Des nœuds d’acier – Sandrine Collette

Par Raymond Pédoussaut

desnoeudsdacierDate de publication originale : 2013 (Éditions Denoël) Sandrine-Collette
Genres : Roman noir, huis clos
Personnages principaux : Théo ex-détenu qui vient d’être libéré, Joshua et Basile vieux paysans

Théo vient de purger 19 mois de prison parce qu’il a rendu son frère tétraplégique. Celui-ci avait couché avec sa femme, l’amour de sa vie, alors Théo l’a salement tabassé. Libéré, la première chose qu’il fait c’est de narguer son frère vissé à son fauteuil roulant, à l’hôpital. Puis, craignant qu’on ne cherche à identifier ce visiteur venu importuner un malade et qu’on le renvoie en prison, il prend sa voiture et roule au hasard vers le sud. Finalement, il atterrit dans une région déserte et prend pension dans une chambre d’hôtes. Il fait des randonnées pour passer le temps et se vider la tête. Une de ces balades l’amène jusqu’à une vieille ferme déglinguée et loin de tout. Là, il est surpris par un vieux type armé d’un fusil. Se radoucissant, l’homme l’invite à boire un café. Et c’est le trou noir ! Théo se réveille enchaîné dans la cave. Un autre captif est là depuis des années. Il lui explique que les vieux, les frères Joshua et Basile, sont aussi timbrés que méchants, qu’ils vont le transformer en esclave. Théo, qui se croit un dur en sortant de prison, refuse de l’admettre. Mais privé d’eau, de nourriture, affaibli, il doit céder aux exigences de ses geôliers. Le cauchemar ne fait que commencer.

L’intrigue est extrêmement simple : c’est un huis clos entre captifs et ravisseurs. Le sujet a été maintes fois traité, mais ce qui fait l’originalité de ce roman c’est la façon dont Sandrine Collette en donne une version psychologiquement très violente. Plus que la violence physique, bien réelle cependant, c’est l’extraordinaire violence psychologique qui ressort de ce livre. Âmes sensibles s’abstenir ! Le bouquin est oppressant, la tension est extrême et ne retombe jamais. Dans un endroit retiré de toute civilisation, un lieu désespéré et desnoeudsdacier-amb-2perdu se joue un huis clos étouffant. On assiste à la déchéance humaine, l’homme est réduit à un niveau inférieur à l’animal. La révolte qui s’éteint, la disparition de tout espoir, la résignation misérable d’un côté, de l’autre l’absence de la moindre trace d’humanité, la démence. C’est insoutenable de cruauté. Tout ça est parfaitement rendue par une écriture percutante et fluide faîte de phrases courtes. C’est un bouquin excessivement noir. Ceux qui cherchent une gentille distraction devront passer leur chemin. Ceux qui ne craignent pas d’affronter la noirceur de l’âme humaine sortiront de ce livre l’estomac un peu noué. C’est un livre qui dérange. Mais c’est une histoire forte, écrite avec un talent et une maîtrise assez surprenants pour un premier roman. Malgré les horreurs, on a du mal à lâcher le bouquin. On avance dans la lecture, abasourdi, mais complètement accroché par le récit. À conseiller aux amateurs de romans noirs et déconseiller à ceux qui aiment le sucreries sentimentales qui finissent bien. Le côté réconfortant d’une lecture aussi dérangeante, c’est que l’on mesure la chance qu’on a d’avoir évité de croiser le chemin de personnages aussi déments que Joshua et Basile.

Pour terminer une réflexion un peu idiote : je suis toujours étonné de voir une femme douce, agréable, un peu timide, nous débiter un récit d’une telle violence et d’une aussi grande noirceur. Je m’étais dit la même chose à propos de Karine Giébel, après la lecture de Meurtres pour rédemption. Où vont-elles chercher tout ça? C’est peut être ça le talent?

Sandrine Collette est née en 1970. Elle partage sa vie entre l’université de Nanterre et son élevage de chevaux dans le Morvan. Des nœuds d’acier est son premier roman.

Extrait :
Je sais que je suis perdu.
Parfois je me compare à un enfant kidnappé et acheminé vers un quelconque pays étranger, hostile et lointain, pour alimenter un réseau de drogue ou de prostitution. Déraciné, seul, humilié et usé.
Et sans espoir.
Parce que personne ne sait où nous sommes. Nous sommes les aiguilles dans la botte de foin.
On nous oublie lentement.
De cela, je suis sûr.
 

Il y a des moments où, sans raison, ce refrain me revient, que Lil chantonnait souvent.

Si elles s’en souviennent les vagues vous diront
Combien pour la Fanette j’ai chanté de chansons
Faut dire
Faut dire qu ‘elle était belle…

Jacques Brel - La Fanette

Ma note : (4,5 / 5)  desnoeudsdacier-amb2

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6 réponses à Des nœuds d’acier – Sandrine Collette

  1. forcément à lire pour moi qui aime ce genre d’histoire ! il est bien au chaud sur mon étag,ère, faut juste trouver le bon moment pour le dévorer ! Les critiques sont quasi unanimes sur ce bouquin en tout cas ! Amitiés

  2. Pas encore lu, mais c’est pour bientôt !! 😉

  3. Marine dit :

    Après la grosse déception de « Un vent de cendres », je voulais en lire un autre afin de ne pas rester sur une mauvaise impression. Et comme à mon habitude, une fois ma chronique rédigée, je vais lire les chroniques des blogs que j’affectionne. Et je partage entièrement ton avis ! Y compris dans ta remarque sur les auteures.

    • Ray dit :

      Je n’ai pas lu « Un vent de cendres » et je ne crois pas que je le lirai. Ta chronique ne m’y incite pas trop. Par contre nous sommes d’accord sur la qualité « Des nœuds d’acier » mais je n’ai pas trouvé la chronique de ce bouquin sur ton blog. Peut être ne l’as-tu pas encore mise en ligne ?
      Je m’aperçois que je n’avais pas mis le lien vers ton blog dans ma rubrique « Ils parlent aussi de polars ». Je vais y remédier.

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