Marais rouges – Jean Toulko

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2025 – Seuil
Genre : roman noir
Personnages principaux :
Maja, ex-militante féministe – Alicja, aubergiste – Gaspard, expatrié français

Dans les Marais rouges, au nord-est de la Pologne, tout a commencé à dégénérer à la mort de Pavel Wronski. Cet homme, presque centenaire, était surnommé le roi des Marais, il faisait régner son ordre : il assurait la protection de ceux qui acceptaient de payer une dîme. Ceux qui refusaient voyaient leur maison partir en fumée. Quand on l’a retrouvé dévoré par ses chiens, la police a conclu à l’accident. Cette mort n’est que le début d’une série d’évènements tragiques : – Kuba, un ancien héros du syndicat Solidarność, est retrouvé mort dans une rivière – Alicja, aubergiste, disparaît sans laisser de trace – Maja, une ex-militante féministe venue de Varsovie, est enlevée et séquestrée. Dans cette région reculée et rude, des forces maléfiques semblent avoir été libérées.

L’intrigue fait des allers-retours entre le présent et un passé qui remonte à l’occupation nazie, puis soviétique. L’auteur évoque l’histoire mouvementée de la Pologne et explique les liens complexes qui unissent ceux qui ont vécu cette période trouble, pendant la zone grise où personne n’est innocent. C’était le temps où tout le monde était, d’une façon ou d’une autre, informateur du régime. La grande histoire se mêle alors à l’histoire actuelle.

Les personnages sont complexes, surtout les femmes qui nous réservent de belles surprises. Tous ont un passé douloureux qui explique leur choix de vivre dans une région belle, mais isolée et surtout hostile par son climat et par l’accueil de ses habitants. C’est petit à petit que l’auteur dévoile ce qu’ils ont vécu et ce qu’ils sont devenus. Ils ont une belle profondeur et sont totalement crédibles.

Le cadre, une région sauvage de forêts profondes, de marais, de sables mouvants, donne au roman une belle ambiance sombre et quelque peu vénéneuse.

Une intrigue dense, des personnages complexes, un cadre sauvage et une belle écriture sont les qualités de ce roman qui a obtenu le Prix des détectives 2025.

Extrait :
— Les Marais rouges n’ont jamais engendré que l’horreur. Le sang qui coule dans les veines de ceux qui les habitent est corrompu. La génération actuelle ne vaut pas mieux que celle de ses aïeux criminels. Je crois que rien ni personne ici n’a changé ni ne changera jamais. Qu’est-ce qui n’est pas clair là-dedans ?

Les Marais rouges

Niveau de satisfaction :
4.3 out of 5 stars (4,3 / 5)

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D’entre les morts – Alexis Laipsker

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2024 (Michel Lafon)
Genres : Enquête, thriller
Personnage principal :
Victor Venturi, commissaire – Olivia Montalvert, psychologue

J’avais bien aimé le précédent Hurlements. J’y ai rencontré le dynamique et exigeant commissaire Venturi, justement surnommé le Cow-Boy, et la délicate et subtile psychocriminologue Olivia Montalvert, surnommée Menthe à l’Eau, binôme improbable mais efficace. Ils sont ici aux prises avec un problème redoutable, qui a un pied dans la sorcellerie, et l’autre dans la folie.

Un tueur en série enlève des jeunes femmes, les poignarde et les mutile en extirpant une partie de leur corps. Puis, on découvre un cadavre de jeune femme qui porte des yeux, un nez, des cheveux, des seins, des lèvres … qui ne sont pas les siens. Une morte en reconstruction. On s’efforce de retrouver les jeunes victimes qui ont été enlevées et mutilées; et, pendant ce temps, les meurtres se multiplient : toujours des femmes  à peu près du même âge, du même air et d’un physique semblable. Selon Montalvert, l’assassin a un plan. Mais quel peut-il être ?

Jusqu’à la fin, Venturi et Montalvert nagent en pleine confusion et sont presque tués à leur tour. Le lecteur échappe aussi à la mort mais pas à la confusion. Toutes les histoires apparemment séparées finissent par s’articuler logiquement, ce qui n’est pas une surprise. Mais les raisons de ces meurtres restent plutôt invraisemblables, et ce n’est pas l’explication psychologique qui va rendre ces gestes plus rationnels. Laipsker aime beaucoup jouer avec le lecteur, lui ménager des surprises mais, dans ce cas-ci, j’ai eu l’impression que ses personnages lui échappaient.
Trop, c’est trop !

Extrait :
Montalvert compta huit corps. Huit femmes. Elles n’avaient pas été exposées au feu bien longtemps et les dépouilles, bien que noircies, étaient en assez bon état. Elles avaient une quarantaine d’années. Peut-être un peu moins.
L’une d’elles avait été scalpée.
Une autre avait été énuclée et ses lèvres avaient été découpées.
Une troisième avait eu la poitrine découpée.
Quatre autres avaient été entièrement démembrées.
La dernière n’avait plus de nez.

Dans l’Aveyron la vie est douce

Niveau de satisfaction :
3.9 out of 5 stars (3,9 / 5)

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Les preuves de mon innocence – Jonathan Coe

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2024 (The Proof Of My Innocence)
Date de publication française : 2025 – Gallimard
Traduction (anglais) :
Marguerite Capelle
Genres : politique, satirique, enquête
Personnage principal :
aucun

Les ultraconservateurs britanniques se réunissent dans un vieux manoir pour participer à des conférences sur l’avenir de leur mouvement. Le programme des conférences est interrompu quand on découvre le cadavre d’un participant poignardé de onze coups de couteau. Avant de mourir la victime a réussi à laisser un message énigmatique. Une vieille inspectrice, à la veille de prendre sa retraite, est chargée de l’affaire. La fille adoptive de la victime et une amie vont de leur côté mener l’enquête.

Le résumé du livre laisse à penser que c’est un polar, puisqu’il y a un crime et des enquêtes, mais ce n’en est pas un. C’est un mélange hétéroclite entre critique politique, satire sociale, autofiction et roman policier. Ce n’est pas la quatrième de couverture qui nous éclaire sur la question, elle ne fait qu’une liste de quelques ingrédients du livre : une société secrète d’étudiants, plusieurs morts mystérieuses, une vieille inspectrice gourmande …

L’intrigue est confuse. Elle passe des souvenirs de jeunesse de ceux qui étudiaient à Cambridge, aux idées des ultraconservateurs, à l’enquête de deux jeunes filles, en passant par les grosses bouffes de l’inspectrice. On s’y perd un peu et on a franchement du mal à relier tous les fils.

Ce n’est pas les personnages qui vont apporter la clarté. Ils se ressemblent tous, ils parlent de la même façon, des mêmes choses. Les jeunes enquêtrices sont également interchangeables. Seule la vieille inspectrice se distingue, pas de la façon dont elle mène son enquête, puisqu’elle n’investigue pratiquement pas, mais par son appétit : elle bâfre et boit comme un trou.

L’ambiance est feutrée, on est entre gens bien éduqués, on s’affronte avec des mots dans des salons de châteaux ou de vieux manoirs. C’est l’élite de la nation qui s’y retrouve. Des fachos, mais très classe. On disserte sur la littérature et sur la politique. Même dans le crime, on ne ressent pas la violence.

Une intrigue confuse, des personnages sans relief, une ambiance feutrée et un milieu élitiste produisent ce roman bien fade. Une grosse déception compte tenu de la notoriété de l’auteur et des critiques dithyrambiques qui accompagnent chacun de ses « chef-d’œuvres ».

Extrait :
Par ailleurs, nous avons deux autres suspects dans cette affaire qui sont impliqués dans une organisation politique à laquelle Mr Swann s’intéressait depuis un moment. Il semblait sur le point de publier ses conclusions et, encore une fois, si l’on regarde les révélations qu’il s’apprêtait à faire, on s’aperçoit qu’il y a de grosses sommes d’argent en jeu. On en revient toujours à ça, en général. L’argent. Les gens n’arrêtent pas de parler de valeurs, de nos jours, et de guerres culturelles, mais d’après mon expérience, on s’entre-tue rarement pour des histoires de valeurs ou de culture. On s’entre-tue pour l’argent. Les humains sont des créatures primitives, en réalité.

Université de Cambridge

Niveau de satisfaction :
3 out of 5 stars (3 / 5)

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Le mystère Nerval – Diane Morel

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2024 (Fayard, 10/18)
Genres : Noir, historique, enquête
Personnage principal :
Émile Blanche, étudiant en médecine

C’est le premier roman de Diane Morel et j’espère que ce ne sera pas le dernier. J’ai été attiré par le fait que c’était un roman historique qui tournait autour de Gérard de Nerval et de certains de ses amis comme Théophile Gauthier, poètes qualifiés de romantiques mais, contrairement à         Lamartine, Vigny ou Hugo, préfigurant les surréalistes. Pour nous, ils évoquaient également la Bohème (ou les Hippies) des années 60-70 dans leur façon de se vêtir et de se comporter.

Ceci dit, je n’apprécie pas qu’une intrigue policière soit noyée dans un contexte psychologique ou historique. Heureusement, ce n’est pas le cas ici, même si les références historiques sont authentiques. Gérard de Nerval arrive énervé et ensanglanté chez le docteur Blanche; on l’immobilise dans un gilet de force; et il demande à parler à Émile, le fils du docteur Blanche. Peu de temps après, on découvre le cadavre de son amie Flore. Nerval croit qu’il l’a peut-être tuée. Mais sa confusion le rend peu crédible. A-t-il été témoin du meurtre ?

Émile entreprend l’enquête avec quelques amis de Gérard comme Théophile Gauthier. Et surtout avec la servante de sa mère, la belle Séverine, dont il tombera amoureux. L’assassinat de Flore semble lié à une sorte de trafic de cadavres qui permettent aux étudiants en médecine de pratiquer des incisions de toutes sortes. Les assassinats se multiplient, mais l’enquête d’Émile est ralentie par  l’autorité de son père qui n’apprécie ni ses inconduites avec Séverine ni ses recherches policières pourtant appréciées par les forces de l’ordre.

L’intrigue policière est fortement imbriquée dans la vie des étudiants en médecine et des amis de Gérard de Nerval, la part du lion revenant clairement à Théophile Gauthier. Mais, au lieu de détourner la recherche de l’assassin, le contexte donne encore plus de crédibilité aux recherches difficiles d’Émile. Le regard que jette l’auteure sur une partie du XIXe siècle rappelle un peu celui de Fouassier (Bureau des Affaires occultes) et ne manque pas d’intérêt.

Bref, je n’aurais rien contre un certain resserrement, mais ce roman constitue un bon point de départ pour plusieurs autres enquêtes d’Émile même si, encore ébranlé par les résultats de son travail d’enquêteur, il semble vouloir maintenant se consacrer corps et âme à la médecine.

Extrait :
Je sentais qu’il serait long et difficile de regagner la confiance de mes parents. Ils me voyaient comme un fils indigne. Mais c’était loin d’être le cas. Mon seul tort était de résister à leur volonté. De mon côté, il me semblait impossible de leur céder et de faire en sorte que tout redevienne comme avant… Avant quoi ? (…) L’arrivée de Nerval, qui avait tout bousculé dans ma vie? Ou avant Séverine, qui avait ouvert mon âme à des sentiments jamais éprouvés auparavant? Avant Flore, et sa quête de liberté désespérée ? Avant Gauthier, et l’indépendance de corps et d’esprit qu’il incarnait ? «Avant » n’existait plus.

Paris vu de la Butte Montmartre

Niveau de satisfaction :
4.2 out of 5 stars (4,2 / 5)

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La nuit de l’ours – Alexandra Julhiet

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2025 – Calmann-Lévy
Genre : Thriller
Personnage principal :
Angèle Dumont, femme de 39 ans

Un homme saute du septième étage et s’écrase aux pieds d’Angèle. Cet évènement dramatique va provoquer chez elle une suite de réactions incontrôlables : manque de sommeil, une musique d’orgue de barbarie lui provoque la nausée, la vision d’un incendie, l’apparition d’une petite fille en robe rose et parka verte qui s’avère être elle jeune. Ce n’est pas le bain qu’elle prend en rentrant chez elle et dans lequel elle s’endort qui améliore la situation : en rouvrant les yeux, sur la buée du miroir un message tracé au doigt s’affiche : Va crever. Ces évènements traumatisants sont liés à son passé : à l’âge de 13 ans, elle a passé un long séjour en maison de repos, elle était catatonique, elle avait arrêté de parler, de manger, de se laver. Elle s’en était sortie. À 39 ans, elle s’est mariée, puis séparée, elle exerce un bon métier rémunérateur. Est-elle victime d’une rechute ? Elle décide de prendre du repos chez son père, psychiatre à la retraite, en Vendée, à La Roche-sur-Yon. Celui-ci va l’amener en pèlerinage dans la maison où elle est née, dans un petit village des Pyrénées-Orientales. Là, elle va découvrir son passé agité dont elle ne garde aucun souvenir et des secrets qu’il est dangereux de déterrer.

L’intrigue est construite autour de la narratrice, une femme de 39 ans, Angèle Dumont, qui ne sait pas très bien qui elle est vraiment. Elle va vraiment mettre tout en œuvre pour le découvrir. Pour l’aider, elle ne peut pas s’appuyer sur sa mère qui est morte ni sur son père, souvent absent et qui répond toujours évasivement à ses questions. C’est donc uniquement sur elle-même qu’elle doit compter. C’est dans le petit village des Pyrénées où elle est née qu’elle va trouver des indices et remonter le fil de sa petite enfance. Stupéfaite, elle va découvrir que dans ce village où elle a passé ses six premières années, personne ne se souvient d’elle.

Angèle va faire toute une série de découvertes étonnantes dont certaines sont dangereuses. Il va s’ensuivre une ribambelle de rebondissements dans un rythme très soutenu, dans l’ambiance festive et tribale de la fête de l’Ours, une tradition ancestrale du coin. Beaucoup d’action et de péripéties alors, on ne s’ennuie vraiment pas. Cela n’empêche pas l’autrice d’aborder sérieusement des thèmes tels que l’identité, l’origine du mal et la manipulation mentale.

Le personnage principal est une femme dans la quarantaine qui a à la fois réussi et échoué. Elle a réussi parce qu’elle a un bon job, bien payé. Elle est compétente, c’est une spécialiste de l’analyse de données. C’est un pilier de sa boîte. Elle a un bel appartement dans Paris. Elle a échoué parce qu’elle n’a pas d’enfant alors qu’elle en voulait. Son mari l’a quittée pour une autre. Ses parents sont inexistants, et le pire c’est qu’elle ne sait pas qui elle est, elle a des réminiscences dont elle ne connaît pas l’origine. C’est, par ailleurs, une femme moderne et dynamique. Elle alterne les moments de détermination et de doute, de chance et de poisse.
Il y a aussi des personnages secondaires intéressants, entre autres : – un jeune homme en fauteuil roulant, un gars efficace et débrouillard malgré son handicap – un garde forestier sexy qui passe son temps à promener un chien qui ne lui appartient pas – une redoutable gitane qui n’a pas prononcé un mot depuis 30 ans – et un méchant, riche et intouchable, qui règne sur le village.

Le style est enlevé, vif, proche du langage parlé, avec de fréquences notes humoristiques.

En conclusion, La nuit de l’ours est un roman dense, rythmé qui se déroule dans l’ambiance oppressante d’un petit village des Pyrénées. C’est un bon thriller, agréable à lire, mais qui suscite aussi la réflexion.

Extrait :
Je m’attendais à ce qu’il explose mais non. À la place, il a soupiré, avant de murmurer :— Imagine pouvoir contrôler la prédisposition des hommes à la violence… Nous pourrions changer le monde, en faire un paradis ou un enfer selon notre bon vouloir. Nous pourrions créer des armées assoiffées de sang en sélectionnant les hommes sur leur profil génétique, ou au contraire apporter la paix en les décelant au plus tôt et en les écartant de la société.
— En pratiquant un eugénisme basé sur la prédisposition génétique à la violence…

Niveau de satisfaction :
4.3 out of 5 stars (4,3 / 5)

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Fatal – Johanne Seymour

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2025 (Libre Expression)
Genres : Suspense, psychologique
Personnage principal :
Camille Ladouceur, responsable des événements spéciaux chez Sinclair-Volt

 

C’est le quatrième roman que je lis de cette femme-orchestre (scénariste, réalisatrice, comédienne, organisatrice) qu’est Johanne Seymour. Dans les histoires qu’elle raconte,  la dimension policière n’est pas nécessairement la plus importante. Tout en abordant des thèmes souvent délicats (le monde des gais, les tentatives d’intégration des Chinois immigrés dans la vie montréalaise, les néo-nazis ici et aujourd’hui), Seymour aime bien développer des problématiques psychosociologiques.

Dans ce roman-ci, par exemple, tout tourne autour de femmes séduites, manipulées, violentées et terrorisées par des hommes. C’est ainsi que Camille Ladouceur a été traitée il y a vingt ans et elle ne s’en est jamais vraiment remise. Après avoir rencontré le gentil Étienne Fortin, elle connaît un court répit, mais elle a l’impression de plus en plus forte que Luc Dupré, ce pervers narcissique qui l’avait accablée, s’efforce de se rapprocher d’elle en commençant par charmer son collègue Sugar Taylor et sa bonne amie Amélie.

Pendant ce temps, le sergent Daniel Jasmin et la sergente-détective Kim Tran enquêtent sur des meurtres possibles dans lesquels serait impliqué Dupré. Mais ce fin manipulateur s’en est toujours bien tiré : il est riche et sa réputation le place au-dessus de tout soupçon. D’où sa certitude de finir par mettre la main sur Camille pour lui faire chèrement payer le fait qu’elle l’ait quitté et qu’elle ait perdu son enfant (suite à des coups de pied dans le ventre), alors qu’elle était enceinte et n’avait pas encore vingt ans.

À la Fête de l’Équinoxe qui a lieu chez Sinclair-Volt, tout est en place pour le dénouement : Dupré s’enferme dans un ascenseur avec Camille, alors que ses amis et les forces de l’ordre fouillent le grand magasin de fond en comble.

Dans la section Remerciements, Seymour remercie son père « de m’avoir enseigné à me protéger ». L’essentiel du roman illustre les sévices dont souffre une victime de harcèlement vingt ans après. C’est là un sujet cher à l’auteure. Dans ses romans, les femmes ont habituellement un plus beau rôle que les hommes. L’intrigue policière apparaît un peu comme un prétexte pour illustrer les difficultés du couple (Juliette et Hugues), les pièges de la solitude (Amélie) et les dommages quasi irréversibles dont souffrent les victimes du harcèlement.

Extrait :
14 février 2005
« C’est ton cadeau de Saint-Valentin, dit Julie (c’était le nom de Camille à cette époque). Tu vas être pap… »
Elle n’eut pas le temps de terminer sa phrase. Luc s’était emparé du bouquet qu’elle avait déposé dans un vase sur la table, et la fouettait au visage avec les fleurs. Comme elle tentait de se protéger des assauts répétés, ses bras, à l’instar de son visage, se couvrirent de lacérations infligées par les épines des roses (…). Étourdie par la logorrhée qu’il lui servait, ainsi que par ses coups répétés, elle perdit conscience et s’écrasa au sol.

Niveau de satisfaction :
3.4 out of 5 stars (3,4 / 5)

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Le secret du diable – Christian Doumergue

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2024 – TDO Editions
Genres : Mystère, légendes, enquête
Personnages principaux :
Commissaire Pierre Labbé – Aurélia Andelys, sociologue

Pierre Labbé, commissaire de police, se rend à Rennes-le-Château, où l’on a retrouvé un cadavre dans un des souterrains creusés par les chercheurs de trésor. À cette occasion, il va découvrir l’étrange histoire de l’abbé Saunière. En 1885, un nouveau curé arrive dans le petit village de l’Aude, Rennes-le-Château. Il y trouve une église délabrée. L’année suivante, il se lance dans la restauration de l’église. Pendant les travaux il découvre quelque chose qui va changer complètement son train de vie : il fait construire une grande villa bourgeoise et une tour néogothique qui domine la plaine. Bref, Saunière vit au-dessus des moyens d’un simple curé. Les villageois pensent qu’il a trouvé un trésor, d’autant plus que Saunière se comporte bizarrement : il fouille le cimetière la nuit, il semble chercher quelque chose. À la mort de Saunière, en 1917, la rumeur se poursuit, mais c’est à partir de 1960 que commence la frénésie de la chasse au trésor. Des chercheurs du monde entier se rendent à Rennes-le-Château pour trouver le fameux trésor. Et c’est dans un souterrain creusé par des chercheurs que l’on a trouvé un cadavre. L’affaire va prendre une autre ampleur quand un deuxième cadavre est découvert dans le Fauteuil du Diable, un rocher creusé en lien avec l’histoire du trésor de Rennes-le-Château. Le commissaire Labbé n’est pas au bout de découvertes étranges dans cette région peuplée de légendes et de mystères.

Christian Doumergue, est un passionné de mystères et de légendes. C’est un spécialiste reconnu de l’affaire de Rennes-le-Château, il a écrit plusieurs livres sur le sujet. Dans Le secret du diable il présente l’énigme de Rennes-le-Château sous forme d’enquête policière. C’est une façon moins austère d’aborder ce thème et une possibilité de toucher une autre catégorie de lecteurs. L’auteur est spécialiste de Rennes-le-Château, ça se voit, ses explications sont savantes et documentées. Par contre, ce n’est pas un spécialiste du polar, ça se voit aussi. L’enquêteur est un commissaire de police. Or une enquête dans un petit bled comme Rennes-le-Château relève de la gendarmerie (qui intervient dans zones périurbaines et les villes petites et moyennes), pas de la police. Un commissaire ne mène pas seul, directement sur le terrain, une investigation, et encore moins en embarquant une civile qui lui sert de guide dans le monde des chercheurs de trésors. Bref, beaucoup d’approximations concernant l’action des forces de l’ordre, mais ce n’est pas l’essentiel, ici l’enquête n’est que le prétexte pour présenter toute la complexité de l’affaire de Rennes-le-Château. Ce n’est pas qu’une histoire de trésor, puisque l’intrigue va virer à la manipulation et prendre un aspect ésotérique et mystique. Il sera même question de la tombe de Marie-Madeleine et de l’Atlantide.

Si Le secret du diable n’était qu’un simple polar il serait quelque peu décevant, mais ce n’est qu’un habillage plaisant pour aborder le mythe du trésor de Rennes-le-Château dans toute sa complexité et pour montrer la fascination qu’il continue d’exercer. Sur ces points c’est parfaitement réussi.

Extrait :
Certains voient en lui un mythomane. Mais ceux qui se sont intéressés à lui de plus près ont d’autres explications. Il aurait fait une découverte incroyable dans le coin… Une découverte si stupéfiante qu’il n’aurait pu la révéler ouvertement et aurait donc décidé de la transmettre de façon cryptée à travers la fable qu’il a développée autour du trésor de l’abbé…
— Quelle découverte ?
— … Dans ses écrits, il semble mentionner la tombe de Marie-Madeleine… Mais pour quelques chercheurs essayant de décrypter son message, ce serait un secret bien plus ancien qu’il aurait percé, lié à l’Atlantide. Certains textes de Plantard semblent même suggérer l’existence d’une porte mystique vers une autre dimension…
— On nage en plein délire !
— Vous pouvez en effet le penser, commissaire.
— Avouez quand même que tout cela ressemble à une histoire fabriquée de toutes pièces pour des gogos en mal de sensations ! Vous prenez tout ça au sérieux ?

Statue du diable à l’entrée de l’église de Rennes-le-Château

Niveau de satisfaction :
4.1 out of 5 stars (4,1 / 5)

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Le Mal en personne – Jørn Lier Horst

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2019 (ILLVILJE)
Date de publication française :
 2023 (Gallimard, Folio, Policier)
Traduction (norvégien) :
Céline Romand-Monnier
Genres : Enquête, thriller
Personnage principal :
William Wisting, policier

Les romans de Horst  ne sont pas si exaltants en soi, mais ils sont méticuleux et se veulent pédagogiques. Le thème choisi pour ce roman se prête bien à ces objectifs.

Tom Kerr a été condamné à vingt et un ans de réclusion pour tortures, viols et assassinats d’un bon nombre de jeunes femmes. Ayant accepté de se prêter à la reconstitution d’un de ses crimes, Kerr parvient à s’échapper. Les mesures de sécurité avaient été si bien renforcées qu’il est certain que Kerr a bénéficié d’une complicité intérieure : autrement, comment aurait-il pu se procurer les clés de ses menottes et un révolver ? Et comment aurait-il pu bénéficier d’une grenade qui a servi à ralentir ses poursuivants.

On n’a aucune idée d’où est passé Kerr. Et pourtant, les meurtres se poursuivent. Wisting est chargé de l’enquête, mais il est tenu en bonne partie responsable de la fuite de Kerr. Finalement, on lui retire la direction des recherches et il fait dorénavant l’objet d’une enquête interne. Sauf que, quand Wisting apprend que sa fille Line est probablement en danger, rien ne peut l’empêcher de foncer chez le supposé criminel et d’entraîner avec lui les forces policières disponibles.

Le roman est pédagogique, au sens où Horst voulait nous entretenir de la cruauté, « du désir d’infliger de la douleur et des souffrances à autrui ». Et il y parvient sans sombrer dans le scabreux ou l’exhibitionnisme malsain (gore) : les cadavres sont démembrés mais on n’assiste pas en direct aux mutilations. L’auteur s’est inspiré de plusieurs ouvrages de psychologie qui s’efforcent de comprendre l’origine et le fonctionnement de ce désir de faire souffrir autrui. Le roman aurait pu se ranger dans la catégorie des romans psychologiques si Horst, comme ancien policier, n’avait pas également à cœur de nous montrer comment les différents corps policiers se coordonnent pour suivre une piste et tenter de découvrir le complice de Kerr. De plus, comme dans ses romans précédents, Horst met en scène quelques rebondissements qui tiennent le lecteur en haleine.

Extrait :
« La cruauté, c’est l’obscurité intérieure. Un besoin impérieux d’infliger des souffrances à autrui.
Son origine est plus difficile à déterminer. Je suis parvenu à la conclusion que c’est un phénomène que nous ne comprenons pas et dont nous ne pouvons pas nous prémunir, que nous ne pouvons ni maîtriser ni empêcher. Comme l’amour ».   (Psychiatre Wallberg)

Holmestrand (Norvège)

Niveau de satisfaction :
4 out of 5 stars (4 / 5)

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Les bouchères – Sophie Demange

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2025 – L’Iconoclaste
Genres : Roman noir, social
Personnages principaux :
Anne, Stacey et Michèle, bouchères

Quand Anne décide de reprendre la boucherie de son père, mort une année plus tôt, elle demande à Stacey de venir travailler avec elle. Elles se connaissent depuis leur formation en CAP de boucherie. Stacey accepte avec enthousiasme. Toutes deux transforment la vieille boucherie en une boutique moderne, avec un grand billot central et les clients autour qui peuvent admirer les deux jeunes femmes découper ou désosser. En attendant leur commande, ils peuvent goûter le saucisson, le jambon, le boudin. Cette nouvelle boucherie marche très bien, les clients viennent parfois de loin, car la viande est excellente, le magasin très bien tenu et les bouchères charmantes. Si bien qu’il devient vite nécessaire d’avoir une troisième personne pour faire face à l’afflux de clients. Michèle, une noire originaire de Guinée, sera la troisième bouchère. Les affaires sont fleurissantes jusqu’à ce que certains hommes du quartier disparaissent sans laisser de traces. L’enquête de la police ne donne rien, mais la rumeur se répand : ces disparitions se produisent depuis que la nouvelle boucherie s’est installée. Les ragots et les menaces se multiplient, les clients deviennent rares. Les bouchères doivent maintenant faire face à l’hostilité.

L’intrigue est d’abord classique : la réussite d’un nouveau commerce qui apporte de l’animation et de gaieté dans un quartier bourgeois un peu triste. Ce changement ne plaît pas à tout le monde, il suscite aussi la convoitise et la jalousie attisées par une détestable notable blonde. Dans cette partie la critique sociale est acérée. Plus loin, l’ambiance devient totalement différente. On bascule alors dans le roman noir, voire dans le gore, le tout avec une certaine jubilation et avec une bonne dose d’humour noir. On sent que l’autrice s’en est donné à cœur joie en écrivant certaines scènes.

Les bouchères sont les personnages centraux de ce roman. Elles sont très différentes, mais s’entendent parfaitement. Les trois ont en commun une enfance difficile et un rapport aux hommes compliqué, elles ont dû subir des agressions sexuelles, elles se sont défendues comme elles ont pu. D’ailleurs, aucun des personnages de ce roman, même les secondaires, n’a une sexualité épanouie. Tous sont plus ou moins en souffrance sur ce sujet.

Les bouchères est un roman à multiples facettes : à la fois féministe, social, noir et même gore. L’ensemble est pimenté d’un humour noir jubilatoire.

Extrait :
Les épiciers parlaient des bouchères avec le boulanger, la boulangère, la vendeuse de la boulangerie. On se demandait pourquoi la fille du boucher n’avait pas pris un homme pour travailler avec elle ; pourquoi elle avait embauché cette fille, la rouquine, qui ne faisait que fumer, et en plus avec un moignon à un doigt, elle devait être bien maladroite pour s’être coupé le doigt comme ça. Et le pompon, c’était la petite dernière. Comme si deux femmes, ça ne suffisait pas, elles en avaient ramené une troisième, noire en plus. Comme si une Africaine pouvait s’y connaître en boucherie française. Ils la trouvaient moche.

Pour se détendre, Michèle leur fit écouter de la musique, cette artiste qu’elle avait découverte récemment, Casey. Au début du morceau, des loups hurlaient dans la nuit, puis la rappeuse scandait en rythme « libérez la bête, effacez sa dette » : les bouchères se mirent à danser, danser, jusqu’au petit matin, comme pour purger leur peine.

Casey – Libérez la bête

Niveau de satisfaction :
4.2 out of 5 stars (4,2 / 5)

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Tenebrae – David Lagercrantz

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2025 (Post Mortem)
Date de publication française :
 2025 (Harper Collins)
Traduction (suédois) :
Rémi Cassaigne
Genres : Enquête, noir
Personnages principaux :
Hans Rekke, professeur – Micaela Vargas, policière

Lagercrantz est surtout connu pour avoir écrit entre 2015 et 2019 les tomes 4, 5 et 6 de la série Millénium, l’auteur original Stieg Larsson étant décédé en 2004. Ce roman-ci est le troisième de sa nouvelle série policière qui met en scène le professeur Hans Rekke et la policière Micaela Vargas.

À Stockholm, Rafael Corales, commissaire principal de la police de Pampelune en Espagne, persuade Hans Rekke d’examiner le meurtre violent d’une jeune femme commis en Espagne vingt ans plus tôt. Hans et Micaela commencent à enquêter et découvrent plusieurs crimes analogues qui se sont produits au Danemark et en Finlande. Or, ces crimes semblent être liés au monde littéraire de Stockholm. Et plus ils approchent de la vérité, plus leur vie devient menacée.

Le récit se divise en deux temps : d’abord, il y a 20 ans, en 1988, à Santander, où on suit les dernières journées de la jeune Sandra Ramirez; puis aujourd’hui, où Hans et Micaela enquêtent, en se mêlant au monde littéraire : quelques-uns de ses membres détiendraient des informations importantes sur ce (ou ces) tueur(s) en série.

Les problèmes sont assez complexes mais seront résolus grâce aux intuitions remarquables des deux enquêteurs. Rien à voir avec le génie de Holmes ou de Poirot. Hans s’embourbe d’ailleurs dans une fausse piste et Micaela, plus prompte qu’intelligente, court à la mort en ne s’en rendant compte qu’à la dernière minute. Pas facile pour le lecteur de s’attacher à l’un ou à l’autre. L’auteur joue aussi sur le côté gore des meurtres, ce qui sert la plupart du temps à dissimuler la faiblesse de l’intrigue elle-même. Enfin, presque tous les personnages manquent un peu de crédibilité : Micaela est elle-même passablement confuse émotivement et les deux suspects cultivent un genre de rapport sadomasochiste d’une rare originalité.

Bref, ce n’est pas un roman dans lequel il est facile d’embarquer.

Extrait :
Micaela recula en titubant tandis que son sang giclait, ayant tout juste le temps de chercher autour d’elle quelque chose à agripper, une pierre, une branche, n’importe quoi. Mais l’homme était alors à nouveau sur elle, rapide comme l’éclair et sauvage comme quelqu’un qui a déjà souvent tué, et Micaela n’arrivait pas à comprendre comment elle avait pu être assez stupide pour venir ici seule, malade et épuisée après une fausse couche absurde.

Santander

Niveau de satisfaction :
3 out of 5 stars (3 / 5)

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Police people – Sophie Hénaff

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2025 – Albin Michel
Genres : Enquête policière, humour
Personnage principal :
Cathy Martini, commandante de police

Cathy Martini, commandante de la Police Judiciaire de Paris, était aussi l’épouse d’un chanteur célèbre qui s’est suicidé quand elle a demandé le divorce. Maintenant elle doit diriger l’enquête sur l’enlèvement de Flore Yozabal, une actrice de télévision très connue. Martini connaît bien Yozabal pour la bonne raison qu’elle était la maîtresse de son mari. Lui confier l’enquête de la disparition de la maîtresse de son mari à elle, son épouse, pourrait tomber dans le conflit d’intérêts. Malgré ce risque la commandante garde l’enquête. Mais voilà qu’en plus on lui colle dans les pattes le brigadier Titan Payot qui doit être son binôme sur cette affaire. Le jeune homme est connu pour passer son temps à admirer tout le monde, c’est un groupie par nature. Un enquêteur, fan absolu des célébrités, n’est pas un gage d’efficacité, mais la commandante Martini n’a pas le choix, elle doit faire avec cet adjoint bien encombrant pour essayer malgré tout de retrouver celle qui a été la maîtresse de feu son mari.

Le roman est basé sur le personnage de la commandante Cathy Martini. C’est une figure de la PJ de Paris. Elle se distingue des autres policiers par une complète insensibilité à la pression. Elle n’en fait qu’à sa tête et n’est pas sensible au chantage. Y a pas de petits copains, de réseau, de francs-maçons qui tiennent : elle s’en fout. Le préfet l’engueule, elle s’en fout. Le ministre la menace, elle s’en fout. Les magistrats font pression, elle s’en cogne. L’opinion publique, la presse, les collègues, pareil. C’est ainsi que la décrit le Directeur des brigades centrales. Sa hiérarchie lui pardonne ses excentricités parce qu’elle est efficace et ses dossiers sont en béton. Dans cette affaire, la commandante a été contrainte d’accepter à ses côtés un adjoint, plus pour rendre compte de l’enquête que pour l’épauler. C’est ainsi que le brigadier Titan Payot est incorporé à l’équipe de Martinez. Il en est ravi, lui qui avait postulé trois fois pour l’intégrer et avait été refusé autant de fois. Il faut dire que ce grand dadais a un profil particulier : il aime et admire tout le monde. On l’a même surnommé Titan Fayot. Et bien sûr, il est en totale admiration pour sa cheffe. Titan va finalement se révéler pas si prévisible que ça et finira même par être apprécié au sein de la brigade.

Même si le ton est humoristique, l’intrigue n’est pas négligée pour autant. Un enlèvement avec demande de rançon d’une actrice populaire est le cœur de cette affaire. C’est une enquête célébrité, c’est-à-dire une enquête avec trois fois plus d’emmerdements que les autres : il y a les médias, la pression publique, les faux-semblants. Au passage l’autrice égratigne le monde des people : les stars qui sont des ogres. Elles ont tellement l’habitude d’être assistées qu’elles vampirisent. L’autrice montre le pouvoir des célébrités, mais aussi leur vulnérabilité à cause de leur exposition permanente.

Une intrigue solide et surtout des personnages attachants et hauts en couleur sont la marque de ce roman, souvent décalé, qui se lit en souriant.

Extrait :
– Parce que le je-m’en-foutisme dans la police, ça peut se révéler dramatique, remarqua Alice, pour qui indulgence et nonchalance étaient mères de tous les échecs.
– Ce n’est pas du je-m’en-foutisme, corrigea le directeur avec le plus grand sérieux, c’est du je-vous-emmerdisme. Dès lors, Martini devient notre seul élément inattaquable. Je dirais même incorruptible. On ne peut pas la virer. On ne doit pas.
– Bien, s’inclina Deroucoux en serrant le frein à main. Que suis-je censée faire alors, monsieur le directeur ?
– Vous la mettez au pas malgré tout. Parce que, même la pagaille, elle s’en fout. Et moi non. J’aime l’ordre.

Le Bastion, siège de la Police Judiciaire de Paris.

Niveau de satisfaction :
4.1 out of 5 stars (4,1 / 5)

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Jeux d’Ombres – André Jacques

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2025 (Druide)
Genres : Enquête, thriller
Personnage principal :
Alexandre Jobin, antiquaire, ex-major de l’armée canadienne

Depuis une vingtaine d’années, j’ai du plaisir à lire et à commenter les romans d’André Jacques. C’est un de nos grands écrivains québécois, en plus d’être un bonhomme très sympathique. Ça lui prend trois ou quatre ans pour écrire un roman, parce qu’il tient à ce qu’ils soient bien documentés, qu’il s’agisse des « paysages inquiétants  des Balkans », ou des « odeurs de Trieste ».

Chrysanthy Orowitzn, la « blonde » d’Alexandre Jobin, est sauvagement agressée dans le parc Jeanne-Mance, à deux pas de chez elle. Elle sera hospitalisée à l’Hôtel-Dieu, dans le coma pendant plusieurs semaines. Pourquoi l’a-t-on ainsi attaquée ? C’est dans l’intérêt de qui ? Jobin essaye d’y comprendre quelque chose. Différentes mafias semblent impliquées, de même que des gangs de rue qui leur sont liés. Les services secrets (SCRS) en savent peut-être un peu plus, mais ils ne se confient pas à Jobin. Une piste les conduit à un cabinet d’avocats qui jouerait un rôle dans la dissimulation d’argent dans les paradis fiscaux. Mais quel est le rapport avec Chrysanthy, qui était supposée suivre un stage dans un musée d’Ottawa ? Jobin n’y comprend toujours rien et la police de Montréal non plus : le lieutenant-détective Latendresse, obsédé par Jobin depuis toujours, continue de le prendre pour cible sans véritable raison, du moins jusqu’à l’arrivée de Pavie, ancienne garde du corps du chef mafieux Moth Monfette, tueuse professionnelle, et fille de Jobin : « On va foutre le bordel » !

Pas besoin de lire les romans précédents pour apprécier celui-ci. Pourtant, le plaisir d’une certaine familiarité n’est pas négligeable; non pas que Jobin soit si attachant : il est loin de James Bond et d’Hercule Poirot; plutôt quasi alcoolique et passablement égocentrique, encore marqué par ses années de guerre. On peut éprouver pour lui une certaine sympathie, parce qu’il est comme tout le monde. Et on retrouve avec plaisir ses amis avec qui ils festoient chaque premier vendredi du mois : le journaliste Jean-Paul Rainville, le docteur Raphaël Saint-Amant, et Théo Lambrini, le chef du resto L’Île de Beauté, avenue du Parc. Le plaisir est encore plus grand pour un Montréalais, qui reconnaît les lieux importants, les restaurants, les parcs, les rues paralysées par la neige et la douceur du printemps.

Bref, même si l’intrigue policière n’est pas négligée, on retrouve avec reconnaissance un monde familier qu’il est bon de fréquenter, peuplé de personnages qu’on a l’impression de connaître depuis longtemps.

Extrait :
─ Ce qui m’intrigue et qui intrigue les enquêteurs, c’est le motif des agresseurs. De toute évidence, les individus ne sont pas entrés dans l’appartement. Rien ne semble manquer. Ils ont pas volé son portefeuille ni les quelques papiers qu’elle avait sur elle au moment de l’agression. Ni l’argent ni les cartes de crédit. Rien. On dirait presque un geste gratuit. Deux trous de cul défoncés jusqu’à l’os qui s’en prennent à la première personne qu’ils croisent. Un hasard funeste …
Mais moi, ces hasards-là, j’y crois pas. Les enquêteurs ont pas l’air de trop y croire non plus. Selon ce que m’a dévoilé Demers. Ils ont réussi à retracer le couple qui a appelé le 9-1-1. Des gens qui promenaient leur chien. D’après leurs premières dépositions, les deux agresseurs semblaient savoir qui était la victime. Ils la suivaient, allaient directement sur elle. Et, aussitôt qu’ils ont terminé leur carnage, ils ont couru vers une camionnette grise stationnée tout près et ils ont filé. Ils avaient pas l’air saouls ni défoncés, selon ces témoins.

Le parc Jeanne-Mance, Montréal

Niveau de satisfaction :
4.3 out of 5 stars (4,3 / 5)

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