Volte-face – Michael Connelly

Par Jacques Henry

Date de publication originale : 2010 (The Reversal)
Date de publication française : 2012 (Calmann-Lévy)
Genres : Polar judiciaire – Procédure policière
Personnages principaux : Harry Bosch, inspecteur au LAPD – Mickey Haller, avocat – Maggie McPherson, avocate et son ex-épouse.

Le Connelly nouveau (enfin, nouveau en français!) vient enfin de sortir. Le changement d’éditeur (Le Seuil, qui a publié tous les Connelly précédents, a été remplacé par Calmann-Lévy) explique peut-être le long retard dans la traduction. Espérons que le nouvel éditeur français mettra les bouchées doubles.

Cette fois, Harry Bosch et Mickey Haller, deux des héros récurrents de Connelly, se partagent l’avant-scène à parts égales. Un chapitre écrit à la première personne pour Mickey et son travail en cour; le chapitre suivant (écrit à la 3e personne) pour Bosch et son enquête en coulisses.

Jason Jessup a passé 24 ans en prison pour l’enlèvement et le meurtre d’une petite fille, condamné principalement sur la base d’un témoin oculaire: la soeur de la victime. Mais l’arrivée de la technologie ADN remet en question le verdict: la tache de sperme sur la robe de la fillette ne provient pas de lui. La cour d’appel ordonne la reprise du procès, 24 ans plus tard. Comme c’est le travail du procureur et de l’inspecteur de l’époque (tous deux décédés depuis) qui risque d’être mis en cause, le D.A. ne prend cette fois aucune chance: il recrute, comme procureur spécial indépendant, Mickey Haller, qui a fait toute sa carrière comme … avocat de la défense! Mickey finit par accepter ce rôle inhabituel pour lui, à condition de pouvoir choisir son enquêteur (Bosch, évidemment) et son procureur adjoint (son ex, Maggie McPherson). Comme c’est l’habitude de Connelly, Rachel Walling fait une brève apparition comme profileuse, mais le rôle demeure secondaire.

Ce roman est une combinaison de polar judiciaire et de procédure policière. Les chapitres narrés par Mickey Haller constituent un polar juridique très classique, agrémenté par le point de vue un peu décalé de Mickey, qui aborde un rôle de procureur qu’il connaît mal avec ses réflexes d’avocat de la défense … heureusement mentoré par Maggie, qui est une procureure de carrière. On devine aussi qu’il a dû se passer des éléments pas réglés dans leur ancienne vie de couple, mais Connelly ne fait que suggérer, sans détailler. On en saura sans doute davantage un jour, puisque Connelly semble bien vouloir installer Mickey Haller dans sa galerie de personnages récurrents.

Quant à Bosch, il est égal à lui-même: taciturne, voire secret, têtu, électron libre dans la hiérarchie. Ses rapports avec Mickey ne sont pas faciles. Même s’ils font partie de la même petite équipe, il y a entre eux des tensions latentes. Et puis Bosch a depuis sa dernière enquête (9 Dragons) la garde exclusive de sa fille adolescente, ce qui le rend vulnérable.

C’est du bon Connelly habituel: personnages connus et crédibles; narration fluide; logique et pourtant surprise dans la progression de l’intrigue. Seul bémol: la finale. Connely résout bien l’intrigue principale et introduit dans sa conclusion ce changement brusque de perspective auquel il nous a habitués. Mais, contrairement à ce qui est l’une de ses grandes forces, il n’attache pas tous les fils, cette fois-ci: plusieurs questions demeurent sans réponse. Si c’est par réalisme (pour nous démontrer que, dans la vraie vie, les enquêteurs n’ont pas toujours toutes les réponses), ça va, même si c’est un peu frustrant. Si c’est par souci de ménager un ultérieur sequel, ce serait décevant.

Ma note :  (4 / 5)

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2 réponses à Volte-face – Michael Connelly

  1. bonjour ! j'avoue que depuis au moins trois ou quatre romans Michael Connelly me déçoit énormément. Je ne retrouve plus ce qui me faisait vibrer à l'époque où lorsqu'un nouveau de ses romans sortait je courrai l'acheter sans me poser de questions et m'y plonger dedans. j'adorai cette fluidité si particulière de son écriture et les rouages merveilleusement bien huilés de ses scénarii. Aujourd'hui j'ai l'impression ( à tort ou à raison) que Connelly écrit parcequ'il a un contrat un remplir, sortir un bouquin par an. S'il maîtrise toujours très bien les ficelles du métier, on ne sent plus cette petite lumière, ce petit quelque chose qui faisait que le bouquin sortait de l'ordinaire. Je trouve ses derniers romans sans saveur et écrit avec facilité ( bon certe nombre d'écrivains aimerait avoir cette facilité là et ils s'en contenteraient fort bien ! mais quand on a lu " les égouts de L.A ou Le Poète on est en droit d'attendre davantage d'un auteur de cette trempe.). J'en arrivais à me dire que Connelly ne savait plus quoi faire de ses personnages, qu'il n'avait plus rien à dire. S'agissant d'un auteur qui fut mon écrivain préféré pendant longtemps, j'espère secrètement à chaque sorti d'un nouveau livre que la magie opère à nouveau. Je n'achète pas, j'attends de voir les réactions des amis bloggeurs. En lisant ta chronique, je me dis que je devrais peut être lire celui ci puisque tu le trouves plutôt bon , car j'avoue secrètement que j'aimerai bien retrouver mon auteur d'antan qui faisait que je ne refermais jamais un de ses livres entamé avant d'en avoir lu la dernière page ! Espérons que je fasse bonne pioche ! Amités.

  2. Jacques Henry dit :

    C'est un bon Connelly, mais pas un excellent, ce que reflète ma note de 4. Pas du niveau de L'oiseau des ténèbres, Créance de sang ou Le poète, mais un polar solide dans lequel on se glisse comme de vieilles pantoufles. Risque de déception si on attend un thriller exceptionnel.

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