Vérité – Hervé Gagnon

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2018 (Hugo Roman)
Genres : aventure, ésotérique
Personnage principal : Roland Sentenac, damné

J’aime bien les romans policiers d’Hervé Gagnon 1.

Le roman Vérité a peu à voir avec les romans de Gagnon qui mettent en scène le journaliste Joseph Laflamme ou l’enquêteur Patrick Kelly. En fait, c’est une sorte de suite à la série Damné, publiée de 2012 à 2014 2. Cette série racontait les exploits du cathare Gondemar de Rossal au cours de ses nombreuses batailles contre les Croisés. Hérité du titre de Cancellarius Maximus de Norbert de Craon, devenu chef du Praetorium et ainsi chargé de protéger la Vérité, c’est à cette tâche que Gondemar avait consacré sa vie. En juin 1279, il s’éteint et le jeune Bernon de Saint-Agnan lui succède, devient chef des Praetores, et s’engage à son tour à protéger la Vérité. Dans le plus grand secret, cependant, Odon, l’ami de Gondemar, se livre à une étonnante manœuvre, une sorte de trahison de Gondemar et des Praetores.

En mars 1939, la guerre est sur le point d’éclater. Les historiens et les archéologues du Reich mettent le SS-Reichführer Himmler sur la piste d’un document secret qui, s’il était dévoilé, suffirait à détruire la religion chrétienne et à faciliter la restauration de la mythique civilisation aryenne. De son côté, l’abbé Clementelli, archiviste adjoint des documents secrets du Vatican, découvre la Vérité, subit une crise de foi (sic), méprise Pie XII, et pourrait bien collaborer avec les plus offrants. Il est bientôt pourchassé par l’Église et approché par les hommes d’Himmler. Pendant ce temps, dans le sud de la France, le scélérat Roland Sentenac est chargé, bien malgré lui, au cours d’un voyage parmi les morts, de protéger la Vérité, même s’il n’a aucune idée de ce dont il s’agit. Il semblerait, enfin, qu’un autre groupe secret s’efforce de découvrir les précieux documents, mais tellement secret qu’il est difficile d’en dire davantage.

Le procédé, qui consiste à mener une course à obstacles entre plusieurs groupes qui ont la même cible mais des intérêts différents et même opposés, est efficace, car il promet beaucoup d’action et engendre des situations pour le moins ambigües. On retrouve ce mode analogue de composition dans Joseph et dans Benjamin. On entre en contact avec bon nombre de personnages, mais les principaux ressortent clairement de l’ensemble. On a droit aussi à des digressions intéressantes sur des célébrités comme le pape Pie XII et l’écrivain allemand Otto Rahn (historien spécialiste des Croisades et inspirateur des aventures d’Indiana Jones). J’ai bien apprécié également l’interprétation du Parsifal de Wagner, dont la musique en général (particulièrement La Chevauchée des Walkyries) est consubstantielle au triomphe et à l’hégémonie de la civilisation aryenne.

C’est certain que ce genre de récit permet à Gagnon de donner sa pleine mesure d’historien et d’homme cultivé. Le récit acquiert ainsi plus d’ampleur et, même si l’auteur affirme avoir conservé le rythme du polar, on se rapproche davantage des aventures tournées par Spielberg, avec une pointe d’ésotérisme non négligeable. Du point de vue de ceux qui n’intègrent pas l’irrationnel dans leur définition du polar, il ne s’agit pas d’un polar à proprement parler, même si la lecture reste agréable.

1 J’ai rendu compte de Jack, Jeremiah, Maria, Benjamin, Joseph et Chemin de croix.

2 La lecture de cette série n’est pas nécessaire pour aborder Vérité.

Extrait :
Pour une rarissime fois, le SS-Reichführer Heinrich Himmler, qui était en représentation quasi-perpétuelle, se laissa aller. Il s’autorisait rarement une telle chose, mais Wagner avait sur sa personne un effet unique. Confortablement assis dans son fauteuil, les coudes appuyés sur les accotoirs, les mains jointes en triangle devant son visage sévère, les yeux fermés, ses lunettes déposées sur le bureau, il se laissait emporter par Parsifal. L’œuvre était d’une rare force; elle avait quelque chose d’apocalyptique. La puissance et l’harmonie des chœurs, si chers au compositeur national, lui donnait l’impression de vibrer tout entier et de s’élever au-dessus de la vile condition humaine. Les sons semblaient tournoyer dans son bureau et le remplir tout entier. Le ruban magnétique était une remarquable innovation, songea-t-il. Une autre réalisation qui devait être attribuée au génie du Reich.
Pour tout Allemand digne de ce nom Parsifal était bien plus qu’un opéra. Quand on le comprenait vraiment, quand on en avait décodé les images et les références, on y découvrait un véritable condensé de l’identité germanique. Il était la lumière dans sa quête d’absolu; une carte du trajet à suivre pour retrouver sa grandeur et sa légitimité.

le Graal

Niveau de satisfaction : 
(4 / 5)

 

 

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