Tu marches parmi les ruines – Tyler Keevil

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2020
(Your Still Beating Heart)
Date de publication française : 2022 – Éditions du Seuil
Traduction de l’anglais (Pays de Galles) :
Fabrice Pointeau
Genre :
Thriller
Personnages principaux :
Eira, jeune veuve – Gogol garçon maltraité

Tod et Eira, mari et femme, rentraient tranquillement chez eux dans un bus de Londres quand un junkie complètement défoncé poignarde Tod après une altercation. Tod décède. Eira, désemparée et n’étant plus intéressée par son travail, démissionne et décide de partir à Prague parce que c’est là que son mari l’avait demandée en mariage. Revisiter Prague seule n’a pas le même attrait que lorsqu’ils étaient venus en amoureux. Elle erre dans la ville sans but et sans enthousiasme. Elle rencontre un petit escroc qui sert d’intermédiaire à des trafiquants. Ceux-ci demandent à Eira de leur rendre un petit service : aller en Ukraine et ramener un colis. Ce service est bien rémunéré et sans risque à condition de suivre un scénario bien précis. En fait le colis est une personne, et quand Eira est en contact avec cette personne, elle décide de modifier le scénario auquel elle aurait dû s’en tenir. Ce qui va les mettre en danger, elle et son passager.

Le personnage central de cette histoire est une jeune veuve, désorientée qui part à la recherche de ses souvenirs heureux dans la ville de Prague. Elle n’y trouve que tristesse. Alors pour tromper l’oisiveté elle va chercher délibérément les ennuis, ayant ainsi l’impression de trouver une sorte de liberté. La mort de son mari semble lui avoir ôté prudence et peur. Elle va faire preuve d’un sang-froid et d’une maîtrise qui vont convaincre les truands qu’elle est apte à accomplir la mission. Et comme en plus elle a un esprit de contradiction naturel, un penchant pour faire des choses inattendues, elle ne va pas s’en tenir au plan parfaitement huilé mis en place par les trafiquants. D’autant plus que la cargaison qu’on lui demande de rapatrier est un enfant de sept ou huit ans, laid, crasseux, apeuré, qui a subi des sévices. Un vilain petit canard tellement démuni qu’il va toucher le cœur d’Eira. Son sentiment de culpabilité et sa fibre maternelle la poussent alors à ne pas livrer le gamin. C’est une décision dangereuse, car les trafiquants ont des contacts et des appuis nombreux, dans la police et la douane entre autres.

Une course poursuite implacable commence alors. Les fuyards utilisent des moyens de transport différents : voiture, bus, train et bateau. Malgré cela, les malfaiteurs restent toujours au contact. Le rythme du roman, plutôt lent en première partie, s’accélère progressivement pour finir en thriller rythmé et tendu.

Signalons le parti pris de l’auteur de raconter l’histoire à la deuxième personne du singulier qui apparaît dès le titre : Tu marches parmi les ruines. C’est inhabituel et un peu bizarre, car le narrateur est absent de la plupart des scènes qu’il décrit quand même avec force détails. Autre bizarrerie le titre anglais Your Still Beating Heart qui devient en français Tu marches parmi les ruines. Le titre original correspond bien mieux à l’ambiance du roman que le titre français qui se veut attractif mais plus orienté marketing.

Malgré cela ce roman est très prenant. Il y a de l’action et du suspense, surtout dans la dernière partie. Ce bon thriller capte bien l’attention du lecteur et en plus il est bien écrit (et traduit).

Extrait :
Tu as dit tout ça avec une urgence impersonnelle. Je pouvais t’être utile, et c’était la raison pour laquelle tu étais venue – la seule. À cet égard, tu affichais le même détachement froid que la femme que j’avais déjà rencontrée, et tu ne montrais aucun signe de réchauffement. Pas d’adoucissement superficiel, plutôt une consumation subliminale. Un lent incendie intérieur. Comme quelque chose qui couvait. Tu avais recommencé à te sentir concernée, une sensation que tu avais perdue à la mort de ton mari. Tu me faisais penser à ces fanatiques religieux qui distribuent des prospectus, font du porte-à-porte. Tu t’étais trouvé une mission claire, spirituelle, indéfectible. Une dévotion. Tout était si simple. Tu te consacrais à un unique objectif, un unique but – pas Dieu, mais une de ses créatures. Un ange imparfait. Un vilain petit canard. Ton Gogol. Tu ferais n’importe quoi pour garantir son salut, pour le libérer du mal. Et je devais t’aider.

Niveau de satisfaction :
4.3 out of 5 stars (4,3 / 5)

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