Dernière Limite – Rick Mofina

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2015 (Full Tilt)
Date de publication française : 2019 (Alire)
Traduction :
Pascal Raud
Genre :
Thriller
Personnage principal :
Kate Page, journaliste

La série Kate Page comprend 4 volumes. J’ai déjà commenté le troisième et le quatrième. Celui-ci est le deuxième. Chacun a une certaine autonomie mais, comme la journaliste de Newslead Kate Page évolue de façon marquée, aussi bien les lire dans l’ordre.

Kate est vraiment au centre de ce roman. Elle vit à Manhattan avec sa petite fille, Grace, et travaille à Newslead, un important quotidien de New York. Elle a la réputation d’être un véritable pitbull. Pourtant, les recherches qu’elle poursuit depuis 20 ans pour retrouver sa jeune sœur n’ont donné aucun résultat. Avec ses parents adoptifs et sa sœur Vanessa, elles ont subi un grave accident dans les Rocheuses : la voiture s’est abîmée dans une rivière et Kate n’a pas pu retenir la main de Vanessa qui est alors disparue dans les eaux tumultueuses. On n’a jamais retrouvé son corps. Rongée par la culpabilité, Kate la recherche de façon obsessive.

C’est pourquoi lorsque Ed Brennan, un policier dans une petite ville du nord de l’État de New York, la prévient qu’on a retrouvé le corps carbonisé d’une femme qui portait un pendentif semblable à celui que Kate avait remis aux forces policières et que Vanessa et elle portaient, la journaliste fonce vers Rampart en espérant participer à l’enquête. Ce n’était pas sa sœur. On découvre d’autres victimes de ce tueur en série cruel et inassouvissable. Toutes les polices américaines le recherchent. Et Vanessa ne fait toujours pas partie des victimes. Cependant, en enquêtant de son côté, Kate semble trouver un lien entre l’homme recherché et sa sœur.

Comme d’habitude chez Mofina, il est impossible de lâcher les cinquante dernières pages. L’auteur aime torturer son lecteur mais, dirait-il, c’est pour son bien ! Parce qu’on se doute bien que les bons finiront par gagner. C’est un roman fort divertissant mais, cette fois-ci, j’ai été indisposé par quelques irritants : le roman  est minutieusement documenté, mais c’en est trop. Trop de forces policières sont sollicitées et les détails techniques ralentissent l’action : on s’y perd. Le rythme en souffre un peu. Puis, plus personnellement, j’ai trouvé Kate insupportable. Férocement rongée par la culpabilité (avoir été dans l’incapacité de retenir la main de sa sœur alors qu’elles étaient en train de se noyer dans des eaux impitoyables !), elle fonce tête baissée où le vent la pousse et oublie souvent qu’elle est vraiment responsable de sa fille (en principe !) et de sa propre vie. Difficile de s’attacher à une histoire (on y parvient quand même) quand le personnage principal est si obsédé par la culpabilité (une culpabilité d’ailleurs mal placée) qu’elle est incapable de cultiver une relation amicale avec qui que ce soit. Dans les romans suivants de la série, ça s’améliore. Son ambition d’être la meilleure journaliste prend toute la place. Mais elle est encore incapable d’avoir le sens de l’humour.

Extrait :
Sur un écran allumé, du texte se mit à défiler lentement
J’espère que tu es à ton aise. Le monde te regarde en ce moment, des milliers de personnes, alors que les secondes s’écoulent. Bientôt, ce sera des millions de personnes, car il s’agit d’une mort retransmise à l’échelle planétaire, et les spectateurs vont être fascinés. Surtout parce que j’ai installé des compteurs pour surveiller tes signes vitaux, le niveau d’oxygène restant, et le compte à rebours, qui est calibré selon mes calculs précis du temps qu’il te reste à vivre (…) Rappelle-toi : plus tu paniques, te débats ou bats des ailes en t’agitant, plus tu épuises ton oxygène. Tu te trouves six pieds sous terre. Le cercueil est en acier, mais c’est de l’acier de basse qualité et il est possible qu’il soit vaincu par le poids de la terre au-dessus de ta tête. Il est vain de lutter contre lui. Personne ne peut t’entendre, et personne ne te retrouvera jamais. J’espère que tu me pardonneras, parce que je voulais te garder avec moi dans ma nouvelle base d’opération, pour faire partie de ma nouvelle collection. Ce sera magnifique. Mais tu as interféré et tu m’as trahi, et tu dois subir la punition. Tu vas terriblement me manquer. De tous mes spécimens, tu étais ma préférée. Adieu.

Niveau de satisfaction :
3.9 out of 5 stars (3,9 / 5)

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