L’île des damnés – Angélina Delcroix

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2022 (Hugo Thriller)
Genre :
Thriller
Personnage principal :
Joy Morel, adjudante

L’idée de départ est prometteuse : exiler sur une île déserte perdue dans l’océan  une bande de criminels en tout genre irrécupérables: sadiques, cannibales, tueurs en série, dangereux psychopathes, et tout ce que vous pouvez imaginer encore pire. Ce sont eux qui déterminent leur mode vie et qui fixent les règles. Ils sont une vingtaine; de nouveaux arrivent, mais des anciens meurent. On en est venu à tenter cette expérience parce que les gens n’ont plus tellement confiance aux prisons qui augmentent les risques de récidives en accroissant les facteurs criminogènes. L’adjudante Joy Morel manifeste souvent son manque de confiance au système judiciaire en général, pénitentiaire en particulier. C’est pourquoi elle est choisie comme une des deux policières pour la mission, l’autre étant le gendarme  Hoche, avec qui elle ne s’entend pas très bien.

La mission, qu’ils n’ont pas le choix d’accepter parce qu’ils sont maintenant au courant d’un important secret d’État, consiste à être expédié sur cette île, en tant que criminels, dans le but de retrouver une psychocriminologue, Chloé, et son garde du corps, le policier Rod, envoyés dans cet enfer pour tracer un compte rendu de la situation. Depuis dix semaines, on a essayé de les exfiltrer à quelques reprises, mais ils ne sont jamais présentés aux rendez-vous prévus pour cette opération.

Joy n’apprécie pas le système de justice mais estime encore moins cette expérience d’île des damnés, où tout espoir de réhabilitation est abandonné. Ce n’est pas la moindre de ses contradictions qui risque de faire échouer la mission. Avec Hoche, ils rencontrent les criminels les moins recommandables, risquent d’y laisser leur peau, et finissent par retrouver Chloé et Rod; mais ils sont loin d’être sortis du bois.

L’idée est bonne, mais c’est difficile d’entrer dans le jeu. Les scènes de violence se multiplient mais on y croit difficilement parce que c’est trop caricaturé. Les personnages qui représentent les méchants sont succinctement décrits, sauf Trip, le leader apparent, qui n’a pourtant rien de terrifiant ou de charismatique. Les policiers sont décrits plus en détail, surtout Joy, de façon contrastée : le calme Hoche et l’énervée Joy, la calme Chloé et l’intrépide Rod. Le centre, c’est Joy, et c’est difficile de la trouver attachante. C’est pourquoi aussi les invraisemblances sont manifestes. Et l’intrigue manque un peu de subtilité.

Extrait :
– Tu m’as demandé pourquoi je te faisais confiance tout à l’heure. Et toi ? Pourquoi tu tiens tant à m’aider ?
Je ne sais pas. Pour me racheter peut-être.
Te racheter de quoi ? insiste Joy en essayant de capter son regard.
Cherche pas, la rabroue Antonin. Bientôt tu seras loin d’ici, c’est tout ce qui compte.
Parce que tu crois savoir ce qui compte pour moi ?
Ne joue pas à ça avec moi. On ne se connaît pas, je compte aussi peu pour toi que toi pour moi et c’est très bien comme ça.
Joy se sent blessée par cette réplique. Elle en veut à ses émotions d’être aussi déréglées. Cet homme a raison. Rien ne le relie à elle. Alors pourquoi a-t-elle envie, si ce n’est besoin, d’en savoir plus sur lui ? Pourquoi aimerait-elle, au fond d’elle, qu’il s’intéresse à elle, qu’il réitère sa tentative de rapprochement ? Pourquoi l’idée de quitter l’île lui paraît-elle subitement encore plus inenvisageable et lui promet-elle un goût d’inachevé ?

Niveau de satisfaction :
3.5 out of 5 stars (3,5 / 5)

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#Défonce ton porc – Mathieu Blard

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2022 (LBS Éditions)
Genres :
Roman noir, sociétal
Personnages principaux :
Léa, Gloria et Leila, trois jeunes femmes qui ont décidé de réagir contre le harcèlement masculin

Elles sont trois jeunes femmes de moins de trente ans que les circonstances ont réunies. Elles ont en commun d’être maltraitées par des hommes. Après avoir beaucoup discuté, pleuré et picolé, elles se retrouvent liées par une sorte de communauté de souffrance et une amitié forte. Après une bonne cuite, elles décident que tout ça a assez duré, qu’il faut réagir : pour commencer elles font foutre une bonne raclée à celui qui a frappé l’une d’elles. Maintenant qu’elles ont fait le premier pas dans la rébellion, elles continuent les actions punitives contre les hommes qui harcèlent les femmes, contre les porcs. Leur exemple fait des émules, partout les femmes entreprennent des actions vengeresses. Le rapport de force est inversé, les hommes se sentent menacés. C’est le chaos, les autorités sont dépassées, les médias sont en effervescence. Le patriarcat va réagir.

Les trois femmes mises en scène par l’auteur n’ont au départ rien en commun :

  • Léa, 28 ans, est journaliste d’une grande radio parisienne. Elle a des yeux de biche et des rondeurs féminines qui attirent le regard des mâles.
  • Gloria, elle aussi a des rondeurs, trop : 90 kilos pour 1,75 mètres. Elle n’est pas bien dans sa peau mais ça ne se voit pas car elle cache son manque de confiance en elle par sa gouaille. Elle passe pour une grande gueule alors que c’est une grande sensible.
  • Leila est une beurette qui a du mal à supporter un frère qui s’est radicalisé en prison et qui maintenant brandit le coran et passe son temps en prières. Heureusement pour elle, il y a Joseph, son amour, champion de boxe, noir.

Pour des raisons différentes ces trois femmes vont être humiliées par des hommes. Elles vont réagir ensemble. C’est avec verve et humour que l’auteur nous entraîne dans une chasse aux porcs bien réjouissante et stimulante. Mais les hommes peuvent compter sur les institutions patriarcales pour rétablir un ordre établi des siècles durant.

L’écriture est sans fioritures, directe, proche du langage parlé, elle est crue, parfois même grossière, l’auteur appelle une chatte une chatte. Cela donne au roman dynamisme et tonicité. Il y a une multitude de phrases chocs qui font mouche.

Mais si l’on sourit et rit souvent de bon cœur, Mathieu Blard sait aussi nous faire ressentir la part de tendresse, de sensibilité et de douleur, qu’il y a chez ces trois nanas cabossées. C’est tantôt jubilatoire, tantôt grinçant. La partie finale est même empreinte d’une amertume qui fait de cette fiction un roman noir et non une gentille comédie marrante.

#Défonce ton porc est un bon roman noir, original et féministe, écrit par un homme, dans un style brut de décoffrage bien masculin.

Extrait :
Lettre des chiennes à leurs maîtres

C’est fini, de dormir tranquilles, enfoirés. C’est fini, de nous zieuter comme de la barbaque, nous siffler dans la rue, nous demander nos téléphones comme si vous vouliez nous les tirer en plus de nous sauter. C’est fini de négocier nos augmentations contre un coup de queue, d’écouter passivement de vieux criminels déblatérer sur la chute du mâle blanc, de laisser les éditorialistes raconter qu’on aime ça, se prendre des mains au cul. C’est fini de nous garder à demeure, de nous voiler de force, de nous prendre pour des connes tout juste bonnes à faire des nouilles. C’est fini de raconter vos vannes de merde où on conduit comme des tanches et on sait pas faire une addition. C’est fini de monnayer nos culs, de tirer profit de nos larmes et de notre cyprine. On ne donnera plus rien …

Défonce ton porc

Niveau de satisfaction :
4.3 out of 5 stars (4,3 / 5)

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L’étonnante mémoire des glaces – Catherine Lafrance

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2022 (Druide)
Genre :
Enquête
Personnage principal :
Michel Duquesne, journaliste

Journaliste pendant une vingtaine d’années, Catherine Lafrance a déjà publié trois romans, mais celui-ci est son premier polar. Le début est ardu : on nous présente les principaux personnages dont les traits caractéristiques semblent être la sensiblerie et le sentiment de culpabilité : ce n’est certes pas drôle un incendie où deux adultes et deux enfants périssent, mais de là à ce que les pompiers, les journalistes et même le chauffeur de taxi soient en larmes, ça paraît un peu exagéré. Quant au policier Latendresse, il confie au journaliste Duquesne qu’il travaille sur une histoire liée à l’incendie depuis des mois, et il se flagelle pendant quelques pages pour avoir échappé cette information.

Bon! Ce n’est pas trop grave mais ça commençait mal. Par la suite, l’écriture est plus aisée et les cent dernières pages sont difficiles à lâcher.

Michel Duquesne, journaliste à Montréal, et Anne-Marie Bérubé, journaliste à Saint-Albert-sur-le-Lac, petit village des Cantons de l’Est, qui se sent coupable elle aussi d’avoir causé un accident où sa mère est morte, enquêtent sur l’incendie qui a détruit un logement dans lequel quatre personnes sont décédées. L’origine du feu serait un cocktail Molotov lancé dans l’appartement. Qui a intérêt à tuer qui ? Les journalistes tombent sur un réseau de prostitution, puis sur une association de pédophiles à laquelle participent plusieurs personnalités du village et un groupe de motards. Et on découvre que plusieurs morts déclarées officiellement accidentelles n’étaient pas du tout l’effet du hasard. Anne-Marie, à son journal, est visée elle aussi par un cocktail Molotov. Et, après un petit détour par le Costa Rica, Duquesne est victime d’un attentat où il frise la mort.

Seront alors reliées plusieurs personnes dont on avait fait connaissance : le maire et la directrice d’école, Odile (l’amie de Duquesne) et son jeune témoin, l’entrepreneur Raoul Blanchard, et le maître d’œuvre de cette organisation secrète qui abusait des femmes et des enfants depuis quelques années.

Le sujet n’est pas neuf et n’a pas été choisi au hasard : l’auteure voulait vraiment dénoncer l’exploitation des femmes et des enfants, de même que le silence complice de ceux qui savent et se taisent. La force de l’auteure, c’est d’avoir créé plusieurs petites histoires qui finissent par se connecter les unes aux autres. Dans un polar, c’est toujours une dimension importante. C’est pourquoi même si le roman n’est pas parfait, on peut souhaiter que Lafrance récidive et nous fasse  dans le futur quelques belles surprises.

Extrait :
Les nuages s’éclipsèrent quelques secondes. La lune était claire. Duquesne aperçut enfin le paysage autour. Un désert blanc s’étendait devant lui. Plat. Enneigé et glacé. C’était soit un terrain vague au milieu de nulle part, soit le lac gelé. Comment avait-il abouti là ? Quelqu’un avait conduit la Honda, forcément, puis l’avait installé derrière le volant, auquel il l’avait attaché, alors qu’il était toujours inconscient. Qui était-ce et, surtout, que fabriquait-il, maintenant ? Le chant lancinant du moteur se fit encore entendre, puis s’arrêta de nouveau. Quel était le but de cette curieuse opération ? Chose certaine, tout ça était prémédité.
Il bougea et sentit que ça tanguait autour de lui (…) Il se redressa un peu sur son siège et le même mouvement se répéta. Cette fois, cependant, il entendit également un bruit sourd et lugubre provenant de quelque part en dessous. Quelque chose craquait. La glace (…) Le bruit de moteur reprit et il comprit de quoi il s’agissait : d’une tarière à glace.

Lac gelé

Niveau de satisfaction :
3.9 out of 5 stars (3,9 / 5)

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Le grand effondrement – Sébastien Le Jean

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2022 – Liana Levi
Genres :
Thriller, écologie
Personnages principaux :
Ronan Sénéchal, commandant de police à Paris – Irina Kowalski, capitaine de police à Lyon

Le grand effondrement c’est la chute brutale et rapide de notre monde entraînant l’extinction de nombreuses espèces vivantes, y compris l’espèce humaine. Ce n’est pas une théorie farfelue, c’est devenu un scénario crédible et même probable. La preuve, les ultra-riches s’y préparent. Ils font construire des bunkers de luxe super-sécurisés dans lesquels ils pourront se réfugier quand viendra la catastrophe. C’est dans un de ces bunkers que le PDG d’un grand groupe automobile est assassiné, mettant ainsi en cause la totale sécurité promise par ses promoteurs. Le commandant Ronan Sénéchal de la police de Paris est appelé sur cette affaire le jour même de la naissance de son fils. Il s’en serait passé. À Lyon, c’est le cadavre d’un youtubeur adepte du survivalisme qui a été repêché dans un étang. La capitaine Irina Kowalski est chargée de cette enquête. Les investigations vont s’avérer beaucoup plus complexes que prévu et entraîner les enquêteurs dans les dédales de complots de grande envergure.

L’intrigue est dense, elle aborde plusieurs thèmes. L’auteur nous entraîne d’abord dans le monde des survivalistes. Ceux qui pensent que le désastre est non seulement inéluctable mais qu’en plus il est imminent. Il faut donc s’y préparer. Ils accumulent la nourriture, l’eau, les armes dans des forteresses souterraines. Il y a aussi les partisans d’une écologie radicale qui prônent le retour aux origines, celles de l’homme cueilleur-chasseur. Ils veulent réapprendre à vivre en harmonie avec la nature, ils pratiquent le bushcraft, l’art de vivre dans les bois. Les Sentinelles sont une milice paramilitaire dont l’objectif est de faire payer les coupables : les grands pollueurs comme les capitaines d’industrie ou simplement des profiteurs égoïstes de la société de consommation. Et enfin, les plus dangereux sont les apprentis sorciers qui s’appuient sur les ressources et le financement de grandes entreprises pour mener des recherches ayant pour but de contrôler le climat. Ils sont capables de faire pleuvoir à volonté en ensemençant les nuages, de provoquer un déluge.

Les deux officiers de police chargés de démêler les affaires de meurtres ont fort à faire avec tout ce beau monde. D’autant plus qu’ils ont leurs propres problèmes personnels. Le commandant Ronan Sénéchal a accueilli avec émotion et joie la naissance de son fils mais cette responsabilité supplémentaire l’a aussi fragilisé. Les arguments du gourou du survivalisme l’ont influencé et pendant un temps il se demande si lui aussi ne devrait pas se préparer au grand effondrement et protéger sa famille. La capitaine Irina Kowalski souffre d’une maladie évolutive et elle pense démissionner. Mais finalement tous les deux vont se lancer à corps perdu dans leur enquête, comme dans un dernier baroud d’honneur désespéré avant de tirer leur révérence.

Le thème de l’effondrement de la société est actuel, il plane comme une menace diffuse qui peut prendre plusieurs formes : le climat, le terrorisme, la menace nucléaire, la pandémie, la famine … L’auteur montre parfaitement qu’en fonction des peurs de chacun, l’effondrement prend des formes différentes.

Ce roman est informatif sur le survivalisme, les dérives de l’écologie radicale, les tentatives du contrôle du climat, il est aussi distrayant en tant que thriller rythmé, sans temps mort, où tension et suspense sont permanents. C’est un premier roman très réussi.

Extrait :
– Vous voyez ce fauteuil dans lequel je suis ? C’est le diabète qui m’a cloué là-dedans. Une maladie de la modernité. L’humanité dégénère, commandant. Elle va bientôt mourir. Et elle a entraîné la planète dans sa déchéance. Si rien ne nous arrête, nous laisserons une Terre morte. Et notre agonie n’en sera que plus terrible. Que pensez-vous qu’il se passera quand de larges régions du globe deviendront inhabitables à cause du climat ? Ou qu’il n’y aura plus assez de nourriture pour tout le monde ? Des conflits, des famines, la misère et une souffrance intolérable pendant des décennies, voilà ce qui nous attend. Alors pour vous répondre : non, je ne me prends pas pour Dieu. Au fond, je ne suis qu’un humaniste qui veut abréger les souffrances de ses frères. L’espèce humaine est condamnée. Personne ne souhaite consentir aux sacrifices nécessaires à nous sauver, contrairement à ce que nous nous plaisons à répéter à longueur de journée.

Survivalistes

Niveau de satisfaction :
4.3 out of 5 stars (4,3 / 5)

 

 

 

 

 

PS : Jérôme Leroy a aussi traité le thème du grand effondrement dans sa trilogie
Lou après tout : 1 – Le Grand Effondrement

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Chambres froides – Philip Kerr

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 1993 (Dead Meat)
Date de publication française : 2022 (Éd du Masque)
Traduction (anglais) :
Laurence Kiefé
Genres :
Enquête, sociologique
Personnage principal :
juriste et enquêteur moscovite (sans nom)

Nous sommes à Saint-Pétersbourg en 1993. Un juriste et enquêteur dans la quarantaine arrive de Moscou. C’est le narrateur. Il vient apparemment pour apprendre auprès de la police pétersbourgeoise et de son expérimenté colonel Grouchko comment combattre la mafia. Depuis le démantèlement de l’URSS, la « libération » des pays de l’Est, le bannissement du parti communiste, l’avènement d’une économie « libre », c’est-à-dire déréglée, où n’importe qui peut acheter et vendre n’importe quoi à n’importe qui, et depuis l’incapacité de Eltsine à mettre un peu d’ordre là-dedans, la mafia (ukrainienne, tchétchène, géorgienne) fait la pluie et le beau temps et infiltre toutes les sphères de la société, y compris les forces de l’ordre.

On commence par enquêter sur quelques lanceurs de cocktails molotov qui ont été projetés à travers une fenêtre du restaurant Pouchkine. Exemple simple de pression qui caractérise la mafia. Puis, beaucoup plus sérieux, le journaliste vedette Mikhail Milioukine a été assassiné. Il travaillait sur plusieurs dossiers dont certains concernaient le crime organisé. Dans la valise de l’auto où on a retrouvé Milioukine, on découvre aussi le cadavre de Vaja Ordzhonikidze, un des chefs de la bande des Géorgiens. C’est sur cette affaire que se concentreront les équipiers de Grouchko. La veuve de Vaja les met sur une piste. Grouchko émet l’hypothèse qu’on aurait pensé que le Géorgien voulait vendre des informations au journaliste, et qu’on se serait débarrassé des deux en même temps. Sinon, il n’en faut pas beaucoup aux Tchétchènes pour tuer un Géorgien, Sultan Kadziev, par exemple, qui en voulait personnellement au journaliste pour l’avoir dénoncé comme proxénète et criminel. Cette piste finira par nous entraîner, à travers pots-de-vin et pénuries de toutes sortes, jusqu’au cœur d’un problème crucial : le commerce de la viande avariée.

En vous livrant certaines étapes de l’enquête, je n’ai pas l’impression de vous dévoiler des informations importantes. C’est vrai que le roman expose dans les détails une enquête de la police de Saint-Pétersbourg contre les mafias russes, mais le livre de Kerr ressemble plus à un document sociologique qu’à un thriller proprement dit. Très bien fait d’ailleurs : pénurie de papier hygiénique, la queue pendant 2 heures pour obtenir un morceau de pain, augmentation délirante des prix, chute du rouble et des salaires, augmentation de la criminalité, consolidation du portefeuille des oligarques et 50% de la population sous le seuil de la pauvreté. On comprend que des Russes s’ennuient de Staline. Et, en 2000, l’élection de Poutine n’est pas un hasard.

Bref, une description magistrale de la vie dans les grandes villes russes dans les années 90.

Extrait :
Cela amusait toujours Grouchko de penser que certains étrangers, qui, bien sûr, parlaient russe, pouvaient espérer passer inaperçus. Une fois, il avait ébahi un Anglais, un ami de Tania qui parlait russe couramment et qui avait acheté tous ses vêtements dans des boutiques russes, en l’identifiant au bout de quelques secondes et sans échanger un seul mot. Grouchko avait expliqué à l’homme que ce qui l’avait trahi, c’était son visage souriant : un Russe, aujourd’hui, avait peu de raisons de sourire quand il déambulait dans les rues.

Saint-Pétersbourg

Niveau de satisfaction :
4 out of 5 stars (4 / 5)

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Traqués – Adrian McKinty

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2022 (The Island)
Date de publication française : 2022 – Éditions Mazarine
Traduction (anglais) :
Pierre Reignier
Genre :
Thriller
Personnages principaux :
Heather, nouvelle épouse de Tom, chirurgien renommé – Olivia 14 ans et Owen 12 ans, enfants de Tom

Thomas Baxter (Tom) est un chirurgien renommé. Il a perdu sa première épouse dans des circonstances obscures. Il a deux enfants, Olivia 14 ans et Owen 12 ans. Il a épousé en deuxième noce Heather, une femme beaucoup plus jeune que lui. Tom doit participer à une conférence internationale à Melbourne. Ses enfants ont insisté pour être du voyage. C’est donc toute la famille qui atterrit à Melbourne. En excursion avant la conférence, ils vont visiter la région mais les enfants sont déçus, ils n’ont vu aucun kangourou ni koala. Ils sont alors abordés par deux hommes qui leur proposent une rapide visite sur une île privée où prolifèrent toutes sortes d’animaux. C’est cher. Un couple de hollandais à la retraite leur propose de partager les frais en se joignant à eux. Les voilà tous partis pour Dutch Island, pour une visite touristique qui va se dérouler de façon totalement imprévue.

L’auteur s’y connaît pour concocter une intrigue pleine de suspense, de tension, de surprises et de rebondissements. Le tout dans un rythme effréné qui vous happe et ne vous lâche plus jusqu’au dénouement. On doit se faire violence pour ne pas avaler d’un coup la totalité du bouquin, tellement on est pris par cette histoire. C’est vraiment parfaitement réussi au niveau de l’intrigue.

Mais si l’action est privilégiée, les personnages ont quand même suffisamment d’épaisseur pour être attachants, c’est notamment les cas de Heather, la nouvelle épouse du chirurgien. Elle est amoureuse de son mari et elle l’admire pour sa réussite, ses connaissances et pour sa culture. Elle est masseuse, les enfants la prennent pour une nigaude. Elle accepte la domination d’un mari d’un niveau social plus élevé et malgré tous ses efforts pour être une mère de substitution pour ses enfants à lui, elle est rejetée par eux. Ils sont souvent cruels et se moquent d’elle. Mais Heather se révèlera dans la difficulté et le danger. Elle se montrera combative, décidée, efficace et protectrice. La godiche va se transformer en lionne. Olivia et Owen, sont à la fois cruels et fragiles, comme des enfants qu’ils sont. Le Clan O’Neill qui règne sur l’île est dirigé par la Mère, une femme imposante et effrayante.

Le cadre du roman est une île tenue par un clan qui se l’est appropriée au détriment des aborigènes qui l’habitaient. La terre rouge est recouverte d’herbes sèches, de buissons d’acacias, de branches mortes enchevêtrées, de racines protubérantes. C’est le bush parcouru de sillons, ravines, couloirs. La chaleur est intense, le soleil de plomb. Pas facile de survivre dans cet environnement hostile.

À noter que le titre français Traqués ajouté à la couverture dévoile un peu le scénario alors que le titre anglais The Island préserve le mystère.

Tous les ingrédients d’un excellent thriller sont là : une bonne intrigue, de l’action, du rythme, un décor oppressant et des personnages intéressants. C’est une réussite !

Extrait :
Pas un bruit.

Elle s’engagea sur la chaussée en direction de l’est.
Sa bouche était tellement desséchée que sa langue lui donnait l’impression d’être en papier de verre.
Son cerveau fonctionnait au ralenti.
Marcher, et marcher encore.
À travers cette terre stérile.
À travers ce néant.
Sur cette terre sans pistes de rêve.
La route était chaude.
La nuit était chaude – la brise marine avait décidé de ne pas se lever.
Des petits animaux circulaient au milieu des broussailles. Elle fantasma sur l’idée d’en attraper un, de lui ouvrir le ventre d’un coup de canif et d’en boire le sang.
Que n’aurait-elle donné pour un verre d’eau. Pas forcément de l’eau fraîche. N’importe quelle eau. L’eau boueuse et tiède d’un fossé aurait fait l’affaire. Elle regarda le ciel. Pouvait-on espérer une averse ?
Non. Elle voyait dans toutes les directions jusqu’au fond de l’espace. Il n’y avait rien entre elle et le grand vide intersidéral.
Marcher, marcher encore.
Et encore.

Bush de Dutch Island

Niveau de satisfaction :
4.4 out of 5 stars (4,4 / 5)

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Les fantômes de Bruges – Nadine Monfils

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2002 (Robert Laffont)
Genre :
Fantaisie policière
Personnage principal :
Magritte et Georgette

Une folle enquête de Magritte et Georgette est une bonne façon de se remettre d’un Thilliez. C’est une fantaisie policière au sens où, même si l’intrigue policière est au centre du roman, on est souvent plus intéressé par ce qui est en bordure, c’est-à-dire la description familière de Magritte et de son épouse Georgette, le contexte et le sens de plusieurs de ses toiles et, pour tout dire, le style plaisant de Monfils qui suscite un sourire perpétuel.

Magritte et Georgette viennent de se mettre au lit. Leur femme de ménage, Carmen, surgit soudain : une conversation téléphonique entre elle et monsieur Bogaert, chez qui elle travaille à l’occasion, a été brusquement interrompue. Elle a foncé chez lui. Il est étendu sur le tapis, un poignard planté en plein thorax. Dans un tiroir, Carmen a emprunté une enveloppe marquée Top secret; elle contient la photo d’une femme d’un certain âge dont les yeux ont été transpercés par une aiguille. On téléphone à la police. L’adjudant-chef Kiekens prend les choses en main.

Déception pour le policier : aucun cadavre, monsieur Bogaert n’est pas joignable (on apprendra plus tard que, officiellement, il n’existe même pas !) et, pire que tout, le tableau de Magritte Le principe du plaisir est disparu. Magritte avait vendu ce tableau à son mécène Edward James, qui l’avait offert à son épouse, la danseuse et chorégraphe Tilly Losch. Elle avait revendu le tableau à un antiquaire qui tenait boutique à Bruges.

La recherche du tableau se prolonge donc à Bruges où Georgette et René seront amenés à fréquenter la famille Rodenbach, (qui n’a rien à envier à la famille Addams[1]) : c’est au fils Jos que Tilly avait vendu le tableau. À partir de là, les bizarreries se multiplient : le peintre Piet Larsen spécialisé dans la restauration des tableaux est assassiné; son amante, Neil, la femme de Jos, disparaît; Ernest, le mari et comptable de Greta, l’aînée de la famille Rodenbach, se fait la malle, pendant que son fils Gonzague se vautre dans la poudre; la cadette Marie continue de rêver en couleurs; la vieille Léontine est étranglée et Jos peut enfin vivre ouvertement son homosexualité.

Et l’assassin là-dedans ? Et le tableau ? C’est en suivant l’un qu’on trouvera l’autre.

Nadine Monfils a rencontré Georgette Magritte dans la maison de la rue des Mimosas à Shaerbeek. Les anecdotes et les réflexions de Magritte sur la vie et la peinture (de même que les propos de Rachel Baes et d’Edward James) sont authentiques. C’est peut-être ce qui rend si captivante la lecture de ce roman.

[1] Les personnages de la famille Addams, souvent reproduits dans des téléséries et dans des films, ont été créés dans le magazine américain The New Yorker à partir de 1938.

Extrait :
On ne va pas à Bruges ou à Damme pour voir du neuf, mais pour retrouver l’âme d’autrefois, ces moments réconfortants où l’on peut boire une bonne bière en rigolant, humer l’odeur du café dans la cafetière en fer sur le poêle crapaud, entendre la patronne vous appeler « mon chéri » ou « cherieke », même si vous venez pour la première fois, et vous faire sentir de la famille. Voir sur les murs des vieilles photos qui ressemblent à celles de nos grands-mères, être pris à partie par les autres clients comme si vous aviez été à l’école avec eux. Dans les vieilles demeures on n’est jamais seul. Même les fantômes nous tiennent compagnie… Paraît que certains ont l’esprit farceur !

Bruges

Niveau de satisfaction :
4.2 out of 5 stars (4,2 / 5)

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La Cité en flammes – Don Winslow

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2022 (City On Fire)
Date de publication française : 2022 – HarperCollins
Traduction (anglais États-Unis) :
Jean Esch
Genres :
Roman noir, mafieux
Personnage principal :
Daniel Ryan (Danny), membre du gang des Irlandais à Providence

1986 – Providence en Rhode Island
Tout allait bien entre les gangs des Irlandais et des Italiens à Providence. Les Irlandais tenaient les docks, les Italiens géraient le jeu, et ils se partageaient les syndicats. Ensemble, ils régnaient sur la ville. Ils se répartissaient les bénéfices et faisaient de grandes fêtes ensemble. Et puis la guerre a éclaté à cause d’une femme. Une femme magnifique qui est devenue la petite amie d’un notable du clan des Italiens, mais qu’un Irlandais a osé lui piquer. En réalité cela a servi de prétexte au chef de gang des Italiens qui avait depuis longtemps envie de mettre la main sur les docks contrôlés par les Irlandais. C’est ainsi que Daniel Ryan (Danny) du gang des Irlandais se trouve mêlé à un conflit sans merci alors qu’il vient juste d’avoir un enfant.

Ce tome 1 de la nouvelle trilogie de Don Winslow raconte essentiellement la guerre des gangs entre Irlandais et Italiens. Décidément les Américains semblent fascinés par les mafieux, que ce soit au cinéma ou en littérature. Don Winslow apporte une nouvelle pierre à un édifice déjà bien consistant. On aurait pu attendre d’un grand auteur comme lui qu’il traite ce sujet pas mal rebattu d’une manière différente, plus originale. Et bien non ! Tous les clichés concernant la mafia sont présents : le vieux parrain respecté, l’attachement à la famille, l’honneur, les rackets, la protection des commerçants, la taupe infiltrée, le flic véreux, le drive-by qui consiste à flinguer un adversaire sans descendre de voiture et bien sûr la femme fatale par qui arrive le mal. On imagine les costumes sombres rayés, les cigares et les cheveux gominés pour être tout à fait conforme à l’image des gangsters hollywoodiens.

Les personnages sont essentiellement des mafieux. Ils sont nombreux et on s’y perd un peu pour les situer dans un camp ou l’autre. Et même si l’auteur essaie de leur donner un peu d’humanité, j’ai eu bien du mal à éprouver la moindre sympathie ou la plus petite empathie pour eux. Don Winslow s’attache particulièrement à Danny qui est au début un simple homme de main chargé d’étriller les mauvais payeurs, mais qui, au fur et à mesure que les cadavres s’accumulent dans son camp, monte dans la hiérarchie. Il s’inquiète pour sa femme, son fils et pour lui quand les Italiens commencent à canarder à tout va. Le personnage qui m’a paru le plus attachant est Madeleine, la mère détestée de Danny parce qu’elle l’a abandonné à la naissance. Elle est devenue riche en épousant un type laid, mais plein de fric. Elle, au moins, ne se raconte pas d’histoires sur le soi-disant honneur ou la famille, elle connaît la puissance de l’argent et elle l’utilise avec cynisme et efficacité pour sortir son fils des embarras, même si celui-ci ne veut pas la voir ni l’entendre.

La Cité en flammes est un roman de plus sur la pègre. Ni original ni particulièrement captivant, il laisse une forte impression de déjà vu. Je ferai l’impasse sur les tomes suivants.

Extrait :
Madeleine le suit dans le couloir.
— Monsieur Moretti, vous savez qui je suis ?
Le sourire de Peter prend un petit air suffisant.
— Je l’ai entendu dire.
— Alors, vous avez entendu dire de quoi je suis capable. Si vous faites du mal à mon fils, si vous essayez simplement de vous en prendre à lui, je vous envoie rejoindre votre père.
— Vous avez bien fait de quitter Providence, dit Peter. Vous n’auriez pas dû revenir. Et vous devriez rester en dehors de tout ça.
— Votre père serait peut-être mieux installé à Pelican Bay, dit Madeleine. À l’isolement vingt-trois heures par jour, sans petits maricóns portoricains pour satisfaire ses besoins les plus vils. Il suffit que je passe un coup de téléphone à un juge fédéral…
— Vous savez, rétorque Peter, une pute qui suce un type pour un sachet de came ou pour un million de dollars, ça reste une pute.
— Oui, mais c’est une pute avec un million de dollars, réplique Madeleine. Et il se trouve que je suis beaucoup plus riche que ça. Alors, croyez-moi sur parole, monsieur Moretti, je ferai monter vos couilles en pendentif et je le porterai autour du cou pour me promener en ville.

Niveau de satisfaction :
3.5 out of 5 stars (3,5 / 5)

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Luca – Franck Thilliez

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2019 (Fleuve noir, Pocket)
Genres :
Enquête, thriller
Personnage principal :
Sharko, commandant à la Brigade criminelle de Paris

S’embarquer dans un Thilliez, c’est tout un contrat ! L’intrigue est complexe, les rebondissements se multiplient, les informations techniques sont touffues, et les principaux personnages sont aux prises avec des problèmes personnels mystérieux qui les perturbent continuellement. Même si on a hâte de tout comprendre, il faut prendre son temps pour assimiler tout ça.

Des parents engagent secrètement une mère porteuse, ce qui est interdit en France[1]. La jeune femme accouche, disparaît, on la retrouvera assassinée. Les parents adoptifs n’ont pas accès au bébé Luca. On découvre que le sperme du géniteur biologique n’était pas celui du donneur supposé.

Puis, devant un bâtiment de la police, un type vient livrer une enveloppe; son corps semble exploser dans les bras du policier Nicolas Bellanger. Le message prévoit une épidémie de choléra à Cuba, des affrontements au Soudan, et une inondation de la gare d’Austerlitz. Et prétend que nous sommes tous les esclaves de grandes entreprises comme Facebook, Google, et de plusieurs laboratoires qui, sous prétexte d’améliorer le corps humain, nous transforment en robots. Le message annonce un site où ces horreurs seront illustrées et dénoncées. Et si on s’avisait de fermer le site, alors seraient éliminés deux individus qui ont été kidnappés : Bertrand Lesage, le donneur de sperme qui souhaitait avoir un enfant, et Florence Viseur, une jeune femme qui travaille dans l’informatique, adepte du jogging et des voyages.

Le lendemain, on découvre un cadavre affreusement mutilé, comme s’il avait été attaqué par un chien énorme, qui porte une sorte de tatouage 7/11/2017 17h02,  ce qui correspond exactement au moment de la mort du messager, la veille. On remonte la piste des combats de chiens et de leurs spectateurs. L’organisateur de ces combats redirige le commandant Sharko vers le propriétaire du seul chien capable de mutiler ainsi un être humain : le Punisseur.

Par ailleurs, on suit la piste du meurtre du messager, dont le pacemaker fabriqué par Cyberspace a explosé à 17h02 pile, suite à une impulsion électronique. Ce qui nous mène au kidnappeur de Bertrand et de Florence, qui s’appelle lui-même l’Ange. Cyberspace suggère un suspect possible.

La Seine déborde et menace la gare d’Austerlitz; une épidémie de choléra frappe Cuba; des affrontements se produisent au Soudan. Chaque fois que l’équipe de Sharko cerne un suspect, celui-ci se fait tuer. Et les deux enquêteurs principaux, Nicolas Bellanger et Audra Spick, sont eux-mêmes victimes de sérieux traumatismes personnels. Sans parler des humeurs excessives de Sharko, perturbé par la culpabilité, qui le poussent souvent à foncer sans discernement.

Il ne règle pas moins une bonne partie des énigmes mais ne sait toujours pas qui a dessiné ce requin sur la porte de son bureau !

Le roman est réussi : l’anxiété, même l’angoisse, ne nous lâche pas. Et nous tient longtemps parce que ce n’est pas un livre qu’on peut lire rapidement : trop d’informations doivent être assimilées. Et, on le sait, Thilliez aime se documenter et informer son lecteur. Comme d’habitude aussi, les rebondissements ne manquent pas. Au milieu du roman, on peut avoir l’impression que c’est terminé, alors que ça ne fait que commencer. À mon sens, toutefois, la finale manque un peu de punch malgré le petit jeu pour déchiffrer le Manifeste.

J’ai l’impression que l’auteur n’aime pas terminer ses romans.

[1] C’est autorisé au Québec à condition de respecter quelques conditions.

Extrait :
Le niveau de la Seine atteignait cinq mètres quatre-vingts, soit vingt et un centimètres de plus que la veille (…) D’après les informations, Vigicrues prévoyait six mètres vingt, le niveau de 2016, pour le dimanche, avec un risque estimé à plus de 70% que le niveau monte encore jusqu’au milieu de la semaine suivante (…)
En amont comme en aval de Paris régnait le chaos. Certaines villes en bordure des affluents de la Seine et du fleuve lui-même étaient envahies par les eaux. À Villeneuve-Saint-Georges, par exemple, les habitants s’apprêtaient à dormir dans les gymnases, sous des couvertures de survie, chassés de chez eux par la débâcle.
Tout semblait s’accélérer : les dérèglements climatiques, la folie humaine, la violence. L’homme et la nature paraissaient avoir atteint un point de rupture : c’était à présent un combat à l’issue duquel, peut-être, un seul finirait par subsister. Mais si la nature pouvait exister sans l’homme, l’inverse était faux.

Niveau de satisfaction :
4.2 out of 5 stars (4,2 / 5)

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Les Égarés – Zoe Brisby

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2022 – Michel Lafon
Genres :
Aventures, humour
Personnages principaux :
Victor, Livie, Tatiana, Greg, Kilian, Valentin, Hubert, Arthur, participants à un stage de survie en milieu hostile

Réveillez l’aventurier qui sommeille en vous ! Ils sont six à avoir reçu cette invitation à un stage d’une semaine en pleine nature pour un retour aux sources et apprendre les techniques de survie en milieu hostile. Le lieu est la montagne et le maquis corse, à proximité du mythique GR20. Ce qui est étrange c’est que l’organisateur, Victor, semble avoir ciblé précisément ces six participants. Mais il a une surprise : une candidature non sollicitée, un vétéran s’est inscrit sans être invité. Après quelques hésitations, Victor l’accepte dans le groupe. Ils seront donc huit avec lui au départ. Et bien sûr ce stage sera plein de surprises et d’imprévus.

Dès le début de l’intrigue on sait que Victor l’organisateur n’est pas net. Il n’est pas le guide professionnel qu’il prétend être. On sait qu’il manigance quelque chose. On s’interroge ensuite sur la composition de son groupe, on ne peut plus hétéroclite. En effet nous trouvons :

  • Livie, magnifique jeune femme, mannequin. Elle cache une cicatrice dans son cou et probablement une autre cicatrice psychologique invisible.
  • Tatiana, professeure de Yoga. La zénitude incarnée. Elle est végane.
  • Greg, un grand gaillard, plein de muscles. C’est un survivaliste qui a construit un bunker pour protéger sa femme de l’apocalypse qui vient. Celle-ci a préféré partir plutôt que de s’enfermer.
  • Valentin, grand gaillard aussi, mais sans muscles. C’est un intellectuel. À 25 ans il habite toujours chez ses parents. Aucune vie sociale, toujours le nez dans ses livres.
  • Kilian, jeune de banlieue difficile. A eu le choix entre la prison et ce stage. C’est un garçon gouailleur mais toujours prêt à aider.
  • Hubert se prend pour un grand reporter. Un peu mégalo, il compte sur ce stage qu’il filme pour relancer une carrière en déclin.
  • Arthur, le doyen du groupe. Ne faisait pas partie du plan de Victor, contrairement à tous les autres. Toujours impeccablement mis, il est mystérieux et semble cacher quelque chose.
  • Et bien sûr, il y a Victor, l’organisateur et faux guide. Il semble suivre un plan précis. Il est inquiétant.

Bien qu’il y ait du suspense et même parfois de la tension, c’est surtout l’humour qui domine dans ce récit des péripéties des aventuriers du dimanche. Des moments pleins d’émotion dans lesquels apparaissent les fêlures de chacun succèdent à des scènes de grosse farce. Nous apprenons ainsi qu’il y a des ours en Corse, au moins un. Il y a aussi des loups, l’auteur nous révèle le truc à faire quand on est cerné par une harde, ça peut servir aux randonneurs du GR20 ! De plus c’est un livre optimiste, plein de bons sentiments. Il rappelle un peu ces bouquins américains de psychologie positive, mais c’est agréable à lire et ça fait du bien malgré une certaine naïveté du propos. Ce n’est pas un polar contrairement à ce que le début laisserait penser.

Les Égarés est un roman pour se détendre et rire, ce qui n’est pas si mal par les temps qui courent. Et chose rare : c’est un livre qui réconcilie avec la nature humaine.

Extrait :
L’allégresse disparut laissant place à l’angoisse. Ils se consolèrent en se disant que tout ceci serait bientôt terminé. Le lendemain, à cette heure, ils seraient dans un hôtel à se prélasser dans un bain chaud après avoir dénoncé Victor à la police.
Pourtant, à cette pensée, ils ne ressentirent pas le réconfort tant convoité mais plutôt une sorte de lassitude. Kylian retrouverait son paysage gris, Valentin relaterait ses exploits à ses parents perplexes, Greg réemménagerait dans son bunker, Tatiana redeviendrait végétarienne, Livie reprendrait ses défilés et Arthur retrouverait la solitude de sa maison vide.
Tout compte fait, la normalité n’avait peut-être pas autant d’attraits qu’ils l’avaient imaginée. Ils n’étaient pas si mal ensemble dans les bois. Bien sûr, ils avaient faim et parfois soif, leurs vêtements laissaient à désirer et une douche ne serait pas du luxe mais, pour une fois depuis bien longtemps, ils se sentaient véritablement vivants.

Niveau de satisfaction :
4.1 out of 5 stars (4,1 / 5)

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