Les Traîtres du camp 133 – Wayne Arthurson

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2016 (The Traitors of Camp 133)
Date de publication française : 2018 (Alire)
Genres : Enquête, historique, thriller
Personnage principal : Sergent Neumann

Juin 1944 : à Lethbridge en Alberta, au milieu des Prairies, plus de 12 000 prisonniers allemands vivent dans un camp de prisonniers. La plupart des opérations administratives et logistiques sont supervisées par les Allemands eux-mêmes. Une poignée de militaires canadiens et de Veterans Guards dirigent le camp. Rien ne favorise les contacts entre les Canadiens et les Allemands. Plusieurs clôtures de barbelés entourent le camp et, du haut de leurs guérites, les Veterans Guards (la plupart avaient participé à la Première guerre mondiale) ont ordre de tirer sur tout prisonnier qui tenterait de s’évader (d’où le grand cercle rouge sur le dos de leur chemise). Le logement est minimal mais la nourriture satisfait les prisonniers; ils bénéficient aussi de rations de cigarettes. D’un côté comme de l’autre, l’agressivité est contenue. Ce qui n’est pas toujours le cas entre les prisonniers eux-mêmes qui appartiennent à des groupes différents : quelques SS, les sous-mariniers de la Kriegsmarine du capitaine Koenig, les légionnaires du colonel Ehrhoff, la Wehrmacht du général Horcoff à laquelle appartiennent le sergent Neumann, chef de la Sécurité civile, et son adjoint le caporal Aachen.

Un beau matin, au cours de leur ronde, Neumann et Aachen tombent sur le cadavre du capitaine Mueller, pendu dans une petite salle de classe. Peut-être un suicide, mais probablement un meurtre. Mueller avait la réputation d’être un bon soldat; au camp, il enseignait les mathématiques aux jeunes soldats; mais la rumeur courait qu’il était communiste. Ce pourrait être la raison de son assassinat.

L’enquête n’est pas facile. Neumann a beau être une sorte de chef de police, il a affaire à des chefs de groupe qui lui sont militairement supérieurs, et qui protègent leurs hommes avec férocité. Par ailleurs, pour ne pas être soupçonné de collaboration avec l’ennemi, Neumann refuse de divulguer des informations aux chefs de camp canadiens, ce qui lui vaut une mise en cellule de quelques jours, pendant laquelle le caporal Aachen est durement agressé dans les douches. De retour sur le terrain, Neumann croit connaître l’auteur du meurtre et son motif; l’affrontement final lui coûtera presque la vie.

Plusieurs ignorent qu’il y a eu des camps de prisonniers de guerre au Canada. Voir ça de plus près ne manque pas d’intérêt. Arthurson a fait de sérieuses recherches; il a été informé, entre autre, par son père (un Cree d’Alberta qui a épousé une canadienne française) qui a été membre des Forces armées canadiennes pendant plus de 28 ans. Sa reconstitution historique illustre bien la vie quotidienne des prisonniers dans un tel camp et les relations entretenues entre Canadiens et Allemands, au moment où le débarquement vient d’avoir lieu et où les armées d’Hitler commencent à reculer. Le point de vue de l’auteur ne sombre pas pour autant dans la mystique du western : les prisonniers sont d’abord vus comme des hommes. L’opposition réside plutôt entre ceux qui ont le sens de l’honneur et ceux qui ne l’ont pas

L’enquête de Neumann est le fil conducteur qui nous permet de connaître ce moment historique. L’aspect policier proprement dit est peu développé et Neumann est bien chanceux de s’être souvenu d’une phrase prononcée antérieurement par un personnage. L’affrontement final est bien mené, mais là n’est pas le plus important pour Arthurson (même si une autre enquête de Neumann suivra bientôt). L’auteur aime bien l’histoire; l’enquête policière est une façon stimulante de nous y introduire.

 Extrait :
Presque chaque prisonnier vint assister à la procession funèbre. Ils s’étaient mis en rang le long du chemin depuis le Rhine Hall, où les funérailles se tenaient, jusqu’au portail principal, tous vêtus de leur uniforme de cérémonie : qu’ils aient été de la Wehrmach, de la SS, de la Kriegsmarine, de la Luftwaffe ou de la Légion étrangère n’avait aucune importance. Le camp entier se tenait côte à côte et regarda le cercueil recouvert du drapeau, lorsqu’il fut emporté sur un chariot tiré par un cheval emprunté à un fermier local.
Une garde d’honneur formée par des prisonniers, incluant le sergent Neumann, marchait devant le chariot. Les Veterans Guards avaient même formé leur propre garde d’honneur devant les Allemands : une cornemuse joua Amazing Grace et une version du O Esca Viatorum, ainsi que de la Marche funèbre de Beethoven. Bien qu’il fût étrange d’entendre de la musique allemande jouée sur un instrument aussi peu germanique qu’une cornemuse, c’était un geste plein d’attention de la part des Canadiens.

Lethbridge, Alberta, 1944

Niveau de satisfaction :
(4,1 / 5)

 

 

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