Succion – Yrsa Sigurdardottir

Par Michel Dufour

Date de publication originale :
2015 (Sogid)
Date de publication française :
2019 (Actes Sud)
Traduction (islandais) :
Catherine Mercy et Véronique Mercy
Genres :
Enquête, thriller
Personnages principaux :
Huldar, inspecteur, et Freyja, psychologue

2016. Hafnarfjördur. Dans une petite ville pas loin de Reykjavik, c’est l’hiver, froid et humide. La déprime est au poste de commande. Particulièrement dans le cas du policier Huldar et de la psychologue pour enfants Freyja, dont l’enquête précédente a mal tourné. Huldar s’occupe maintenant des chiens écrasés et Freyja est peu sollicitée. Puis, dans une enquête de routine, Huldar découvre deux mains coupées dans le jacuzzi d’une maison du centre-ville.

En 2006, des élèves d’une quinzaine d’années ont enfoui dans un cylindre temporel qui serait ouvert dix ans après des textes qui contenaient des prévisions sur l’avenir de l’Islande. Un de ces textes prévoit la mort d’un certain nombre de personnes désignées par leur initiale. Huldar a recours à Freyja pour évaluer le sérieux de ce texte; et aussi parce qu’il a besoin d’un prétexte pour la revoir.

En 2004, la petite Vaka, 8 ans, disparaît au sortir de l’école; on saura plus tard qu’elle a été violée et étouffée.

Huldar et Freyja enquêtent sur les mains coupées. Huldar garde un œil sur le cas du cylindre temporel, qui finira par faire partie de l’enquête principale quand on établira un lien entre quelques initiales des textes écrits il y a dix ans et quelques cadavres découverts dans le cadre de l’enquête principale.

Plusieurs obstacles s’opposent à la découverte de la vérité : silence des victimes, corruption des juges et des travailleurs sociaux, chantage et ambition. L’image de la société islandaise n’est pas très réjouissante : les ravages de la pédophilie rivalisent avec les carnages de la vengeance.

Ce roman doit être lu assez rapidement; autrement le lecteur va s’y perdre. Décalages temporels, grand nombre de personnages décrits dans le détail, aux noms qui ne nous aident pas (Erla, Elsa, Aesa, Einar…), plusieurs meurtres et disparitions… Tous les fils finissent par se dénouer avec cohérence, mais la tâche n’est facile ni pour l’inspecteur ni pour le lecteur. Par ailleurs, les personnages ne sont pas sympathiques : difficile de s’y attacher. L’inspecteur est empêtré dans ses sentiments, la psychologue est pas mal mêlée, les témoins sont menteurs, les autorités crapuleuses. Enfin, et même si tout cela est bien fait, avec « ordre et méthode », trop d’exagérations nous éloignent d’une certaine forme de réalisme : membres découpés à la tronçonneuse, individus assommés par des coups de marteau, ou écrasés, enfants battus et violés, femmes passives et terrorisées, violences policières. Je sais bien que tout cela existe pour vrai dans la réalité, mais le roman limite à ces horreurs les manifestations de la condition humaine. L’effet, c’est qu’on décroche, faute d’y croire.

Extrait :
Aesa n’avait rien prévu ce week-end-là. Elle venait de rentrer avec ses enfants, bientôt elle serait seule dans l’appartement avec ses inquiétudes. Dorvaldur allait arriver d’un instant à l’autre. Ce serait son tour de surveiller Karlotta et Dadi, mais elle n’avait aucune confiance en lui. Il ne valait pas plus cher que cet imbécile de flic qu’elle avait appelé après l’incident du jardin zoologique. Il n’avait pas pris ses craintes au sérieux. Il lui avait laissé entendre que son histoire n’était que le fruit de son imagination. Mais elle savait mieux que personne ce qui était arrivé, et Dorvaldur aussi. Il avait nié connaître une femme prénommée Vaka. Mais elle avait vécu avec lui suffisamment longtemps pour avoir deviné au ton de sa voix qu’il mentait. Si cette Vaka était une nouvelle maîtresse, l’individu costumé en père Noël était sans doute un ex qui voulait en découdre avec Dorvaldur. S’il laissait les enfants tranquilles, elle l’autorisait à lui administrer une raclée.
Quel genre d’homme était capable d’attirer des enfants inconnus dans sa voiture pour les enlever ? La veille ses angoisses avaient tourné à l’obsession. Elles l’avaient poursuivie toute la journée et durant la nuit elles s’étaient glissées jusque dans ses rêves. Au réveil elles étaient toujours là.

Hafnarfjördur

 Niveau de satisfaction :
4.1 out of 5 stars (4,1 / 5)

 

 

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