Un pied au paradis – Ron Rash

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2002 (One Foot in Eden)
Date de publication française : 2009 (Éditions Jean-Claude Lattès) et 2011 (Le livre de Poche)
Genre : Roman noir
Personnages principaux : La famille Holcombe, Le shérif Alexander du comté d’Oconee

Le shérif Alexander officie dans le comté rural d’Oconee dans les Appalaches. Dans ce début des années 1950, la sécheresse sévit et beaucoup de paysans vont avoir des difficultés pour survivre. Une autre menace pèse sur la région : après pas assez d’eau, ce sera trop d’eau car la compagnie d’électricité Carolina Power va noyer la vallée dans un immense lac artificiel qui lui servira de retenue d’eau pour produire l’électricité. C’est dans ce contexte que Holland Winchester, un combattant de la guerre de Corée, qui aime l’alcool et la bagarre, disparaît. Sa mère est persuadée que c’est son voisin, Billy Holcombe, qui l’a abattu parce qu’il rodait autour de sa femme. Le shérif Alexander enquête et recherche le cadavre aux alentours de la ferme de Billy. Il ne le trouve pas.

Amy Holcombe est l’épouse de Billy, le voisin soupçonné de meurtre. Son problème est de ne pas avoir d’enfant. Ce n’est pas elle qui ne peut pas mais son mari qui est stérile. En désespoir de cause, elle va rendre visite à une vieille femme qui vit seule dans la montagne et qui a la réputation d’être une sorcière. Malgré les potions et les pratiques recommandées par la sorcière, Amy ne tombe toujours pas enceinte. Nouvelle consultation chez la vieille femme. Cette fois, celle-ci lui conseille un moyen plus simple et plus efficace que les sortilèges : changer d’homme. Malgré ses réticences, Amy finit par admettre que c’est le seul moyen. Elle s’arrange pour se faire remarquer par Holland Winchester. Celui-ci ne restera pas insensible à ses charmes et finalement Amy atteint son objectif : elle est enceinte.

Billy, le mari d’Amy, donne ensuite sa vision des mêmes évènements et assure la progression du récit. Le prolongement de l’histoire, plusieurs années plus tard, est raconté par le fils. Enfin la conclusion est faite par l’adjoint au shérif. Le fait que l’histoire soit racontée par cinq personnages différents ne nuit pas à l’unité et à la cohérence du récit.

Ron Rash, un écrivain dont le nom roule comme un torrent de cailloux (C. Nougaro), nous livre un roman accompli. La description du monde paysan est très bien rendue. L’écriture est adaptée aux personnages qui racontent : plus fluide quand c’est le shérif, plus frustre quand c’est les paysans (la traductrice a dû s’amuser pour rendre en français le langage péquenot des paysan du comté d’Oconee). Au passage l’auteur en profite pour montrer comment toute une région est menacée et ses habitants chassés par une grande compagnie capitaliste qui s’est approprié leurs terres. Le ton est un peu nostalgique. Le tout installe une ambiance bien particulière qui reflète bien la simplicité et la dureté du monde rural.

Ron Rash nous démontre ici que pour rendre une histoire captivante, il n’y a pas besoin d’accumuler les cadavres ni de perpétrer une multitude de crimes sanglants. Une seule disparition suffit, puis les évènements s’enchaînent de façon inexorable jusqu’au drame. Pas de méchants d’un côté et de bons de l’autre non plus. Les personnages ont un mélange de courage, de détermination et de fatalisme. Leurs actions répondent à la logique, ils font ce qui doit être fait, comme le dit Billy le mari, mais au lieu d’améliorer la situation, leurs actes se combinent de façon pathétique pour les entraîner vers la tragédie.

C’est un beau roman que je recommande sans réserve.

Ma note :  (4,5 / 5)
Coup de cœur

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5 réponses à Un pied au paradis – Ron Rash

  1. Je vous encourage incontestablement à développer votre travail, c’est du bon boulot.

  2. Athalie dit :

    Bonjour,
    J'avais beaucoup aimé ce roman râpeux comme la poussière … très rural et minéral, et l'expression du personnage que vous reprenez, pourrait être appliquée à l'ensemble du roman, me semble-t-il, une histoire qui est racontée " comme elle devait être racontée", comme un roman "qui roule comme un torrent de cailloux" aussi …

    • Ray dit :

      D'accord avec vous. C'est étonnant comme Ron Rash, avec une grande économie de moyens arrive à créer une ambiance minérale, selon votre formule, et monter une tragédie avec des gens ordinaires qui accomplissent simplement ce qu'ils estiment avoir à faire.

  3. voilà le genre de roman que j'apprécie ! Rien de spectaculaire, pas de rebondissements à toutes las pages, juste une atmosphère qui peu à peu se fait de plus en plus pesante et imprègne le lecteur. Comme le dis fort bien Athalie dans son commentaire, c'est " rapeux comme la poussière" ! Un très beau roman que j'ai eu beaucoup de plaisir à lire !

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