L’autre femme – Mercedes Rosende

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2017 (Mujer equivocada)
Date de publication française : 2022 – Quidam Éditeur
Traduction de l’espagnol (Uruguay) :
Marianne Million
Genre :
roman noir humoristique
Personnage principal :
Úrsula López, femme en surpoids, traductrice

Úrsula López est grosse. Elle essaie désespérément de maigrir, elle suit des régimes, va aux réunions des Obèses Anonymes. Entre temps, elle exerce le métier de traductrice et envoie des lettres à sa voisine du dessus qui fait claquer ses talons de façon insupportable sur le parquet. Un soir un coup de téléphone la sort de sa routine. Une voix d’homme lui dit : « nous tenons votre mari ». Avant qu’elle ait le temps de réagir, l’homme lui fixe un rendez-vous dans un bar du centre de Montevideo. Úrsula est d’abord stupéfaite : elle est célibataire et vit seule. Se reprenant, elle décide de se rendre au point de rencontre et d’exploiter la méprise des ravisseurs.

Ce roman met en scène une héroïne vraiment atypique : une femme grosse qui lutte en permanence contre les kilos et sa boulimie chronique. L’autrice la montre dans sa vie quotidienne : les réunions des Obèses Anonymes, les papotages avec sa sœur, l’exaspération contre le bruit des talons sur le parquet, l’enregistrement d’une émission de téléréalité, le nettoyage d’une collection de statuettes japonaises et même un examen gynécologique. Pas de quoi soulever l’enthousiasme des amateurs de polars ! À tel point qu’il faut atteindre la moitié du livre pour qu’un coup de téléphone sorte l’histoire de la routine journalière d’Úrsula.

Il faut préciser que si l’intrigue est celle d’un enlèvement avec demande de rançon, elle n’est pas traitée de façon dramatique. Ici c’est l’humour qui domine. Les ravisseurs sont gentils et même prévenants. Ils ne sont pas le moins du monde menaçants, et font en sorte que leur otage soit à l’aise, que ses liens ne sont pas trop serrés. Celui qui sert de contact avec Úrsula est complètement largué, il veut discuter du montant de la rançon dans un bar qui a fermé depuis trois ans et Úrsula doit lui rappeler son numéro de portable pour le prochain appel concernant la rançon. Pas vraiment des professionnels aguerris, ces kidnappeurs ! Et en plus ils se sont trompés de madame Úrsula López : ils ont demandé la rançon à celle qui n’a pas de mari, alors que la vraie épouse surenchérit pour qu’on la débarrasse définitivement de son mari. L’humour noir et le ton décalé et cynique agrémentent cette aventure d’Úrsula López, femme aussi grosse et solitaire que maline et roublarde.

Si vous êtes curieux, laissez-vous tenter par ce petit polar uruguayen, sans prétention, basé sur une méprise due à l’homonymie qui donne lieu à un imbroglio savoureux.

Extrait :
— Ils vous ont interrogée ?
— Bien sûr. Ils voulaient savoir quand je l’avais vu pour la dernière fois. Mais ne vous inquiétez pas, désormais je ne dirai plus rien.
— Je vois que vous avez bien compris, maintenant trouvez l’argent sans en parler à personne.
— Dites-moi comment va mon mari.
— Bien. Soyez rassurée, vous payez et nous vous le rendons sain et sauf.
— Écoutez, j’ai quelque chose à vous dire.
— Il est diabétique ? Il suit un traitement ?
— Non. Où avez-vous pris qu’il était diabétique ?
— Je ne sais pas, ne tenez pas compte de ce que je viens de dire.
— Écoutez-moi bien : je ne veux pas que vous le libériez.
— Vous ne voulez pas que nous libérions votre mari ?
— Tout à fait.
— Je ne suis pas certaine de comprendre. Vous voulez que nous l’exécutions ?
— Faites ce que vous jugerez bon. Je vous donne trois millions et vous le faites disparaître. Pour toujours.
— Entendu. Trouvez les trois millions et on s’occupe de lui.

Niveau de satisfaction :
4 out of 5 stars (4 / 5)

 

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