Dis-moi qui doit mourir – Marc-André Chabot

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2019 (Libre Expression)
Genres : Thriller, enquêtes
Personnages principaux : Antoine Aubin, publicitaire – Donald McGraw, lieutenant (SPVM)

Voici un roman intelligent d’un auteur qui a le sens de l’intrigue et qui sait raconter une bonne histoire avec un soupçon d’humour et un clin d’œil à l’actualité québécoise et montréalaise, ce qui rend le récit encore plus plausible.

Antoine Aubin travaille paisiblement pour une agence de publicité et s’amuse à jouer au hockey dans une ligue de garage. C’est là qu’il retrouve des amis dont il a bien besoin depuis que sa petite fille a été victime du syndrome de la mort subite du nourrisson et que sa séparation d’avec sa conjointe, Élizabeth, s’en est suivie. Après une partie, alors qu’au bar Le Planqué il prend une bière avec son ami François, arrive, escorté de deux gardes du corps, le chef de la mafia montréalaise, Charles Péloquin, Sir Chuck pour les intimes. Se déclenche alors une violente fusillade qui extermine trois hommes, mais dont se sort Sir Chuck, la cible fort probablement, sauvé par Antoine qui, réflexe insensé, s’est jeté sur le sbire payé pour tuer Charles.

Antoine ne se prend pas pour un héros et ne demande pas mieux qu’à oublier tout ça, mais Sir Chuck n’est pas du genre à oublier : c’est un gars qui a la réputation de payer ses dettes. Il estime qu’Antoine l’a sauvé, lui et sa famille, et qu’il lui doit donc 5 vies : Antoine doit lui désigner 5 personnes qui seront rayées de la carte. Sinon, c’est lui qui sera tué pour avoir empêché Sir Chuck de payer ses dettes. On ne rit plus !

Plutôt tourmenté, mais en légitime défense d’une certaine façon, Antoine désigne d’abord un pédophile avéré et récidiviste qui a échappé à la justice à cause d’un vice de forme; puis, un batteur de femmes et d’enfants contre qui personne ne veut témoigner. Les journaux le baptisent le justicier; les gens lui rendent hommage et en redemandent. Antoine, qui a toujours critiqué les injustices dues aux lois qui semblent protéger plus les droits du criminel que ceux de la victime, et qui en a toujours voulu aux avocats habiles qui font passer leur carrière avant toute considération morale, commence à se prendre au jeu. D’où une troisième commande : le cas d’un riche propriétaire d’une compagnie de production cinématographique qui a copié le livre d’un auteur, qui a ruiné ses propres collaborateurs et dont les millions reposent dans des abris fiscaux. Les Québécois sauront lire entre les lignes. Sir Charles fait exécuter ce beau monde avec plaisir et efficacité, ce qui ne l’empêche pas de consolider son emprise sur Montréal, en incitant les Irlandais et les Italiens à se serrer la main, et en exterminant les éclaireurs des amigos du Ciudad Suarès, cartel mexicain soupçonné d’avoir commandé l’assassinat de Chuck.

Pendant ce temps, l’inspecteur Donald McGraw, un vieux routier dans la cinquantaine à quelques années de la retraite, enquête sur ces assassinats sans trop de conviction, car ils lui apparaissent comme des règlements de compte entre truands, difficiles à reconstituer et, somme toute, plutôt salutaires. Ce qui le préoccupe, c’est plutôt qu’il semble y avoir parmi ses amis policiers, avec qui il travaille depuis longtemps, un agent double qui refile des informations à la mafia. Il enquête là-dessus, tout en faisant suivre Chuck et en gardant un œil sur Antoine.

Ce dernier peut prendre un scotch avec Chuck, mais sent bien que sa vie ne tient qu’à un fil. Cette histoire-là est loin d’être finie.

Quel bon roman ! Les principaux personnages sont si bien décrits qu’on a l’impression de les connaître depuis un bout de temps; des familiers, dirait-on, de District 31 ou d’Omerta. L’intrigue est menée de main de maître, dramatique avec un soupçon d’humour, parfois noir. Les rebondissements soutiennent notre attention. Et l’auteur nous tient bien en soulevant des problèmes auxquels on ne peut pas personnellement échapper : peut-on protéger les criminels en faisant valoir les droits individuels ? Une personne peut-elle compenser les lacunes du système judiciaire en rayant de la carte les désaxés non recyclables ? Ne peut-on pas comprendre une grande partie du public qui approuve le comportement d’un tel justicier et qui en redemande ? Bien sûr comprendre ne signifie pas être d’accord, mais le chemin est court de la coupe aux lèvres.

Bref, ce roman m’a captivé et ce serait indécent pour l’auteur de ne pas récidiver.

Extrait :
C’est un premier contrat à Montréal pour l’ex-lieutenant Andrei Mikhaïlev. Une jolie ville, paraît-il. Il n’a pas eu le temps de s’en faire une idée depuis son arrivée (…)
La cible est à une distance aisément atteignable. Les réflexes assimilés durant des années s’imposent sans qu’il ait à y réfléchir. Le simple fait de se retrouver en position de tir, la crosse d’aluminium d’un Tac-50 calée solidement au creux de son épaule droite, le plonge dans un état où seuls des automatismes commandent ses gestes. À travers le télescope, il cadre sa cible. Pas de vent, pas de pluie, cible immobile à moins de 300 mètres. Impossible de rater. Il a réussi des coups au but beaucoup plus complexes et mouché des cibles beaucoup plus éloignées. Chaque fois, elles se sont écroulées, foudroyées. Sa fiche est parfaite. Mikhaïlev est un professionnel à la réputation immaculée (…)
Il exécute rigoureusement chaque phase de sa routine de tir. Comme toujours. Il en est maintenant à l’avant-dernière. Mentalement, il commence le décompte habituel et son index augmente imperceptiblement la pression sur la détente de l’arme. Sept…six…cinq…
À quatre secondes, il bloque sa respiration pour s’assurer d’être totalement immobile au moment du tir. Trois…deux…

Le McMillan TAC-50

Niveau de satisfaction :
4.5 out of 5 stars (4,5 / 5)

 

 

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