Les fantômes de Bruges – Nadine Monfils

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2002 (Robert Laffont)
Genre :
Fantaisie policière
Personnage principal :
Magritte et Georgette

Une folle enquête de Magritte et Georgette est une bonne façon de se remettre d’un Thilliez. C’est une fantaisie policière au sens où, même si l’intrigue policière est au centre du roman, on est souvent plus intéressé par ce qui est en bordure, c’est-à-dire la description familière de Magritte et de son épouse Georgette, le contexte et le sens de plusieurs de ses toiles et, pour tout dire, le style plaisant de Monfils qui suscite un sourire perpétuel.

Magritte et Georgette viennent de se mettre au lit. Leur femme de ménage, Carmen, surgit soudain : une conversation téléphonique entre elle et monsieur Bogaert, chez qui elle travaille à l’occasion, a été brusquement interrompue. Elle a foncé chez lui. Il est étendu sur le tapis, un poignard planté en plein thorax. Dans un tiroir, Carmen a emprunté une enveloppe marquée Top secret; elle contient la photo d’une femme d’un certain âge dont les yeux ont été transpercés par une aiguille. On téléphone à la police. L’adjudant-chef Kiekens prend les choses en main.

Déception pour le policier : aucun cadavre, monsieur Bogaert n’est pas joignable (on apprendra plus tard que, officiellement, il n’existe même pas !) et, pire que tout, le tableau de Magritte Le principe du plaisir est disparu. Magritte avait vendu ce tableau à son mécène Edward James, qui l’avait offert à son épouse, la danseuse et chorégraphe Tilly Losch. Elle avait revendu le tableau à un antiquaire qui tenait boutique à Bruges.

La recherche du tableau se prolonge donc à Bruges où Georgette et René seront amenés à fréquenter la famille Rodenbach, (qui n’a rien à envier à la famille Addams[1]) : c’est au fils Jos que Tilly avait vendu le tableau. À partir de là, les bizarreries se multiplient : le peintre Piet Larsen spécialisé dans la restauration des tableaux est assassiné; son amante, Neil, la femme de Jos, disparaît; Ernest, le mari et comptable de Greta, l’aînée de la famille Rodenbach, se fait la malle, pendant que son fils Gonzague se vautre dans la poudre; la cadette Marie continue de rêver en couleurs; la vieille Léontine est étranglée et Jos peut enfin vivre ouvertement son homosexualité.

Et l’assassin là-dedans ? Et le tableau ? C’est en suivant l’un qu’on trouvera l’autre.

Nadine Monfils a rencontré Georgette Magritte dans la maison de la rue des Mimosas à Shaerbeek. Les anecdotes et les réflexions de Magritte sur la vie et la peinture (de même que les propos de Rachel Baes et d’Edward James) sont authentiques. C’est peut-être ce qui rend si captivante la lecture de ce roman.

[1] Les personnages de la famille Addams, souvent reproduits dans des téléséries et dans des films, ont été créés dans le magazine américain The New Yorker à partir de 1938.

Extrait :
On ne va pas à Bruges ou à Damme pour voir du neuf, mais pour retrouver l’âme d’autrefois, ces moments réconfortants où l’on peut boire une bonne bière en rigolant, humer l’odeur du café dans la cafetière en fer sur le poêle crapaud, entendre la patronne vous appeler « mon chéri » ou « cherieke », même si vous venez pour la première fois, et vous faire sentir de la famille. Voir sur les murs des vieilles photos qui ressemblent à celles de nos grands-mères, être pris à partie par les autres clients comme si vous aviez été à l’école avec eux. Dans les vieilles demeures on n’est jamais seul. Même les fantômes nous tiennent compagnie… Paraît que certains ont l’esprit farceur !

Bruges

Niveau de satisfaction :
4.2 out of 5 stars (4,2 / 5)

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