonais) :
Anastazja Deresz
Genre : Thriller psychologique
Personnages principaux :
Maciej Tomski, analyste financier – Kamil Wojnar, acteur

Maciej Tomski vient d’apprendre que sa femme Janina s’est tuée dans un accident de la route. Elle a percuté un camion qui arrivait en sens inverse. Il se retrouve seul pour élever ses deux filles âgées de 11 ans et 4 ans et il ne sait pas comment leur annoncer que leur mère est morte. L’accident de son épouse lui paraît bizarre puisqu’elle est morte dans un endroit où elle n’aurait pas dû se trouver. Elle devait être à Cracovie pour un reportage alors qu’elle s’est tuée à Mrągowo en Mazurie dans le nord-est de la Pologne. Que faisait-elle là ? Lui aurait-elle menti ? Les questions se multiplient dans la tête de Maciej. Quand aux funérailles de son épouse Maciej remarque un inconnu qui n’avait pas sa place là, parmi les familles et les amis, il est encore plus intrigué. À ce moment-là, il réalise qu’une partie de la vie de Janina lui est totalement inconnue. Il décide de se rendre en Mazurie pour en apprendre davantage sur les circonstances de l’accident. Ce qu’il va alors découvrir va le sidérer.

L’intrigue est judicieusement montée pour réaliser un crescendo de révélations. Le simple accident de la route annoncé au début va se transformer en une histoire complexe à multiples facettes. Sur les traces d’une épouse énigmatique, Maciej rencontre Kamil Wojnar, un acteur célèbre. Cet homme semble avoir tenu une place importante dans les derniers mois de vie de Janina.

L’histoire est relatée d’abord du point de vue de Maciej, puis de celui de Wojnar et enfin des deux alternativement. Maciej, le mari, est un analyste financier de haut vol, mais il manque d’ambition. Alors il voit des collègues plus jeunes et moins compétents le devancer pour les promotions. Il faut qu’il se fasse violence pour s’imposer et faire ce qu’il faut. Quand il apprend la mort de son épouse, il est dévasté, mais aussi rongé par la culpabilité. Wojnar, lui, a connu le succès en tant qu’acteur de théâtre et de cinéma. Il s’est ensuite retiré dans une grande maison d’un petit village de Mazurie où il vit en solitaire. Wojnar, contrairement à Maciej, sait prendre des décisions, même les plus radicales. Les deux hommes que tout oppose vont faire équipe pour savoir ce qui est réellement arrivé à Janina.

La faille est un excellent thriller psychologique avec du suspense, de la tension et, ce qui n’est pas courant dans ce genre, une grande sensibilité. L’intrigue, de belle facture, nous amène de surprise en surprise. Les personnages sont touchants et très réalistes.

Extrait :
— Les mères aiment toujours plus leurs enfants que les pères, commença-t-il prudemment. Mais c’est nous, les pères, qui détestons le plus les hommes qui nous enlèvent nos filles. Tu ne comprends pas encore, mais bientôt, tes filles grandiront et tu verras par toi-même. Tu mépriseras tous les garçons qu’elles ramèneront à la maison. Tu soupçonneras chacun d’eux du pire. Tu leur souhaiteras de se casser une jambe et de ne plus jamais mettre les pieds chez toi. C’est la nature des choses. L’amour est le lot des femmes, la haine est le nôtre.

Niveau de satisfaction :
4.3 out of 5 stars (4,3 / 5)

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Marées noires – Luc Chartrand

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2025 (Québec Amérique)
Genres : Thriller, historique
Personnage principal :
Paul Carpentier, enquêteur

Quand on aborde un roman de Chartrand, on doit s’attendre à un récit complexe qui s’enracine dans un contexte historique, géographique, et même politique, réaliste, ce qui est un genre peu pratiqué au Québec. C’est le troisième roman de Chartrand. J’ai déjà commenté Le Code Bezhentzi (1998) et l’Affaire Myosotis (2015). Chartrand s’est fait connaître comme journaliste à Radio-Canada, fut délégué à Paris et s’est spécialisé dans les conflits au Moyen-Orient.

L’histoire commence comme celle de la très bonne série télévisée Anticosti : sur une plage de l’île d’Anticosti, Paul Carpentier, l’enquêteur fétiche de Chartrand, découvre une jeune femme à demi- morte rejetée par la mer. Paul a vieilli, dépasse maintenant la cinquantaine et vit isolé sur l’île suite au décès de son épouse et à de nombreuses mésaventures. Ça ne l’empêche pas d’être resté curieux, d’autant plus que cette jeune femme, pour une demi-morte, ne manque pas d’énergie et menace de le tuer.

 Paul la ramène à son chalet. Elle reste méfiante et agressive, semble avoir perdu la mémoire et s’enferme pour la nuit dans la chambre que Paul avait mise à sa disposition. Le lendemain, alors qu’Elsa (que Paul a surnommé Bruschetta) et Paul vont explorer le terrain, deux malfrats cherchent à les assassiner, et elle les abat. Puis, elle lui  « emprunte » sa motoneige et s’enfuit.

Paul doit alors gagner le village à pied et commence alors pour lui une série de péripéties. Il semble qu’Elsa appartiendrait à un groupe d’écologistes radicaux, d’obédience plus ou moins trotskiste, favorisant les actions violentes depuis les troubles étudiants des années 70. Équipé d’un sous-marin fourni par un millionnaire russe, ce groupe préparerait un coup d’une extrême violence qui ébranlerait les fondements mêmes du capitalisme.

Comme d’habitude chez Chartrand, les cent dernières pages ne manquent pas d’action et figureraient avantageusement dans un film. L’histoire qui précède peut paraître un peu longue parce qu’il s’agit d’une recherche où Paul Carpentier passe d’une personne à une autre pour se rapprocher davantage d’Elsa, du groupe dont elle est dissidente, et du projet terroriste prévu. D’où aussi le grand nombre de personnages. Et Carpentier est trop réaliste pour être charismatique. Ça demeure, cependant, un récit solide dans lequel les points de repère historiques et géographiques augmentent la crédibilité de l’aventure.

Extrait :
Elsa coupa soudainement les gaz.

Une immense gerbe d’eau venait d’être propulsée devant elle, des millions de gouttelettes frappées par la lune formaient un geyser blanc au-dessus des eaux.
Une baleine…
Tout était devenu absolument silencieux. La mer était comme un disque d’huile et le Brig glissait dessus, encore sur sa lancée.
Soudain, le cétacé réémergea à moins de dix mètres de l’embarcation; le jet de son évent claqua dans l’air comme un coup de canon. Son immense dos noir et lustré se profilait à la surface pendant qu’Elsa recevait comme une ondée la bruine d’eau qui retombait du ciel.
Alors, la queue, immense, sortit entièrement en soulevant un mur d’eau qui retombait en une puissante cataracte avant de replonger en apnée vers les profondeurs. Elsa resta interdite devant le spectacle. Et, pendant que des larmes ruisselaient sur ses joues, une joie pure la transfigurait.

Anticosti

Niveau de satisfaction :
4 out of 5 stars (4 / 5)

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Le Cercle des jours – Ken Follett

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2025 (Circle of Days)
Date de publication française :
 2025 – Robert Laffont
Traduction (anglais) :
Odile Demange, Christel Gaillard-Paris, Renaud Morin, Pierre Reignier
Genres : Épopée, historique
Personnages principaux :
Seft, tailleur de silex et bâtisseur – Joia, grande prêtresse

Seft, modeste tailleur de silex, est le souffre-douleur de sa famille : son père et ses frères le battent et se moquent de lui. Ne supportant plus ce traitement, il s’enfuit et finit par s’installer au Méandre, un village proche du Monument, un édifice de bois où sont célébrés les Rites des solstices d’été et d’hiver, des équinoxes de printemps et d’automne. Là, il retrouve Neen, dont il est amoureux. Il fonde avec elle une famille. Joia, la sœur de Neen, est fascinée par les chants et les danses des prêtresses qui ont lieu pendant les Rites. Sa curiosité va l’emmener à s’intéresser à la façon dont les prêtresses utilisent le Monument pour compter les jours et prévoir les saisons. Quand le Monument est attaqué et brûlé par les habitants des bois en représailles à leur domaine incendié, Joia est effondrée dans un premier temps, mais ensuite elle va imaginer la création d’un autre édifice sacré, indestructible celui-là. Elle veut refaire le Monument en pierre. Pour réaliser cette ambition folle, elle aura besoin des compétences de Seft qui s’est affirmé être très doué pour construire. Ainsi est né le projet de Stonehenge.

L’intrigue est dense, elle commence autour de 2500 ans avant notre ère. L’auteur montre d’abord la vie des hommes et femmes de cette époque. La société était essentiellement formée de trois communautés : les éleveurs, les agriculteurs et les habitants des bois. Tous ces gens se retrouvent au village Méandre pour les Rites de solstices et d’équinoxes. C’est l’occasion de faire du troc, de faire aussi la fête et des rencontres sexuelles. Cela amène beaucoup de monde aux célébrations des Rites. Mais l’équilibre entre les différentes communautés est menacé par l’ambition du chef des agriculteurs qui ne pense qu’à étendre son domaine tout en faisant régner la tyrannie sur ses terres où les femmes sont soumises aux hommes. Le transport des pierres destinées au nouveau Monument ne fera qu’exacerber la rivalité entre agriculteurs et éleveurs. Ce sera la guerre.

À travers les nombreux personnages de ce roman, Ken Follett nous montre que les hommes de cette époque n’étaient pas très différents de ceux d’aujourd’hui : la violence, l’ambition, les rivalités, l’amour, la jalousie … étaient déjà présents à l’époque comme de nos jours. Le sort des femmes était très différent suivant leur appartenance à telle ou telle communauté : totalement soumises chez les agriculteurs, libres et influentes chez les éleveurs et les habitants des bois. On peut trouver étrange que des hommes du néolithique aient un comportement et une psychologie proches des contemporains. Les dialogues aussi paraissent bien actuels. C’est le choix de l’auteur.

Le transport des pierres et la construction du Monument occupent une partie importante de ce roman. La carrière de pierres étant située à une journée de marche du lieu de construction, il fallait déplacer ces pierres géantes pesant plusieurs tonnes sur des dizaines de kilomètres. Puis les assembler parfaitement pour en faire le nouveau Monument sacré. Un challenge colossal sans les outils modernes ! Kent Follett nous montre comment ils s’y sont pris. Il résout ainsi, à sa façon, le mystère de l’édification de Stonehenge. L’œuvre d’une vie pour la grande prêtresse Joia et le maître d’œuvre Seft.

Bien que Ken Follett ait fait des recherches et se soit renseigné sur la construction de Stonehenge, ce roman fait quand même une large place à l’imagination de l’auteur. On peut aussi s’étonner d’un manichéisme simpliste concernant certains personnages et d’une naïveté déconcertante pour d’autres. Malgré cela, Le Cercle des jours est dans l’ensemble un roman captivant.

Extrait :
Demain matin, nous nous retrouverons ici à l’aube. Nous nous mettrons en route quand le soleil se lèvera. Nous allons construire un Monument qui émerveillera les gens pour toujours. Ceux qui ne sont pas encore nés, et leurs enfants à naître, regarderont notre Monument de pierre et se demanderont : “Quel peuple a conçu une chose pareille ? Quels femmes et hommes courageux ont surmonté tous les obstacles pour créer ça ? Qui étaient les géants qui l’ont fait ?” Et la réponse sera… Nous !

Stonehenge (sud de l’Angleterre)

Niveau de satisfaction :
4.1 out of 5 stars (4,1 / 5)

 

 

 

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Les pendus du rang 3 – Monique Le Maner

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2025 (Éd. Ray Ogust)
Genre : Enquête
Personnage principal :
Onésime Gagnon, détective

C’est la quatrième enquête d’Onésime Gagnon que nous livre Monique Le Maner. J’ai déjà rendu compte de L’Ankou (Sang d’Encre Polars, avril 2022). Le Maner écrit pour le plaisir, le sien et le nôtre. On fréquente avec un sourire son vieux détective malendurant Onésime Gagnon, maintenant retraité et vivant à la résidence de L’Âge joyeux (Rouyn-Noranda), mais toujours attiré par les événements mystérieux qui stimulent ses cellules grises. L’histoire est vraiment centrée sur lui, ce qui n’empêche pas une intrigue bizarre de se développer. Le lecteur se doute bien qu’il va finir par l’éclaircir, quitte à être favorisé par le hasard, mais ça n’ira pas tout seul et Onésime risque d’y laisser la peau.

Un premier problème : son ami, le sergent-détective Turgeon, est disparu sans laisser de traces. C’est son seul ami, parce qu’il est le seul à admirer son intelligence et à ne pas le prendre pour un vieux schnock. Turgeon serait bien utile pour l’aider à régler le mystère qui est au centre du récit : quelques pendus qu’on découvre jour après jour dans une maison délabrée du rang 3. Meurtres ou suicides ? Peut-être un tueur en série… Rien d’évident. Et pourquoi Betty Duval poursuit-elle Onésime de ses assiduités ? Comment se fait-il que son neveu, Ronald Aubin, soit au courant de plusieurs informations importantes? Quel intérêt a le jeune Éric Bouchard à toujours mentir ?

Les morts se multiplient et Onésime, cherchant à en apprendre davantage sur la gang de voyous de Val-d’Or, se fait tabasser à son tour. Turgeon, heureusement de retour, s’occupe de lui. Les deux amis finissent par comprendre la raison de tous ces meurtres. Mais, quelque temps après, ébranlé par les assassinats de certaines personnes qui lui manquaient cruellement, Onésime se souvient de ce que lui disait sa marraine : « Il faut aimer pour être aimé ». Il accepta donc un rendez-vous qui allait changer son attitude et son avenir.

Même si on nage parmi les cadavres, le récit demeure assez léger à cause du personnage d’Onésime, trop misanthrope pour être vrai. Il finit d’ailleurs par ressentir que cette attitude, héritée d’un passé douloureux, est probablement empruntée pour se protéger. Une dame parviendra même à « faire épanouir sur ses lèvres un vrai sourire, le premier en 74 ans et 7 mois ».

Extrait :
Deux pendus, deux vieux plutôt misérables : un quêteux qui ne mendierait plus et un prospecteur qui ne trouverait jamais d’or (…) Sans oublier les autres personnages qui cachaient tous quelque chose : Ronald Aubin, qui disait avoir vu une jeune femme au 49 du rang 3, toujours sur ses talons, l’aidant, le renseignant, le questionnant … pourquoi l’enquête le passionnait-elle autant ? Et Éric Bouchard, le petit-fils de Balthazar, sa peur, ses mensonges. Enfin, Dame Betty, qui avait peut-être ses zones d’ombre elle aussi, et le Francis Côté du poste de police, plus complexe qu’il n’y paraissait …

Fontaine lumineuse de Rouyn-Noranda

Niveau de satisfaction :
4 out of 5 stars (4 / 5)

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Top 10 de l’année 2025

Sélection des meilleurs livres de littérature noire que nous avons chroniqués en 2025, publiés en français en 2024 ou 2025.
Nous nous sommes limités à 10 livres, 5 livres par chroniqueur.
Il n’y a pas d’ordre de préférence, pas de classement de 1 à 10.
Un clic sur l’image ou le titre renvoie à la chronique correspondante.

Le loup qui te mangera de Coralie Caujolle
Jeux d'Ombres d'André Jacques
Chiens fous de Max Monnehay
Disparue de Rick Mofina
Cache-cache de Søren Sveistrup
Le cadavre du canyon de Thomas King
Tous des animaux de Morgan Greene
Strange Pictures d’Uketsu
Les saules de Mathilde Beaussault
Le nid du coucou de Camilla Läckberg
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Le loup qui te mangera – Coralie Caujolle

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2025 – Éditions Eyrolles
Genre : Thriller psychologique
Personnages principaux :
Les membres de la famille Bouvier

La famille Bouvier était l’image de la famille parfaite : le père directeur de banque, la mère fée du logis, trois beaux enfants. Tout a changé quand, en plein milieu d’un repas de fête, deux officiers de police viennent arrêter Nathan, le fils aîné, pour le meurtre d’Ambre, une jeune fille du village. Rien ne sera plus pareil dans la famille Bouvier à partir de ce moment. C’est d’abord l’incrédulité : Nathan, fils modèle, bon élève, apprécié de tous, ne peut pas être un meurtrier. Viennent ensuite l’angoisse et le doute, car la police maintient ses accusations et place le fils en garde à vue. On ne sait toujours pas ce qui s’est passé au bord du lac où tout un groupe de jeunes s’était donné rendez-vous pour s’amuser. Parmi eux se trouvaient Nathan et Roxane Bouvier. Ambre était leur amie, elle n’est pas revenue du lac, elle a été retrouvée morte quelques jours après. Chaque membre de la famille va alors ressentir différemment les effets de ces évènements. Des tensions, des frustrations apparaissent, l’ambiance familiale se dégrade.

L’intrigue alterne les ressentis des divers membres de la famille Bouvier, le déroulement des faits le jour du meurtre et les procès-verbaux d’audition des témoins par la police.

Par de courts chapitres l’autrice présente ainsi chacun des membres de la famille Bouvier :
– Claire est la maîtresse de maison, elle gère tout avec dynamisme, c’est le pilier de la famille et une excellente cuisinière. De ses trois enfants, c’est son aîné, Nathan, qui est son chouchou. C’est inconcevable pour elle qu’il fasse l’objet d’une telle accusation.
– Fabrice, le père, a une bonne situation : il est directeur de banque. À la maison, il se repose entièrement sur son épouse tout en se donnant le beau rôle : celui du gars décontracté et sympa, laissant les tâches ingrates à sa femme. Par contre il est très exigeant envers Nathan, il veut qu’il soit le premier partout.
– Nathan, 18 ans, est un bon élève, un bosseur, il a d’excellents résultats scolaires et il fait la fierté de ses parents, de sa mère surtout. C’est un garçon lisse, apprécié de tous sauf de sa jeune sœur Roxane qui dit de lui qu’il a autant d’imagination qu’un bonsaï.
– Roxane, 16 ans, a deux ans de moins que Nathan avec qui elle est en conflit permanent et aussi avec sa mère étant donné qu’elle donne toujours raison à son aîné. Roxane est une solitaire, une rebelle, elle souffre d’être la sœur d’un premier de la classe avec qui on la compare toujours. Elle est caustique et impertinente. C’est une forte personnalité.
– Barnabé, 5 ans, est le petit dernier. Son idole c’est Roxane qui s’occupe souvent de lui, le console, le rassure, qui est toujours gentille.

C’est avec un œil acéré et un grand sens de l’observation que l’autrice brosse ses personnages. Avec tendresse et empathie aussi. Ils sont criants de vérité et d’une grande humanité. L’autrice montre un réel talent pour dépeindre tous les acteurs de ce roman, que ce soit les membres de la famille Bouvier ou Ambre, une fille épanouie et libre, ou même Morane, un marginal qui ferait un coupable idéal.

Ce roman se distingue surtout par la qualité de ses personnes, mais en plus son intrigue est solide et le sens de la narration de l’autrice est remarquable. C’est un roman épatant.

Extrait :
Les enseignants se révèlent pire que les élèves. Leurs mines de cocker triste, lorsqu’elle franchit la porte de leur classe, c’est à gerber. Elle préfère encore la suspicion et les ragots à cette sollicitude étouffante. La prof d’histoire-géo lui a proposé un délai supplémentaire pour rendre son devoir. « Comme c’est compliqué chez toi en ce moment. » Pour la peine, elle le lui a rendu trois jours avant la date voulue, devant toute la classe, et pour une fois, elle s’est arrachée pour obtenir une note correcte, alors qu’elle s’en fiche de la révolution et de Napoléon. Elle ne veut pas qu’on la voie comme une petite chose fragile, une fleur délicate qu’il faut protéger du vent. Elle est un cactus. Et elle piquera tous ceux qui s’approcheront trop près.

Niveau de satisfaction :
4.5 out of 5 stars (4,5 / 5)
Coup de cœur

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Orbite Finale – Chris Hadfield

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2025 (Final Orbite)
Date de publication française :
 2025 (Libre Expression)
Traduction (anglais, Canada) :
Rachel Martinez et Jean-Loup Lansac
Genres : Thriller, espionnage, historique
Personnage principal :
Kaz Zemeckis, Contrôleur de vol de la NASA

C’est le troisième roman de la série Apollo que nous livre Chris Hadfield après Apollo, mission meurtrière (2021), et Le Transfuge (2023). J’ai rendu compte de ces deux premiers romans qu’on pourrait qualifier de thrillers historiques dans la mesure où plusieurs personnages existent dans la réalité et bien des événements se sont réellement produits. Je considère comme un acte de générosité le fait qu’un homme qui s’est baladé trois fois dans l’espace prenne le temps d’écrire des récits qui décrivent de l’intérieur ce que nous voyons toujours de l’extérieur. En vrai pédagogue, Hadfield inscrit ses intrigues dans le contexte politique des années 70, au moment où Russes et Américains luttent pour conquérir l’espace, et où les Chinois commencent à montrer le bout du nez.

Dans Orbite Finale, nous assistons à un certain rapprochement entre les deux grandes puissances, alors qu’un vaisseau américain tentera de s’amarrer à un vaisseau russe. Trois astronautes américains et trois cosmonautes soviétiques seront appelés à collaborer; ce qui ne laisse pas indifférents les partisans de Mao qui s’efforceront de semer la bisbille entre les deux camps.

Au centre du récit, Kaz Zemeckis, contrôleur de vol de la Nasa, qui assure la liaison entre la Terre et l’équipage d’Apollo. On l’a rencontré dans les deux premiers romans de la série. Homme d’expérience, ce n’est ni un Sherlock Holmes ni un James Bond, mais il est intelligent et débrouillard. Sa mission s’avère plus difficile que prévu, parce qu’on tente d’assassiner le Président Ford qui visite les installations et souhaite s’entretenir avec les astronautes et aussi parce que, d’autre part, les Chinois lancent en secret un vaisseau spatial qui entrera en conflit avec l’équipage d’Apollo, qui connaît déjà des problèmes considérables.

Les incidents se multiplient au ciel comme sur la terre ferme. Le cosmonaute chinois parvient à s’emparer d’une arme secrète cachée dans le satellite Skylab, abandonné depuis plus d’un an. Sur terre, Kaz se fait enlever, sans qu’on sache exactement pourquoi.

Bref, l’accumulation de problèmes et la pléthore d’informations ne facilitent pas la tâche du lecteur. Trop d’événements finissent par nous étourdir et trop de détails risquent de nous distraire de l’essentiel.

Extrait :

─ Ce que nous avons à vous dire aujourd’hui est urgent et extrêmement confidentiel.
En disant ces mots, Mao tressaille, comme pris d’une douleur soudaine (…) La raison pour laquelle nous avons voulu vous parler est liée à certaines informations que nos services de renseignement ont récemment découvertes. Elles sont particulièrement préoccupantes pour la Chine et la Cinquième Académie, mais nous sommes également conscients qu’elles pourraient l’être encore plus pour les États-Unis d’Amérique. Comme l’alliance et la confiance entre nos deux grandes nations ne cessent de se renforcer, nous avons tenu à en informer immédiatement votre président (…) Nous disposons d’informations fiables qui nous indiquent que l’Union soviétique a mis au point une arme antisatellite mobile, un missile, et qu’elle prévoit de la tester prochainement.

Centre spatial de Houston, NASA

Niveau de satisfaction :
3.9 out of 5 stars (3,9 / 5)

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Invisible – Jacques Saussey

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2025 – Fleuve noir
Genres : Enquête policière, thriller
Personnages principaux :
Loulou, routier tueur en série – Alice Pernelle, lieutenant de gendarmerie

Loulou est un routier solitaire et méticuleux qui veille à ce que son camion soit toujours impeccable. Loulou est aussi un tueur en série qui sème la mort tout le long de ses trajets en Europe. Alice Pernelle est une jeune lieutenante à peine sortie de l’école de gendarmerie qui vient d’être affectée à la brigade d’Albertville. Lors d’une de ses premières interventions, elle découvre le cadavre que l’on vient de signaler à la police sur une aire de l’autoroute 43, près d’Albertville. C’est celui d’une femme nue, à genoux, empalée. L’enquête ne donne rien puisqu’aucun indice n’a pu être relevé sur la scène de crime. Alice ne peut admettre qu’un tel crime puisse rester impuni. Elle va approfondir les recherches au-delà de l’enquête officielle.

L’intrigue se partage entre deux parties : les voyages meurtriers du routier Loulou à travers l’Europe et les enquêtes d’Alice : celle concernant la femme assassinée sur l’aire d’autoroute et celle concernant un motard de la gendarmerie tué au cours d’un braquage de bijouterie. C’est par des chapitres alternés que l’auteur passe de l’une à l’autre.

Les personnages principaux sont le routier Loulou et la lieutenante Pernelle. Loulou a deux vies : celle d’un père irréprochable de deux enfants, époux docile qui accepte les reproches et les critiques de sa femme et celle qu’il mène dans son camion, sa vraie vie, plus intense, semée de crimes horribles. Loulou est très organisé et prudent. Il est attentif à ne jamais laisser le moindre indice, pas le plus petit cheveu, le moindre poil ou l’infime trace d’ADN. Il fait toujours référence au Plan. Il faudra attendre la fin de l’histoire pour savoir ce qu’est ce fameux Plan.
La lieutenante Pernelle est une jeune femme dynamique et impulsive. Elle n’a pas perdu ses illusions et n’accepte pas qu’un meurtrier puisse continuer ses méfaits tranquillement. C’est une passionnée de moto, elle pilote avec maestria une énorme machine. Bien qu’elle soit la dernière arrivée dans sa brigade, c’est elle qui fait avancer les enquêtes. Pour cela, elle a l’aide d’une autre débutante : Angelina, étudiante en criminologie, travailleuse acharnée, aussi têtue qu’Alice. C’est donc les jeunes, les femmes, qui sont non seulement les plus passionnées, mais aussi les plus efficaces, même si elles ne sont pas toujours conscientes des risques qu’elles prennent.

Le rythme est soutenu, la tension monte progressivement. C’est un page-turner diraient certains, disons simplement que c’est un bouquin difficile à lâcher tellement il est prenant.

Les tueurs en série sont un sujet plutôt rebattu dans les polars, mais quand ce thème est traité avec talent, comme ici, cela donne un roman captivant, totalement addictif.

Extrait :
— Le type qui a rédigé ce livre était de Carthagène. Il est mort en prison à Bogota en 1993. Il y avait été enfermé pour cent trente-sept homicides commis dans son pays. Aucun mobile, juste le désir de tuer. N’importe qui, n’importe quand. Lorsqu’il a finalement été attrapé et condamné à huit cent soixante-quinze années de taule, il a écrit Invisible pour expliquer tout ce qu’il avait imaginé pour exécuter son prochain d’une manière différente chaque fois. Et tout ça sans se faire prendre. Bon, à part la dernière, bien sûr. Mais cent trente-sept crimes avant de se faire choper, quand même ! Incroyable, non ? Moi, je dis : respect ! Il a d’ailleurs inspiré un nombre incalculable d’amateurs. Ce truc est un vrai livre de recettes ! La version originale est en espagnol, mais je ne lis pas cette langue couramment. Il m’a fallu du temps pour en dénicher une autre version. Le hasard a voulu que ce soit en allemand… J’imagine que tu le connais, n’est-ce pas ? C’est grâce à ça que tu as compris ?

Niveau de satisfaction :
4.4 out of 5 stars (4,4 / 5)

Publié dans Enquête, Français, Remarquable, Thriller | Laisser un commentaire

Chiens fous – Max Monnehay

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2025 – HarperCollins
Genres : Judiciaire, roman noir, thriller
Personnages principaux :
Alano Garcia, avocat – Vincent Sauriol, accusé de six viols

Alano Garcia est un bon avocat, il a remporté de nombreux procès, mais ce qu’il veut c’est être un grand avocat. Alors quand on lui propose de défendre Vincent Sauriol, accusé de six viols avec actes de barbarie, il y voit l’occasion qu’il attendait pour franchir une étape supplémentaire vers la notoriété. D’autant plus que l’accusé a tout du gentil garçon : il s’occupe seul d’une mère malade et en plus il a une vraie gueule d’innocent avec son visage de grand enfant un peu naïf. Mais voilà, il a contre lui un faisceau de preuves accablantes. Alano va devoir sortir le grand jeu pour l’innocenter, car il a contre lui un adversaire qui compte bien utiliser les résultats d’une enquête de police qui a fourni un grand nombre de solides éléments à charge.

Les personnages principaux sont l’avocat et son client. Alano Garcia, vient d’une famille modeste où les fins de mois étaient difficiles, les études de droit ont été pour lui l’occasion de s’extraire de son milieu social. Il a étudié deux fois plus que les autres, travaillé deux fois plus que les autres, sacrifié deux fois plus. Il avait une telle revanche sociale à prendre que ça tournait à l’obsession. C’est ainsi qu’il est devenu avocat. Un avocat redoutable, cynique, plein de pognon et d’amertume. Ce procès va faire de lui un meilleur avocat et surtout un homme meilleur. C’est ainsi que, pour la première fois, il éprouve de l’affection pour un client. Il va même jusqu’à le considérer comme un fils.
L’accusé, Vincent Sauriol, est le visage même de l’innocence : il semble à peine sorti de l’adolescence, il travaille de nuit pour pouvoir s’occuper le jour de sa mère atteinte de sclérose en plaques. Et pourtant les preuves contre lui sont solides : il y a des témoignages, des vidéos de caméras de surveillance et même des relevés d’ADN. Est-il possible que Vincent soit le violeur, celui qu’on appelle Chien fou parce qu’en plus des sévices, il mord aussi ses victimes ? Alano ne le pense pas, il fera tout pour convaincre les jurés.

L’intrigue est construite de façon maline et astucieuse. L’autrice nous balade en beauté avec une grande maîtrise. L’histoire se déroule dans deux lieux distincts : la ville de Bordeaux où a lieu le procès et à Malameria en Andalousie où se sont retirés l’avocat et son épouse. Il faut atteindre la dernière partie du roman pour comprendre les raisons de cet éloignement.

Au passage, l’autrice dénonce le martyre subi par les chiens galgos en Espagne. Ce sont des lévriers élevés pour la chasse au lièvre. Une chasse sans fusil : le chien doit attraper et rapporter le lièvre à son maître. Si un galgo ne revient pas avec le lièvre dans sa gueule, son maître considère qu’il est coupable de l’avoir humilié. Le chien doit alors payer, on le fait alors mourir de diverses façons, toutes plus ignobles les unes que les autres. Les galgos sont considérés comme des outils de travail, des instruments de chasse, ils ne sont pas considérés comme des animaux, on peut en faire ce que l’on veut.

Avec une intrigue maîtrisée nous réservant quelques belles surprises et des personnages complexes et ambigus, Max Monnehay nous offre un excellent roman judiciaire qui tourne au thriller dans une seconde partie sous haute tension.

Extrait :
Ce procès avait fait de moi un meilleur avocat, c’était une certitude. Mais, plus important encore, il avait fait de moi un homme meilleur. Moins cynique. Moins égoïste. Plus empathique.

Et c’était à ce petit jeune homme dans le box des accusés que je le devais. À ce petit jeune homme que je m’étais mis à considérer comme mon frère d’adoption. Et même parfois comme mon fils, pour être tout à fait honnête.

Niveau de satisfaction :
4.5 out of 5 stars (4,5 / 5)
Coup de cœur

Publié dans Coup de Cœur, Français, Judiciaire, Roman noir, Thriller | Laisser un commentaire