Les visages écrasés – Marin Ledun

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2011 (Éditions du Seuil)
Genres : Roman noir – Roman social
Personnage principal : Carole Matthieu, médecin du travail

Bienvenu dans le monde du travail des années 2000 ! Nous sommes à Valence (Drôme) où est installé un centre d’appels téléphoniques d’un opérateur internet. Pour les employés c’est l’enfer : pression continue de l’encadrement, management de la menace, restructurations, mutations, déclassement, objectifs inatteignables … Résultat : d’abord des symptômes : tics nerveux, douleurs, asthénie, irritabilité … puis arrivent les dépressions et tentatives de suicide. Carole Matthieu est médecin du travail. Elle observe les effets négatifs de ces méthodes sur les individus. Elle est leur confidente, leur mère, leur dernier recours. Elle reçoit des confessions que même les maris, les épouses, les mères ignorent. Son boulot c’est écouter, ausculter et faire remonter des statistiques auprès de la direction, mais surtout soulager, rassurer et soigner. C’est ce qu’elle fait avec Vincent Fournier, téléconseiller du centre d’appel, un type au bout du rouleau. Elle met fin à ses souffrances. Définitivement.

Le sujet du travail ou de l’absence de travail avait déjà été abordé par d’autres. Donald Weslake dans Le couperet (1998), Michel Crepy dans Chasseur de têtes (2000) et plus récemment Pierre Lemaitre dans Cadres noirs (2010) avaient montré les méfaits du chômage et de la compétition exacerbée pour retrouver un emploi. Ici Marin Ledun montre les gens au travail. Il montre comment le capitalisme le plus dur organise le service. C’est un livre choc sur l’actuel monde du travail. Sur la disparition progressive de tous les espaces de liberté pour accroître encore plus les marges et la productivité. Les syndicats et leur rôle ambigu ne sont pas épargnés par la critique. C’est une analyse clinique des effets désastreux sur la santé des employés d’un management de la terreur. Ledun rend admirablement bien les tensions, la douleur, la souffrance des individus et leur destruction finale. Le style est vif et nerveux. Les phrases sont courtes. C’est direct et percutant.

A côté de la dénonciation de la machine à broyer, l’auteur développe une intrigue policière. Il y a eu un meurtre, des agressions et des tentatives de suicide. Les victimes n’ont pas tout dit, des zones d’ombre subsistent. Le policier chargé de l’enquête et le médecin Carole Matthieu ont le sentiment qu’elles protègent quelqu’un au risque de leur vie.

Ce livre est terrible, terrifiant, mais hélas assez réaliste. Il met en évidence les méthodes managériales du capitalisme moderne : on presse les individus à mort jusqu’à les rendre inutilisables, on jette, on change, le stock de remplaçants est infini. L’homme comme outil pour accroître la compétitivité. La négation de l’individu pour la recherche du profit. Ça secoue, ça fait mal et ça dérange. C’est ce qu’a voulu l’auteur et c’est parfaitement réussi. Ce cri de colère de Marin Ledun est plus efficace que n’importe quel discours politique.

Ma note : (4,5 / 5)   

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3 réponses à Les visages écrasés – Marin Ledun

  1. Marine dit :

    Bonjour,

    Je viens de découvrir votre blog. Bravo !

    Je ne manquerai pas de lire vos chroniques et je l'ajoute en lien sur le mien.

    A bientôt,

    Marine.

  2. Ray dit :

    Je viens de faire un tour sur ton blog et j'ai découvert que tu débutes dans la chronique polardeuse. Bienvenue donc parmi nous. J'ai ajouté un lien vers ton site.

    A bientôt.

  3. Ping : Dans le ventre des mères – Marin Ledun | Sang d'Encre Polars

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