Les Cibles – Chrystine Brouillet

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2020 (Druide)
Genres : Enquête, cold cases
Personnage principal : Maud Graham, SPVQ

Quand vous lisez un roman de Chrystine Brouillet qui met en scène son enquêtrice Maud Graham, vous entrez dans le monde de son équipe, son conjoint, ses partenaires, son fils adoptif, ses amis, la ville de Québec, ses rues animées, ses restaurants réputés. Et vous vous soumettez à un style : tout tourne autour de l’enquête, bien sûr, mais vous pouvez avoir tendance à l’oublier : Graham soigne beaucoup ses relations avec autrui, dont les repas pris en commun au resto ou chez un ami, et elle situe son action dans le contexte d’une problématique sociale, qui est plus qu’une toile de fond : maltraitance des enfants, violence contre les femmes, négligence vis-à-vis des personnes en perte d’autonomie … Dans Les Cibles, on se sensibilise aux crimes haineux visant l’orientation sexuelle.

Brouillet commence par réaliser un portrait très réussi de Gilbert Baril qui, à Montréal en 1996, a pour loisir d’attirer des homosexuels à la montagne pour les massacrer. Puis, 14 ans après, obsédé par les jeux et l’alcool, il espère voir crever son frère gai, Marc-Antoine, pour profiter de son héritage. Lors d’un accident de travail, il se brise une jambe que le docteur Tardieu lui rafistole. En échange de quoi, Baril lui offre une bonne part du chevreuil qu’il a tué. Le docteur l’engage pour quelques réparations dans sa maison. Tardieu, possessif et narcissique, ne s’entend pas très bien avec sa femme, ce qui va s’aggraver quand il commencera à la soupçonner d’entretenir une liaison. Qui plus est avec une femme ! Et davantage quand elle lui signifiera son désir de le quitter.

Mai/juin 2012 : Marc-Antoine est assassiné dans un parc de Toronto et Évelyne, l’épouse de Tardieu, est portée disparue. D’un côté comme de l’autre, les enquêtes piétinent. En octobre, on découvre le cadavre de Gilbert Baril sur la côte Gilmour. Quelques suspects mais aucune arrestation.

Juillet 2018 : Franck Baril, le fils de Gilbert, est devenu une copie conforme de son père : il déteste sa femme qui veut divorcer, hait les étrangers et les homosexuels dont il veut débarrasser le Québec, et commence par assassiner un jeune immigré russe. La police piétine.

Juillet 2019 : un glissement de terrain dévoile les ossements d’un cadavre, qui sera identifié comme celui d’Évelyne Camiran (Tardieu), disparue il y a 7 ans. On reprend l’enquête sur les événements de 2012, sur le meurtre de Gilbert et sur l’assassinat du jeune russe.

En fin de compte, les informations d’un indicateur de Joubert, une intuition de Maud et une autre de Joubert suffisent à ramasser tous les morceaux. Reste à savoir si les suspects passeront aux aveux.

Le problème avec un cold case comme celui-ci, c’est que, pendant 7 ans, la police qui n’a trouvé ni indice ni témoin, semble oublier le cas. L’auteur doit donc meubler cet espace : soupers délicieux avec les amis (j’y apprends de bonnes recettes et de bons vins), expériences gastronomiques de ses amis à Paris, va-et-vient d’Alain (le conjoint de Maud) de Montréal à Québec, problèmes personnels de ses collègues, tergiversations d’Angela (se confiera-t-elle à la police, ou non ?), et un peu la vie de tout le monde puisque, si l’enquête est arrêtée, la vie continue. Enfin, comme le dit Brouillet : « J’ai voulu illustrer les dangers qui peuvent menacer au quotidien les personnes qui ne sont pas hétérosexuelles ». La cause est belle et la compréhension des victimes aussi bien que des agresseurs est appropriée. Mais la principale conséquence de tout cela, c’est que l’enquête est plutôt diluée dans l’ensemble. Le hasard et quelque deux ex machina viennent en aide aux forces de l’ordre qui, autrement, resteraient démunies.

Bref, c’est du Chrystine Brouillet, donc c’est toujours agréable à déguster, mais il ne faut pas s’attendre retrouver ici la densité et les rebondissements qui caractérisent plusieurs autres enquêtes de Maud Graham.

 Extrait :
C’est certain que Robin était avec son frère pour profiter de son cash ! Ils avaient quinze ans de différence ! Si Marc-Antoine pensait que Robin le fréquentait pour son charme, il se fourrait le doigt dans l’œil jusqu’au coude. Il était bel homme, oui, leur mère le répétait constamment, mais il perdait ses cheveux, commençait à avoir des rides, un petit ventre. Comme quoi son frère était peut-être très brillant au boulot, mais pas assez pour se rendre compte que Robin le manipulait. Et lui devrait souper avec ce type ? Faire semblant qu’il ne voyait pas clair dans son jeu ? D’un autre côté, ce ne serait pas désagréable de constater la faiblesse de Marc-Antoine, de voir jusqu’à quel point il était crédule.

La Côte Gilmour

Niveau de satisfaction :
3.5 out of 5 stars (3,5 / 5)

 

 

Partager sur les réseaux sociaux
Facebooktwitterredditpinterestlinkedinmail
Ce contenu a été publié dans Enquête, Moyen, Québécois. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.