Meurtre à Oxford – Tessa Harris

Par Michel Dufour

meurtre-OxfordDate de publication originale : 2012 (The Anatomist’sHarris_Tessa Apprentice)
Date de publication française : 2015 (L’Archipel)
Genres : historique, enquête, romance
Personnage principal : Dr Thomas Silkstone, anatomiste

Tessa Harris est née à Louth dans le Lincolnshire, il y a un peu plus de 40 ans. Après des études en histoire (Université d’Oxford), elle travaille comme journaliste pour des journaux et des magazines, écrit quelques scénarios, devient éditrice du Berkshire magazine en 2005. À partir de 2011, sa carrière de romancière commence sérieusement avec sa série Thomas Silkstone Mystery : The Anatomist’s Apprentice est le premier des 5 romans qu’elle écrit entre 2011 et 2015.

En 1780, au manoir de Boughton Hall, dans les collines de Chiltern (comté d’Oxfordshire), à plus d’une heure de Londres (à cheval), le jeune, et non moins corrompu, maître des lieux, lord Edward Crick, s’affaisse sur le parquet, hurlant, tremblant de tous ses membres, le teint cireux, les yeux exorbités et crachant le sang. Il meurt en peu de temps en présence de sa sœur, lady Lydia, et de la servante Hannah Lovelock. Erreur de dosage dans les médicaments qu’il prenait, puisqu’il souffrait de bien des maux? Ou bien, comme ça se dit à Oxford, ne serait-ce pas le capitaine Farrell, époux antipathique de lady Lydia et héritier du domaine, qui l’aurait empoisonné? Pour en avoir le cœur net, et pour innocenter son époux, Lydia demande au Dr Thomas Silkstone, anatomiste américain se perfectionnant à Londres, d’autopsier son frère.

Thomas va ainsi passer une partie de son temps (et du roman) à faire des expériences pour découvrir la cause de l’empoisonnement : c’est là l’essentiel de son enquête. Pendant ce temps, Farrell se fait arrêter et emprisonner; puis, on le découvre pendu dans sa cellule. La servante Hannah, qui semble détenir des informations importantes, disparaît mystérieusement. Un message anonyme exige que Thomas ne se mêle plus de cette affaire et, persistant, il subira une raclée convaincante. Mais il s’est attaché à Lydia, déprimée par la mort de son frère et de son époux, et harcelée par James Lavington, ami et avocat de Farrell, qui tourmente la jeune veuve et veut la contraindre à l’épouser. Lydia finit par céder; on retrouve Lavington assassiné. Thomas est soupçonné, puisque son amour pour Lydia ne fait plus de doute. Il finit par se disculper en désignant le vrai meurtrier. Une question subsiste, cependant : qui donc a tué Edward ? C’est malgré lui que Thomas l’apprendra.

Cette histoire ne manque pas d’intérêt et elle est bien racontée; bien documentée aussi : Harris connaît l’histoire de l’anatomie et de la chirurgie au XVIIIe siècle. Elle connaît aussi suffisamment de détails de la vie quotidienne pour qu’on y croie. Roman historique, oui, c’est certain. Pendant les trois premiers quarts du livre, le rythme est lent. Thomas travaille beaucoup dans son laboratoire et ne trouve pas grand-chose qui l’aiderait à déterminer le meurtrier d’Edward. Ce qui se développe, c’est plutôt ses sentiments pour Lydia. Ce qui le motive dans sa recherche de la vérité, c’est l’espoir qu’elle sera profitable pour Lydia. Thomas est encore jeune, n’est pas très à l’aise avec les sentiments, surtout les siens. Sans doute doté d’un bon sens de l’observation, il ne sait pas trop comment l’appliquer aux êtres humains. On ne peut pas dire qu’il mène vraiment une enquête et, sauf dans le cas de Farrell, ce ne sont pas vraiment ses raisonnements qui le conduisent à l’assassin.

Harris s’inspire de faits et de personnages réels. Beaucoup de jeunes Américains instruits se sont retrouvés en Angleterre et en Écosse, au moment de la guerre d’Indépendance (1776-1783). Le Dr Thomas est un de ceux-là et peut être apparenté au chirurgien Philip Syng Physick, ami de Benjamin Franklin, qui a contribué au développement de l’anatomie et de la chirurgie en Nouvelle Angleterre dans les années 80. Comme le confie Tessa Harris, elle a voulu « raconter une bonne histoire marquée par l’éclosion d’un amour naissant dans un contexte historique fascinant ».

Polar ou pas? Je veux éviter de m’embarquer là-dedans. C’est sûrement une sorte de cosy mystery ou de romance mystery. Mais je considère comme de la fausse représentation que le titre français (Meurtre à Oxford plutôt que The Anatomist’s Apprentice) et la couverture du livre (rue sombre de Londres avec un louche individu à canne, cape et chapeau haut de forme, et des lampadaires à gaz) incitent à penser qu’il s’agit d’un roman du genre de Jack l’Éventreur ou de l’Étrangleur de Cater Street, alors que ces vêtements et ce genre d’éclairage n’existaient pas avant le XIXe siècle.

Extrait :
Depuis son retour à Londres, Thomas Silkstone était en proie à mille et une émotions. S’il avait souffert d’un mal physique bénin, d’une petite infection, on l’aurait aisément traité. Un peu de grande camomille, de la teinture d’iode… et le tour aurait été joué (il manquait de temps pour une saignée), mais les tourments de son âme se révélaient incurables.
Pour les poètes, le cœur constitue l’organe où naît l’amour, mais les sentiments dont le jeune homme était le siège affectaient tout son corps. Il avait perdu l’appétit. Son pouls s’accélérait dès qu’il pensait à elle; il ne parvenait plus à se concentrer sur rien. Le sommeil le fuyait –nuit et jour, il n’était qu’angoisse et désordre. Il se languissait de sa présence, de son parfum, de sa voix… Comme Mme Finesilver avait besoin du laudanum qu’il lui fournissait régulièrement, il avait besoin de Lydia. Elle seule aurait pu apaiser ses souffrances. Hélas, elle lui demeurerait à jamais interdite.

Ma note : (3,5 / 5) meutre-Oxford-amb

 

 

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2 réponses à Meurtre à Oxford – Tessa Harris

  1. Pascale Fréjeau dit :

    J’ai adoré cet ouvrage d’une auteur qui m’était jusqu’à maintenant inconnue.

    À quand la suite de son oeuvre en français?

    • michel dufour dit :

      Quand on pose cette question aux Éditions de l’Achipel qui ont assumé la première traduction, on nous répond qu’on ne connaît aucune Tessa Harris.
      Ça signifie le plus souvent que les liens ont été rompus quelque part entre l’éditeur et l’auteure. Ou que la maison d’édition n’existe plus… Comme le premier roman a été écrit en anglais en 2011 et traduit en français en 2015, le deuxième, écrit en 2012, devrait être traduit en 2016.
      Pour éclairer ce mystère, je fais appel à tous nos lecteurs dont plusieurs ont sans doute des talents d’enquêteur.

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