Le dernier chant – Sonja Delzongle

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2021 – Éditions de l’épée
Genre :
Technopolar
Personnage principal :
Shan Soun, virologue

Au Québec, sur le fleuve Saint-Laurent, flottent des milliers de cadavres d’animaux marins. Une baleine bleue pousse un chant d’agonie avant de périr. Au Congo, dans la réserve d’Abio, quatre gorilles adultes sont morts. Les autres sont prostrés et semblent pleurer. Au Kenya, 300 éléphants ont perdu la vie dans la réserve de Tsavo. Partout des animaux sauvages ou domestiquent meurent. Un phénomène bizarre est observé : des larmes se sont formées au coin de leurs yeux, les animaux qui vont mourir semblent pleurer. Shan Soun, chercheuse à l’Institut de virologie de Grenoble, prend en charge le dossier de ces hécatombes d’animaux. Son enquête va l’emmener bien au-delà de ses compétences, dans une affaire qui mettra en danger non seulement sa vie, mais aussi l’avenir de notre planète.

L’intrigue se situe dans un futur très proche : elle commence en août 2021 et se termine à l’automne de la même année. C’est une intrigue de grande ampleur. Autour de la branche principale, celle des morts massives d’animaux, se déploient d’autres branches qui partent un peu dans tous les sens. Ainsi nous en apprenons beaucoup sur les sons, particulièrement ceux à basse fréquence. Nous découvrons ce qu’est le hum, un bruit, un genre de bourdonnement que certaines personnes entendraient et qui leur rendrait la vie insupportable. L’autrice aborde aussi le projet HAARP avec son antenne géante de Gakona en Alaska qui serait susceptible de provoquer des changements climatiques. Le bruit du Moho, lui vient de la limite entre le manteau supérieur de la terre et la croûte terrestre. Il est aussi question de la fréquence de la terre. Et bien sûr certains esprits malveillants jouent aux apprentis sorciers en essayant de manipuler ces technologies. Les animaux, plus sensibles que les humains, sont les premières victimes du bruit qui tue. Mais ce n’est pas tout : le transhumanisme et la lutte contre la mort sont aussi abordés. L’amortalité est la prolongation de la vie, c’est une étape vers l’immortalité. Nous faisons également connaissance avec la fantastique Turritopsis nutricula, la méduse immortelle.

On sent que, dans ce roman, Sonja Delzongle aborde des sujets qui la fascinent. La difficulté est d’expliquer des études scientifiques de façon simple et non rébarbative tout en essayant de ne pas dénaturer le sujet et de caser le tout dans une œuvre de fiction avec des personnages, du suspense et de l’action. Pas facile ! L’autrice ne s’en sort pas mal du tout, mais ce qui peut devenir indigeste c’est la multiplication des sujets. Parce qu’en plus de l’impact des sons à basse fréquence, du transhumanisme en passant par la télomérase et les accélérateurs de particules, l’autrice ajoute l’application TWD (Talk With Deads) permettant de discuter virtuellement avec des proches décédés. Ça fait beaucoup ! Et ça fait un peu catalogue de sujets fascinants et intrigants. Cependant, Sonja Delzongle réussit à bâtir une intrigue qui, tout en abordant de multiples thèmes, tient quand même la route et provoque la réflexion.

Le dernier chant est un technopolar ambitieux. Il présente certaines découvertes et expérimentations scientifiques passionnantes, mais il met aussi en évidence les dangers qu’elles représentent quand elles sont dans les mains de ceux qui cherchent puissance et domination.

Extrait :
– Oui, Deepak, je ne voulais pas parler en ton nom, mais tu partages en effet notre position. Après avoir réalisé des centaines, des milliers d’enregistrements sonores de la nature en plus de trente ans de carrière, nous en sommes arrivés à ce constat. La terre n’a jamais vibré de cette façon. Et pourtant, je persiste, cela reste un bruit naturel. C’est juste que nos activités polluantes en tout genre, les ondes et les basses fréquences, dont la terre est bombardée en permanence, l’amplifient. Comme une sorte de boomerang qui nous reviendrait en pleine face. Or, il faut savoir que les basses fréquences les plus puissantes sont d’origine naturelle. Les séismes, les volcans, les tsunamis, les océans, le vent. Tout cela produit des ondes auxquelles les animaux sont particulièrement sensibles, avant même que l’humain s’en ressente. Mais lorsque ça arrive, il est en général trop tard.

Niveau de satisfaction :
4 out of 5 stars (4 / 5)

 

 

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