Une pluie de septembre – Anna Bailey

Par raymond Pédoussaut

Date de publication originale :
2021 (Tall Bones)
Date de publication française : 2021 – Sonatines
Traduction (anglais) :
Héloïse Esquié
Genre :
Roman noir
Personnage principal :
Aucun. Il y a une série de personnages d’égale importance mais aucun dominant

Dans la petite ville de Whistling Ridge dans le Colorado, les jeunes font la fête dans la forêt de Tall Bones. L’alcool coule à flots, la drogue circule. Lors de cette soirée, Abigal Blake, une jeune fille de 17 ans disparaît. Cet évènement provoque une certaine effervescence dans la bourgade bien tranquille. Tranquille seulement en apparence, car de mauvais souvenirs vont refaire surface, des secrets enfouis vont ressurgir, les rumeurs vont aller bon train. D’autant plus que la jeune disparue fait partie d’une famille dysfonctionnelle dont le père frappe régulièrement sa femme et ses enfants et dont la mère s’assomme au Valium pour fuir la dure réalité. La peur et la suspicion s’installent. Les habitants vont trouver le bouc émissaire idéal pour évacuer leur angoisse : un jeune gitan, nouveau venu d’origine étrangère.

Le roman démarre plutôt lentement en insistant sur la personnalité de la jeune Abigal et sur les liens d’amitié très forts qu’elle entretenait avec sa copine Emma. Puis le tempo s’accélère progressivement lorsque les secrets du passé vont refaire surface. On va finalement constater que les habitants n’ont pas la conscience tranquille. Que tous ont des problèmes. Whistling Ridge n’est pas la petite ville sereine de l’Amérique rurale, il y a eu ici des évènements peu glorieux dont les gens se souviennent. Au fur et à mesure que l’intrigue se dénoue, le rythme s’accélère pour finir en véritable thriller.

Deux personnages ont une grande influence sur la population : le patron de la scierie, principal employeur de la région, et le pasteur aux sermons enflammés. Ces deux hommes sont complices pour imposer leurs idées communes au reste de la population.

Le poids de la religion est considérable dans cette communauté où tout le monde se connaît. Le dimanche les paroissiens se retrouvent à l’église où le pasteur Lewis, star locale autoproclamée, leur inflige des discours dans lesquels la culpabilisation, la xénophobie, l’homophobie ont une bonne place. Dans sa bouche la haine a remplacé l’amour du prochain. Ses imprécations sont des véritables pousse-au-crime. Un autre personnage en appelle toujours à Dieu dans toutes ses actions, même les plus mauvaises : c’est le père de la jeune disparue. C’est un psychopathe qui bat cruellement sa femme et ses enfants. Il a rendu son plus jeune fils infirme en le balançant dans les escaliers et sous prétexte de pénitence et de repentir il inflige de véritables tortures à sa famille, mais toujours au nom su Seigneur et de Jésus-Christ. La jeune Abigal est-elle morte ou a-t-elle simplement fui ce père violent ? On découvrira plus tard qu’Abigal avait aussi des secrets. Dans ce roman la religion et ceux qui en sont les plus fervents adeptes ont une influence néfaste.

Dans ce livre l’autrice montre de façon remarquable comment, dans une petite ville d’aspect tranquille, un évènement déclencheur comme la disparition d’une adolescente provoque le chaos et réveille la violence, le racisme et la xénophobie latents. Une intrigue bien agencée et une belle palette de personnages crédibles sont les qualités supplémentaires de ce très bon premier roman superbement maîtrisé.

Extrait :
Un instant il peut dire tranquillement que tout ira bien et le croire, d’autant que le fait que Rat ait besoin qu’il le dise lui donne l’assurance nécessaire, mais le suivant, il est brusquement submergé par l’horreur de la situation. Comment, bordel ? Comment un groupe d’humains peut-il faire une chose pareille à un autre être humain ? Ces gens qu’il a connus toute sa vie, ils viennent de mettre le feu à quelqu’un, comme on se retrouve pour un repas de quartier.
« Ne compte pas sur la police pour faire quoi que ce soit, lui a dit sa mère hier soir. Certains des hommes du shérif étaient là et ils n’ont pas levé le petit doigt. On ne peut pas leur faire confiance, Noah. On ne peut faire confiance à personne, à partir de maintenant, on peut juste se faire confiance l’un à l’autre, tu comprends ? »
Mais Noah a bien vu, à la manière dont elle le regardait avec ses grands yeux fous, qu’elle ne parlait pas uniquement de l’incendie.

Niveau de satisfaction :
4.3 out of 5 stars (4,3 / 5)

 

 

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2 réponses à Une pluie de septembre – Anna Bailey

  1. Hedwige dit :

    En parcourant ton blog, je suis effrayée par le nombre d’auteurs, et de livres qu’il me faut encore découvrir

    • Ray dit :

      J’espère que notre blog contribuera à te faire découvrir de nouveaux auteurs. J’essaie de diversifier mes lectures tandis que mon compère québécois est plus spécialisé sur les auteurs de son pays.

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