Nos cœurs disparus – Celeste Ng

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2022 (Our Missing Hearts)
Date de publication française : 2023 – Sonatine
Traduction (américain) :
Julie Sibony
Genres :
Dystopie, Science-fiction
Personnages principaux :
Margaret Miu, poétesse sino-américaine – Bird, son fils de 12 ans

Il y eut la Crise. Les gens perdaient leurs emplois, les magasins fermaient, les locataires ne pouvaient plus payer leur loyer, les expulsions étaient quotidiennes. Il y eut des manifestations, des grèves, des marches pacifiques, des marches de contestation, des vitrines brisées, des magasins pillés ou incendiés, des saccages, des policiers armés en tenue de combat dans les rues. Les raisons de la Crise n’étaient pas très claires, mais au bout de quelque temps le bouc émissaire désigné fut la Chine. Le PACT (Preserving American Culture and Traditions Act), la loi sur la sauvegarde de la culture et des traditions américaines met fin à la Crise. Les citoyens sont alors tenus de faire la preuve de leur attachement à la Nation, des lois liberticides entrent en vigueur, les livres jugés séditieux sont retirés des bibliothèques et détruits, toute personne d’origine étrangère est soupçonnée d’être un ennemi du pays. Dans ce contexte, Margaret Miu, poétesse, fille d’immigrés chinois et mère d’un garçon de douze ans, doit disparaître pour protéger sa famille. Cependant son fils Bird n’accepte pas sa disparition, il décide de la retrouver malgré le danger.

La Crise a épuisé les gens, pour en sortir ils sont prêts à accepter des privations de liberté. Le PACT, au début, a été massivement soutenu. Il offrait une sortie de crise et il désignait les responsables : les pays étrangers, particulièrement la Chine. Puis ce régime est devenu oppressant, il a installé la crainte et la peur. Toute contestation du PACT est durement réprimée. Il est interdit de le critiquer et même d’en parler sous peine d’être désigné comme ennemi du pays et emprisonné. Les autorités ont trouvé un moyen efficace pour contrôler la population : les enlèvements d’enfants. Toute famille jugée déviante ou faisant l’objet d’un signalement, d’une dénonciation, ou simplement d’origine étrangère, voit ses enfants lui être retirés pour être placés dans d’autres familles plus exemplaires. Les enlèvements se multiplient dans tout le pays, les gens vivent dans l’angoisse de perdre leurs enfants.

Margaret Miu est une mère de famille tranquille qui écrit des poèmes. Sans qu’elle le veuille, une phrase d’un de ses poèmes devient le symbole de la contestation : Tous nos cœurs disparus est le slogan utilisé pour manifester contre le PACT et les enlèvements d’enfants. Il apparaît sur des tracts, des affiches, peint sur les murs ou les routes. C’est ainsi que Margaret devient l’ennemie jurée des autorités et circonstance aggravante : elle a les traits d’une Chinoise. Elle doit fuir et quitter sa famille. Devenue un paria, elle prend conscience de l’importance des enlèvements. Elle part à la recherche des familles auxquelles on a retiré les enfants pour en témoigner plus tard de façon originale et spectaculaire qui touchera le cœur des gens.

Nos cœurs disparus est une dystopie, pas totalement sombre, se déroulant aux États-Unis dans un futur proche. L’autrice fait une analyse lucide et implacable de la façon dont un pays démocratique bascule dans un régime autoritaire et xénophobe qui n’a aucun scrupule à utiliser un moyen particulièrement odieux pour contrôler la population. Ce qui n’empêche pas des actes de résistances imaginatifs et astucieux de se multiplier.
Roman profond, consistant et passionnant.

Extrait :
Marie, ça la bouleversait, poursuivit Mme Adelman. Ces enfants enlevés pour faire taire leurs parents, sans même qu’on en parle dans les journaux. Et tout le monde qui se taisait, en faisant comme si ça n’existait pas, en disant qu’ils l’avaient bien cherché. Toutes ces familles séparées.

Aux infos, ils ne montraient que les cas les plus criants, ceux où la réponse paraissait évidente, sans ambiguïté. Mais il y en a eu beaucoup d’autres.
Combien ? demanda Margaret.
Trop. Et pas seulement des protestataires. Toute personne opposée au PACT. De plus en plus chaque jour.

Niveau de satisfaction :
4.5 out of 5 stars (4,5 / 5)

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