Les chiens de chasse – Jorn Lier Horst

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2012 (Jakthundene)
Date de publication française : 2018 (Gallimard)
Genres : Enquête, Thriller
Personnage principal : Inspecteur William Wisting

 C’est le huitième roman de Horst qui met en scène William Wisting, le deuxième seulement à être traduit en français mais, étant donné les prix que ce roman a raflés, les autres devraient suivre. On le compare déjà à Mankell, ce qui est peut-être un peu prématuré, mais c’est certain que le roman est prenant, que les personnages principaux, Wisting et sa fille Line, journaliste en affaires criminelles, sont sympathiques et efficaces, et que le suspense est bien entretenu : plusieurs problèmes apparaissent en même temps, dont deux intrigues principales qui devraient bien se recouper quelque part.

Il y a 17 ans, la jeune Cecilia Linde a été enlevée et retrouvée morte, assassinée. C’est Wisting qui était alors responsable de l’enquête. Après quelques semaines d’interrogatoires et d’analyses d’indices, on arrête, juge et condamne Rudolf Haglund à 17 ans de prison pour meurtre.

Haglund est aujourd’hui libéré et son nouvel avocat, Sigur Henden, de bonne réputation, vient de déposer une demande à la Commission de révision. Selon lui, des preuves auraient été fabriquées et un témoin n’aurait pas pu se faire entendre, alors qu’il aurait pu fournir un alibi à Haglund. Les journaux s’emparent de l’affaire, la population s’émeut, le chef de police capote et suspend Wisting.

De son côté, Line, la fille de Wisting, travaille comme journaliste pour le quotidien populaire VG. Elle accepte de couvrir un meurtre qui vient juste d’être commis, espérant faire la Une au lieu de la nouvelle de la suspension de son père. En se rendant au domicile de la victime, elle tombe malencontreusement sur un individu qui l’agresse et s’enfuit.

Devant les arguments de l’avocat Henden, Wisting reprend les démarches de l’enquête en assumant, comme hypothèse, que les policiers ont peut-être agi comme des chiens de chasse qui, convaincus de la culpabilité d’un suspect, ne retiennent que les indices qui l’accusent et oublient ceux qui plaideraient plutôt en sa faveur.

Puis, une autre jeune fille est aujourd’hui portée disparue, Linnea Kaupang. Par ailleurs, la victime sur qui enquête Line est justement le témoin qui n’avait pas pu communiquer à qui de droit l’information qui aurait pu servir d’alibi à Haglund. Or, même si Wisting trouve probable que des preuves contre Haglund aient été fabriquées, le fait qu’une jeune fille soit disparue et qu’une connaissance de Haglund, Jonas Ravneberg, soit assassinée quelque temps après sa libération, contribuent à ancrer Wisting dans la conviction que Haglund est l’auteur du meurtre de Cecilia et même d’Ellen Robekk, la nièce de son ami policier, assassinée l’année précédant celui de Cecilia.

Pas facile pour un policier suspendu, que le chef de police et la Commission de révision semblent considérer comme l’auteur des fausses preuves (« fake proofs », comme dirait l’autre), de régler tous ces problèmes, même s’il reçoit l’aide de ses collègues, actifs et retraités, et des collaborateurs de Line. Mais Wisting a pour lui la persévérance, le respect de ses hommes et l’acharnement de sa fille.

C’est un roman difficile à lâcher, qui ferait un très bon film. Horst est visuel et olfactif : les paysages finlandais sous la pluie, les vagues de la mer, les bâtiments de ville ou de ferme (et leurs odeurs), et surtout les scènes d’action (je pense à la scène de poursuite automobile où le téléphone intelligent devient un outil indispensable). Le lecteur est jeté dans l’action sans répit. Les personnages principaux sont sympathiques : Wisting n’est pas un héros mais est loin de s’apitoyer sur son sort; Line prend souvent des décisions risquées, mais elle apprend vite. Ancien inspecteur de police lui-même, Horst insiste sur la solidarité et l’amitié entre ses personnages. Les intrigues sont composées avec intelligence : on avance morceau par morceau, et de nombreux rebondissements stimulent notre intérêt.

Imagination et intelligence, deux ingrédients qui permettent de créer de petits chefs-d’œuvre.

Extrait :
Soudain, Line entendit un cri. Long et inquiétant.
Elle resta interdite, bouche bée. Cela venait de loin, quelque part derrière elle. Puis elle l’entendit de nouveau, plus proche cette fois, et elle leva la tête pour voir d’ou il pouvait venir. Un grand oiseau noir survola la colline boisée derrière elle. Il battit des ailes et cria encore une fois.
Quand elle se retourna, il était là.
Rudolf Haglund se tenait devant sa voiture et la scrutait de ses petits yeux plissés, sans ciller. La pluie ruisselait sur son visage, gouttant de son nez et de son menton.
Elle eut un mouvement de recul, voulut dire quelque chose mais aucun son ne sortit de ses lèvres.
– Je sais qui vous êtes, dit-il d’une voix chuintante, presque noyée sous la pluie.
Elle hocha simplement la tête, comme pour lui dire qu’elle aussi savait qui il était. Il inclina la tête sans détacher d’elle ses yeux qui la transperçaient comme des aiguilles… La sensation d’un danger imminent affola son cœur.
– Qu’est-ce que vous voulez ? demanda-t-il. Pourquoi vous me suivez ?
Quel regard, pensa-t-elle. Il est si perçant qu’on a presque mal quand il est posé sur vous. Ses yeux froids enregistraient tout. Aspiraient le moindre détail, comme sur l’avenue Karl Johan (…)
– Est-ce qu’on peut parler ?
– De quoi donc ?
– De Jonas Ravneberg.
Haglund ouvrit la bouche… et la referma. Puis son regard glissa sur elle, sur ses seins, et s’arrêta sur ses hanches. Enfin il promena son regard sur la forêt alentour.
-Tenez-vous loin de moi, dit-il en reprenant sa descente. Vous devriez vous tenir loin de moi.
Line le regarda s’éloigner. Elle avait perçu ses paroles comme un avertissement, non comme une menace.

Niveau de satisfaction :
(4,4 / 5)

 

 

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