Six-quatre – Hidéo Yokoyama

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2012 (Rokuyon)
Date de publication française : 2017 Liana Levy
Genres : Policier, Enquête
Personnage principal : Commissaire Yoshinobu Mikami, directeur du Service Relations avec la Presse

Dans un commissariat de province du nord de Tokyo de fortes tensions existent entre les Enquêtes criminelles et les Affaires administratives pour des questions de suprématie. Les tensions sont exacerbées par l’annonce de la venue du Directeur général de la police. Cette visite du grand chef est l’occasion de faire remonter à la surface une affaire douloureuse pour la police. Quatorze ans plus tôt, la fille d’un industriel a été kidnappée, une rançon a été demandée. Cela s’est terminée par un fiasco total : la fille a été tuée, la rançon versée et non retrouvée, l’assassin en fuite. Non de code de l’opération : Six-quatre. Le Directeur, lors de sa visite, veut rencontrer le père de la fille assassinée pour lui affirmer, devant caméras et appareils photos, que la police n’a pas abandonné l’affaire, que la traque du meurtrier continue. Une opération de communication qui précède une annonce de réorganisation. Le commissaire Yoshinobu Mikami, directeur du Service Relations avec la Presse, a fort à faire pour rétablir la paix avec les journalistes qui sont en conflit avec la police et préparer aussi la venue du grand patron. À ce contexte de discorde s’ajoute l’ambiance morose qui règne dans son foyer depuis la mystérieuse disparition de sa fille. Un nouvel enlèvement survient la veille de la venue du patron de la police. Un remake du Six-quatre ? Tous les plans sont bouleversés.

Dans ce gros pavé de 615 pages, on trouve une première partie qui pose le contexte. Dans cette partie, l’auteur décrit avec précision les antagonismes qui existent dans la police entre les hommes de terrain, ceux qui mènent les enquêtes et les administratifs, ceux des bureaux. Entre la police et les journalistes, ce n’est pas mieux. Les journalistes exigent la transparence des actions policières alors que la police souhaite préserver l’anonymat des victimes et ne veut pas divulguer ce qui pourrait contrarier les enquêtes. Il faut un peu s’accrocher dans cette partie qui est lente et où l’auteur décrit méticuleusement les frictions internes de la police et les relations houleuses avec la presse. Le cadre étant fixé, tout s’accélère dans une deuxième partie très enlevée, haletante, où l’on assiste en temps réel à la remise de la rançon et à la traque du ravisseur. Et quelle surprise au bout de tout ça ! L’auteur nous a concocté une intrigue astucieuse, très bien ficelée qui non seulement nous captive mais aussi nous surprend.

Mais ce n’est pas la seule qualité de ce roman. Il y a aussi la force des personnages. Le personnage central, le commissaire Mikami est un homme intègre, courageux, zélé parfois, mais dont la position est inconfortable. Ancien de la PJ, il est maintenant au service Relations avec la presse. Un poste exposé aux critiques des siens et des journalistes à la fois : entre le marteau et l’enclume en quelque sorte. Il se débat avec beaucoup de persévérance pour aplanir les conflits et faire que tout se passe pour le mieux. Ce n’est pas facile. D’autant plus que chez lui ce n’est pas la joie : sa fille a brutalement disparue et depuis on n’a plus de nouvelles d’elle. En dehors de ce personnage principal, il y a une multitude de personnages secondaires, toujours crédibles, mais qu’il n’est pas évident de fixer du fait de leur nombre et des noms japonais qui nous sont peu familiers.

Le côté psychologique et humain est aussi remarquable. Les luttes pour le pouvoir, les rivalités, les conflits et les batailles d’ego sont au premier plan. D’autre part les souffrances de ceux qui ont perdu un enfant sont parfaitement rendues avec l’espoir qui persiste ou s’amenuise. L’importance que joue le physique aussi : la beauté ou la laideur et ce que ça implique sur les comportements.

Les rôles de la police et de la presse dans la société sont aussi abordés avec beaucoup de subtilité.

Enfin il y a aussi un petit parfum exotique dans ce livre où l’on peut remarquer des différences de codes de société entre les japonais et nous : les salutations respectueuses, les révérences, les repas, l’encens que l’on brûle …

Six-quatre est un roman complexe et abouti. Il aborde avec bonheur plusieurs thèmes. Un excellent livre qui sort des sentiers battus.

Extrait :
Il avait rompu le fil du pantin Mikami, affronté l’extérieur de son propre chef et accompli son devoir sans transiger avec sa conscience. Il avait utilisé sa journée entière pour « aujourd’hui », non pour « demain » ; s’était dépouillé de sa livrée de flic, de sa peau, de son être de flic, entièrement. Exilé, il avait pourtant pris conscience du fait qu’il vivait désormais ici. Il lui fallait fixer la réalité s’il voulait comprendre ce qui allait se présenter. La direction de la PJ allait être piratée. Il sentait la rage au fond de lui. Seulement, il devait empêcher ses émotions de biaiser les faits, éviter de s’abandonner à la colère et à la vengeance.

Niveau de satisfaction : 
(4,5 / 5)

 

 

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2 réponses à Six-quatre – Hidéo Yokoyama

  1. lewerentz dit :

    Oh, je suis tentée ! Seul obstacle à passer au préalable : je n’aime pas les pavés :-S

    • Ray dit :

      Plus de 600 pages c’est quand même un beau pavé. C’est la première partie qui est la plus dure à avaler, la suite se lit beaucoup plus facilement. C’est un beau roman qui mérite la persévérance qu’il faut pour le lire.

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