Jeux d’Ombres – André Jacques

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2025 (Druide)
Genres : Enquête, thriller
Personnage principal :
Alexandre Jobin, antiquaire, ex-major de l’armée canadienne

Depuis une vingtaine d’années, j’ai du plaisir à lire et à commenter les romans d’André Jacques. C’est un de nos grands écrivains québécois, en plus d’être un bonhomme très sympathique. Ça lui prend trois ou quatre ans pour écrire un roman, parce qu’il tient à ce qu’ils soient bien documentés, qu’il s’agisse des « paysages inquiétants  des Balkans », ou des « odeurs de Trieste ».

Chrysanthy Orowitzn, la « blonde » d’Alexandre Jobin, est sauvagement agressée dans le parc Jeanne-Mance, à deux pas de chez elle. Elle sera hospitalisée à l’Hôtel-Dieu, dans le coma pendant plusieurs semaines. Pourquoi l’a-t-on ainsi attaquée ? C’est dans l’intérêt de qui ? Jobin essaye d’y comprendre quelque chose. Différentes mafias semblent impliquées, de même que des gangs de rue qui leur sont liés. Les services secrets (SCRS) en savent peut-être un peu plus, mais ils ne se confient pas à Jobin. Une piste les conduit à un cabinet d’avocats qui jouerait un rôle dans la dissimulation d’argent dans les paradis fiscaux. Mais quel est le rapport avec Chrysanthy, qui était supposée suivre un stage dans un musée d’Ottawa ? Jobin n’y comprend toujours rien et la police de Montréal non plus : le lieutenant-détective Latendresse, obsédé par Jobin depuis toujours, continue de le prendre pour cible sans véritable raison, du moins jusqu’à l’arrivée de Pavie, ancienne garde du corps du chef mafieux Moth Monfette, tueuse professionnelle, et fille de Jobin : « On va foutre le bordel » !

Pas besoin de lire les romans précédents pour apprécier celui-ci. Pourtant, le plaisir d’une certaine familiarité n’est pas négligeable; non pas que Jobin soit si attachant : il est loin de James Bond et d’Hercule Poirot; plutôt quasi alcoolique et passablement égocentrique, encore marqué par ses années de guerre. On peut éprouver pour lui une certaine sympathie, parce qu’il est comme tout le monde. Et on retrouve avec plaisir ses amis avec qui ils festoient chaque premier vendredi du mois : le journaliste Jean-Paul Rainville, le docteur Raphaël Saint-Amant, et Théo Lambrini, le chef du resto L’Île de Beauté, avenue du Parc. Le plaisir est encore plus grand pour un Montréalais, qui reconnaît les lieux importants, les restaurants, les parcs, les rues paralysées par la neige et la douceur du printemps.

Bref, même si l’intrigue policière n’est pas négligée, on retrouve avec reconnaissance un monde familier qu’il est bon de fréquenter, peuplé de personnages qu’on a l’impression de connaître depuis longtemps.

Extrait :
─ Ce qui m’intrigue et qui intrigue les enquêteurs, c’est le motif des agresseurs. De toute évidence, les individus ne sont pas entrés dans l’appartement. Rien ne semble manquer. Ils ont pas volé son portefeuille ni les quelques papiers qu’elle avait sur elle au moment de l’agression. Ni l’argent ni les cartes de crédit. Rien. On dirait presque un geste gratuit. Deux trous de cul défoncés jusqu’à l’os qui s’en prennent à la première personne qu’ils croisent. Un hasard funeste …
Mais moi, ces hasards-là, j’y crois pas. Les enquêteurs ont pas l’air de trop y croire non plus. Selon ce que m’a dévoilé Demers. Ils ont réussi à retracer le couple qui a appelé le 9-1-1. Des gens qui promenaient leur chien. D’après leurs premières dépositions, les deux agresseurs semblaient savoir qui était la victime. Ils la suivaient, allaient directement sur elle. Et, aussitôt qu’ils ont terminé leur carnage, ils ont couru vers une camionnette grise stationnée tout près et ils ont filé. Ils avaient pas l’air saouls ni défoncés, selon ces témoins.

Le parc Jeanne-Mance, Montréal

Niveau de satisfaction :
4.3 out of 5 stars (4,3 / 5)

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