Une église pour les oiseaux – Maureen Martineau

Par Michel Dufour

uneglisepourlesoiseaux-couvDate de publication originale : 2015 (Héliotrope noir)Martineau
Genre : roman noir
Personnage principal : Jessica Acteau, escorte

Belle initiative de la maison d’édition Héliotrope, créée en 2006 par Florence Noyer, que de lancer une collection spéciale (Héliotrope noir) pour les polars, dont le format convient à de courts textes ne dépassant pas 100 pages. Parmi les premiers noms à être publiés, Maureen Martineau nous présente Une église pour les oiseaux.

On connaît déjà de Martineau Le Jeu de l’ogre (2012) et L’Enfant promis (2013), prix Arthur-Ellis 2014, deux bons romans enracinés dans l’est du pays, en Estrie. Romans d’enquête qui mettent en vedette le sergent Judith Allison, jeune, impulsive et acharnée. Une troisième enquête d’Allison devrait être publiée en 2015, L’Activiste (VLB), portant sur l’écoterrorisme, et nous transportant au Nunavut et en Inde. Martineau travaille aussi à une nouvelle qui sera publiée dans le deuxième recueil de Richard Migneault, dont Crimes à la librairie, qui nous présentait 16 auteurs québécois, a obtenu un franc succès l’an dernier.

Pour le moment, voilà Une église pour les oiseaux, un bon roman dont l’ambiance m’a parfois fait penser aux Oiseaux d’Hitchcock : un petit village au milieu de nulle part (Ham-Sud), des personnages inquiétants dont un qui transforme une église en zoo, et des oiseaux au comportement étrange, les martinets ramoneurs, qui tardent à émigrer malgré leur désir, paralysés par la menace anticipée dont sont déjà victimes des bêtes et des hommes. Les personnages semblent d’ailleurs affectés par la grisaille morbide qui les entoure : une mairesse qui n’a clairement pas les capacités pour dominer les magouilles qui sapent son autorité et, littéralement, la vie du village et de ses habitants; son fils aux tendances schizophréniques; un exalté qui cherche à la tuer; une escorte qui a l’air de se prendre pour une infirmière; son chum et souteneur, un voyou paresseux, drogué et violent; un chevalier servant et surtout hypocrite.

Après avoir donné une idée des relations qui existent entre les membres de cette petite société qui vit quasiment en huis clos, et établi une sorte de parallèle avec les allées et venues de nos martinets sympathiques et piégés, l’auteure s’attarde plus particulièrement à suivre le parcours de Jessica Acteau, la jeune escorte, dont la force des choses la précipite dans la sauvagerie et la connaissance d’elle-même.

C’est avec une grande simplicité que Maureen Martineau écrit de telles horreurs. Le parallèle avec la vie des oiseaux pourrait donner l’impression d’un agréable divertissement : grossière erreur, leur anxiété ajoute au sentiment de malaise ressenti. Pendant une bonne partie de la lecture, on ne sent pas encore ce malaise, parce que l’auteure nous distrait par l’obsession originale de Hermann Fiesch et sa transmutation de tueur en victime, par les galipettes de Jessica et les procrastinations personnelles et professionnelles de Roxanne Pépin, et par les soucis tourmentés mais bien intentionnés de son fils Louis-Étienne. Puis, la deuxième partie du roman, le récit par Jessica des aventures de Hermann, Dave et elle, nous envahit comme une eau contaminée. Le mal emprunte d’innombrables visages : on ne peut même plus se fier au visage d’ange de notre belle petite voisine.

Martineau ne réduit pas les actes de Jessica à son enfance malheureuse : Jessica est plus que ce que l’on avait fait d’elle. L’auteure ne plaide pas, elle décrit. Et ça, ça fait du bien.

Extrait : 
La vérité est que depuis un mois, je m’étais mise à avoir peur de Dave. Tu rencontres un gars et tu crois le connaître. Un ami de ton père en plus. Il faisait des remorquages à l’occasion pour son garage. Tu fais confiance. Il est fin avec toi. Au début.
La première fois qu’il se fâche, tu comprends pas. Pourquoi s’en prend-il à l’abbé que tu vas voir ? C’est un ami, rien de plus, il t’a jamais touchée. Ton chum t’explique qu’il te protège parce qu’il t’aime. Les fois suivantes, tu l’excuses encore, parce qu’il est fatigué, ses affaires marchent pas comme prévu, sa meilleure fille l’a dompé et l’autre est en période d’examens au cégep. Il est désolé d’avoir à t’emprunter de l’argent, s’inquiète de la fin du mois. C’est toi qui offres de le dépanner. Même si tu as jamais fait ça, tu es prête à remplacer l’escorte au pied levé. Il proteste. Pas toi, pas sa darling. Jamais. « Pour cette fois-ci seulement », concède-t-il. Il connaît un client pas trop exigeant. Les branlettes te font pas peur.

Ma note : (4 / 5) uneglisepourlesoiseaux-amb

 

 

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