Serena – Ron Rash

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2008
Date de publication française : 2011 (Éditions du Masque)
Genre : Roman noir
Personnages principaux : Serena, femme forte – son mari George Pemberton riche exploitant forestier

Serena est une jeune femme qui sait ce qu’elle veut. Quand elle rencontre à Boston, le puissant exploitant forestier Pemberton, elle décide que cet homme est pour elle. Quelques jours plus tard ils sont mariés et ils rejoignent les Smoky Mountains en Caroline du Nord où Pemberton possède plusieurs hectares de forêt qu’il exploite en coupant et vendant le bois. Serena n’est pas l’épouse au foyer qui attend le retour du mari à la fin de la journée : elle connaît l’exploitation forestière mieux que personne et elle en remontre aux plus expérimentés des ouvriers du bois. Elle ne tarde pas à co-diriger avec son mari les équipes d’ouvriers. Elle impose le respect à tout le monde. Le respect et aussi la crainte. Les ouvriers croient qu’elle possède certains pouvoirs car elle est capable d’apprivoiser et de dresser un grand aigle qu’elle transporte sur son bras quand elle chevauche. Il n’est pas bon de s’opposer à elle car elle ne connaît ni le pardon ni la pitié. Ainsi certains qui l’ont contrarié ont simplement perdu la vie, exécutés par son homme de main, Galloway, qui lui est totalement dévoué depuis qu’elle lui a sauvé la vie quand il a eu la main tranchée dans un accident de travail. Ce n’est pas seulement ceux qui s’opposent à elle qui doivent la redouter : la jeune Rachel et son fils doivent aussi disparaître car cette fille a eu une liaison avec son mari, avant que celui-ci ne fasse sa connaissance. Elle lui a donné un fils, non reconnu, alors que Serena n’a pas pu y arriver. C’est une raison suffisante pour commanditer sa mort.

Serena est ambitieuse, dure, sans scrupule et très déterminée. Elle a horreur de la faiblesse et la décevoir peut coûter très cher ! Certains paieront le prix fort pour l’avoir ignoré ! A cette époque (1930), après le crack boursier, le travail est rare et les ouvriers se pressent pour se faire embaucher, malgré la dangerosité et la rudesse de la coupe du bois. Serena représente le capitalisme le plus dur et le plus cynique : peu importe les gens et l’environnement pourvu que les bénéfices soient substantiels. Après avoir ravagé le paysage des Smoky Mountains elle envisage d’aller au Brésil où il y a encore plus d’arbres à abattre et d’argent à gagner.

L’auteur prend le temps d’installer les personnages et les décors avant que l’action ne s’accélère au moment où l’héroïne montre toute l’étendue de sa sauvagerie. C’est bien écrit et la nature y tient une place importante, même si, ici, elle est bafouée par l’avidité des hommes (et des femmes). Après l’excellent premier livre Un pied au paradis, Ron Rash récidive en nous livrant un roman tout aussi bon.

Ma note : (4,5 / 5) 

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4 réponses à Serena – Ron Rash

  1. Alors celui ci je ne l'ai pas encore lu, mais on m'a dit qu'il était encore meilleur que le premier, " Un pied au paradis". Pour information, le prochain Ron Rash sort fin Aout, et s'appellera " Le monde à l'endroit", chez Seuil. Amitiés

    • Ray dit :

      Bonjour,
      Dans Un pied au paradis j'ai admiré la façon dont Ron Rash a monté son histoire : une suite d'évènements dont la combinaison amène fatalement à la tragédie, avec des gens ordinaires, ni bons ni méchants, qui accomplissent simplement leur destinée. Dans Serena c'est différent. C'est le portrait d'une femme redoutable, ambitieuse et cynique qui ne recule devant rien. Elle symbolise le capitaliste le plus dur. Les deux bouquins sont excellents. Je lirai Le monde à l'endroit et ça m'étonnerait que je sois déçu.
      Amicalement.

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  3. Athalie dit :

    La violence du monde résonne en ce livre, effectivement, incarné en ces deux personnages "sauvages" que sont Séréna et Pemberton (parce que il n'est pas tout blanc non plus celui-là …). Si j'ai aimé le propos, et adhéré à l'écriture, je reste quand même un peu en deça de mon plaisir à lire "Un pied au paradis", mais comme toi, je compte bien lire "Le monde à l'endroit", "Séréna" n'est qu'une petite déception de lectrice qui aime (peut-être un peu trop) le romanesque "fleur bleue" (j'ai tremblé pour Rachelle…)

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