Pas de vacances pour Leblanc – Benoît Gignac

Par Michel Dufour

pasdevacances-2Date de publication originale : 2015 Gignac(À temps perdu et Coup d’œil)
Genre : Enquête
Personnage principal : Maurice Leblanc, sergent-détective (SPVM)

L’action se passe à Montréal dix ans après l’enquête sur Le mort de l’île aux chèvres ; nous sommes en été 1991. Leblanc approche la cinquantaine et a des problèmes avec sa fille de dix-neuf ans, indépendante et secrète. Au bureau, sa réputation est faite, ce qui soulève rancunes et jalousies. Alors qu’il s’apprête à passer un mois de vacances, son patron, et maintenant ami, Henri Lugaz, le rappelle d’urgence pour enquêter sur un meurtre plutôt étrange. On lui adjoint une jeune et jolie stagiaire, Julie Masson, qui tombe sous le charme de Leblanc, et réciproquement.

Le premier mort est suivi de deux autres, victimes elles aussi d’empoisonnement. Peu de points communs entre les victimes, sinon qu’elles ont passé deux ou trois jours hors de chez elle il y a quelque temps. Quant au locataire (Lucien Caron) du logement où on a découvert le premier cadavre, il est en France depuis plusieurs jours. Après divers détours par les problèmes familiaux des Leblanc, la passion horticole de Maurice, la progression de Julie dans l’équipe de policiers et dans le cœur de Leblanc, on apprend qu’une secte qui cherche à se faire connaître est probablement à l’origine de ces crimes.

Caron, qui était à Paris pour études, est rapatrié à Montréal manu militari. En réalité, on n’a rien à lui reprocher, mais il admet avoir été absent de chez lui quelques jours au moment même où les victimes s’étaient elles aussi absentées. Et il livrera des informations sur le groupe spirituel de SHI SHKA, qu’il a fréquenté, puis quitté.

Pendant ce temps, Maurice demande à Julie d’essayer de retrouver sa fille Isabelle. Elle enquête sur ses ami(e)s, et apprend qu’un de leurs professeurs était très populaire auprès des jeunes. Donc, focus sur le prof. Puis, un coup de téléphone pour le policier, venant d’Ivry-sur-le-Lac, déclenche le réflexe chez Maurice de se rendre à Ivry.

Par une série de beaux hasards, tout le monde se retrouve à Ivry : l’enquête tire à sa fin.

Évidemment, après la lecture d’un Burke, à peu près n’importe quel roman peut sembler léger. Dans ce cas-ci, c’est plus que léger. Malgré un ancrage correct dans le Montréal des années 90, la trame policière comme telle reste mince; les relations familiales devant donner plus d’épaisseur aux personnages ne sont pas subtilement décrites : l’épouse de Maurice est geignarde et d’une jalousie maladive; sa fille de 19 ans, Isabelle, se conduit comme une ado de 13 ans; le jeune fils frise la schizophrénie; et Maurice lui-même un fieffé égoïste qui s’intéresse à ses plantes avant tout, se sert de son épouse comme une femme à tout faire, et manifeste surtout de l’impuissance par rapport à son désarroi, aux angoisses de sa fille et au silence de son gars qui semble penser, non sans raison, que ça ne vaut pas la peine de parler.

La composition de l’intrigue est assez simpliste : on tombe spontanément sur le bon village et sur le bon mec qui nous y conduira, en emmenant Isabelle, ce qui permet aux deux histoires de se lier. Et elle est truffée de trop d’invraisemblances. Ça me rappelle, et je le dis sans vouloir insulter personne, les petites brochures de 32 pages que je lisais quand j’avais 11-12 ans : IXE-13 de Julien Sorel, Albert Brien, le Domino noir, Guy Verchères. C’était simple, sans doute, mais assez intrigant et bien écrit pour que mon goût de lire soit stimulé, un peu comme mon gars l’a été par ces « livres dont vous êtes le héros ». Comparés aux très bons romans québécois que nous connaissons depuis une quinzaine d’années, les romans de Gignac (celui-ci en tout cas) ne fait pas le poids. Sympathiques néanmoins, mais ça reste des romans de gare au sens où on l’entend habituellement.

Extrait : 
− Henri, on a des maniaques en ville. Ce que je viens de voir rue Monsabré est semblable à ce qu’on a vu ensemble, hier. Je mets ma main au feu que le rapport qu’on va recevoir sur cette fille va ressembler comme deux gouttes d’eau au cas Lanthier. Il va falloir constituer une équipe. Je ne pourrai pas être seul sur l’affaire. Je veux deux assistants. J’ai aussi mis à contribution la petite nouvelle, tu sais, Julie Masson ? Elle va m’aider.
Leblanc avait débité son laïus avec suffisamment d’autorité pour que Lugaz cesse de faire des calculs administratifs et prenne la chose au sérieux.
− OK, dit le patron. Mais il va falloir que tu suspendes tes travaux horticoles.
− Tu crois que je n’avais pas compris ça, Henri ? Si tu savais comme ça chambarde mon été !
Leblanc pensa alors à ce nouvel aménagement qu’il était à concevoir. N’eût été de ces foutus cadavres, il aurait pu commencer à aménager cette nouvelle platebande à l’anglaise prévue pour l’automne. Il aurait voulu commencer à amender son sol. Même en pleine chaleur, lorsque ses mains s’enfouissaient dans la terre meuble, Maurice Leblanc était pris de légers sursauts d’enfance et de délinquance entremêlés. Il avait l’impression que ces moments n’appartenaient qu’à lui et que personne ne pouvait prétendre à partager ce bonheur solitaire.

Ma note : (3 / 5) pasdevacances-amb

 

 

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