Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2024 (Presses de la Cité)
Genre : Enquête franco-britannique
Personnage principal : Hortense Lechat, détective
Frédéric Lenormand nous fait toujours sourire avec ses reprises (remakes) du Juge Ti, de Voltaire, d’Arsène Lupin, de Marie-Antoinette, tous devenus de plus ou moins brillants détectives. Aujourd’hui, il prend le risque d’un nouveau personnage, la détective Hortense Lechat, une Française d’âge moyen qui cherche à s’établir à Londres. Pour l’enquête dans laquelle elle se retrouve bien malgré elle, Hortense a choisi deux assistants, Joshua Bannockburn, un colosse aux mœurs discutables aux tendances alcooliques, et Miss Rosetta Lime, jolie et peu avare de ses charmes. C’est la fin de l’année 1920; la France et l’Angleterre se remettent tranquillement de la Grande Guerre.
La maison de chambres dénichée par Bannockburn ne plaît pas beaucoup à Hortense : son appartement est situé au sous-sol, s’avère plutôt étroit pour ses meubles de chêne et le cadavre d’une femme est étendue dans le petit jardin. Il s’agit d’une pensionnaire qui semble avoir été victime d’un suicide, même si Hortense y voit plutôt un meurtre. D’où son désaccord avec l’inspecteur Addams de Scotland Yard, qui suppose un suicide à moins qu’Hortense ne soit coupable du meurtre.
Hortense enquête donc sur les sept habitants de la maison : Lady Usher, la propriétaire, qui veut qu’on la prenne pour une aristocrate; le docteur Wilson, plutôt malade, et dont l’épouse, Bérénice, n’est jamais là où elle devrait être; Agusta Bedloe qui passe pour une sainte qui doit exorciser le mal; les frères Pym, rentiers bizarres; Julius Rodman, directeur de cabaret, peut-être impliqué dans des affaires de drogue; Jacquelyn Grimm dont on ne sait pas grand-chose et qui disparaît avec toutes ses affaires au moment où on aurait pu en apprendre davantage. Le concierge Blackwood ne paraît pas mêlé à l’affaire.
Au cours de l’enquête l’inspecteur fait preuve d’une arrogance aussi manifeste que son incompétence, alors qu’Hortense, dont le caractère (prétention et suffisance) n’est pas un cadeau, surtout quand il est observé par un Anglais, se démène d’observations en déductions pour finir par découvrir ce qui se passe dans cette maison de fous.
Lenormand joue beaucoup sur les images traditionnelles qu’on se fait des Anglais et des Français en général. On ne prend pas trop au sérieux les personnages. Hortense pourrait séduire par son intelligence et son sens de l’observation, mais elle est trop caricaturée pour être attachante pour vrai. L’intrigue me semble un peu trop tarabiscotée pour qu’on la prenne au sérieux elle aussi. C’est la première fois que Lenormand crée son propre personnage. On sait bien que c’est un polar du genre léger, mais j’ai eu l’impression qu’il s’agissait aussi d’un polar pour adolescents, pour qui Lenormand aime aussi beaucoup écrire.
Extrait :
Un raclement de gorge se fit entendre dans le dos de la Française. Le policier se tenait dans l’encadrement de la porte, visiblement irrité par ce qu’il venait d’entendre.
– J’aimerais interroger moi-même Mr Rodman, si cela ne vous dérange pas.
– Mais je vous en prie, inspecteur.
– Soyez assez bonne pour ne pas essayer de faire mon métier à ma place, je n’ai pas l’intention de vous souffler le vôtre. Au fait, dans quelle partie exercez-vous ?
– Je suis retraitée.
– Retraitée de quoi, bon Dieu ? Des Renseignements généraux ? De l’Association des enquiquineurs réunis ? Du Club des empêcheurs de tourner en rond ? …
– De la Commission de sauvegarde de la courtoisie et des bonnes matières, inspecteur. Je peux vous recommander, si vous pensez avoir le temps de vous initier à tout ça …

Londres, Cheapside, 1920
Niveau de satisfaction :
(3,5 / 5)











