Crow – Roy Braverman

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2019 (Hugo Thriller; 2020, Pocket)
Genres :
Thriller, aventures
Personnage principal :
Crow, Hunter

Crow fait partie d’une trilogie qui a commencé avec Hunter et s’est terminée avec Freeman, dont j’ai déjà fait le compte rendu. Ce n’est pas grave de lire le 3e avant le 2e et celui-ci avant le premier. Comme dans le cas de Freeman, ce n’est pas non plus facile d’interrompre sa lecture, même si le roman fait près de 400 pages.

Montana : au parc d’attractions aquatiques de Big Desert Water Park de Palm Springs, c’est la panique. Les attractions sont devenues folles, des enfants sont projetés ici et là par des jets d’eau puissants et incongrus, des trombes d’eau incontrôlées déferlent sur les visiteurs. Au sous-sol, dans la salle de contrôle, un combat violent oppose Malcolm Groove et Big Black Fatty.

Suite à une longue hospitalisation, Groove, avide de vengeance, part à la recherche de celui qui lui aurait pourri la vie. Il prend la route vers la Crow Agency dans ces plaines arides « hantées par le souvenir trahi des Cheyennes et des Sioux ». Un type bizarre le suit dans le but de récupérer deux cent vingt mille dollars qui auraient été volés au Water Park.

Groove semble lui échapper et se retrouve à Anchorage (Alaska) où il offre un lift à deux jeunes routards jusqu’à Fairbanks.

Plus tard, un autobus scolaire écrase les jambes d’une jeune femme vêtue d’une robe de mariée, traînée par un ours vers les taillis. Quand les secours arrivent, la shérif Sarah Malkovich demande aux enfants de rester à l’intérieur du bus d’autant plus qu’on a repéré des loups à la lisière des bois. Ces loups s’intéressent à un jeune homme dont le corps a été transpercé d’une flèche d’arbalète. La femme a été éventrée et le légiste extrait de son ventre un corbeau[1]. Crimes qui rappellent immédiatement ceux de Crow quelques années auparavant.

Malkovich, son adjointe Amber et la traqueuse Longhorn Sally mènent l’enquête; le FBI s’en mêle : l’agente Delesteros, surnommée Fiasco, qui connaît le dossier de Crow, et l’agent spécial Cage. Commence alors une poursuite haletante et mystérieuse : Crow et Hunter espèrent gagner le Canada; Malkovich, Delesteros et Sally poursuivent Crow; Groove et trois malfrats suivent les enquêtrices; et ces groupes sont pistés par un étonnant et persistant personnage. Les retrouvailles seront sanglantes.

Tout un roman ! Les scènes de tension se succèdent. Difficile de s’arrêter en chemin, parce qu’un drame en cache toujours un autre, et on n’arrive jamais au bout. Les décors ne manquent pas de réalisme (comme la Nouvelle-Orléans de Freeman). Les plaines arides du Montana et les bois et rivières enneigés de l’Alaska, on s’y transporte sans trop de mal : Braverman est sensible à la dimension géographique des environnements. Les personnages sont décrits avec force, sans complaisance mais avec bien des nuances. On s’y attache même quand ils ne sont pas particulièrement sympathiques. Intelligence et sensibilité exceptionnelles, à l’imagination débordante : capable aussi bien de dresser un réquisitoire impitoyable contre les prisons américaines dirigées par les Républicains que d’esquisser l’amorce d’une sympathique solidarité entre quatre femmes. Et capable des nous faire sentir la présence des ours, des loups et même d’un bœuf musqué.

Un roman envoûtant.

[1]  Crow, en anglais.

Extrait :
– Je ne suis pas là pour toi, murmure Sally en avançant vers le grand mâle. Je ne te veux aucun mal. Regarde, tu vois, je sors de la forêt. Je te laisse tranquille, toi et tous les tiens. Laisse-moi passer. Ne m’oblige pas à te tuer. Nous sommes des chasseurs, toi et moi, n’est-ce pas ? Tu as compris que j’abandonne, non ?
Elle sait que le loup comprend. Pas ses mots, bien sûr, mais leur musique, leur intonation. Ses gestes aussi. Son attitude. Son comportement. Les jeunes mâles s’écartent du vieux loup. Ils se déploient pour encercler Sally qui sort son automatique.
Ne leur donne pas l’ordre d’attaquer. Tu sais bien que je les tuerais. Tous les trois, et toi ensuite. Je sais que tu n’as pas peur. Je sais ceux que tu protèges. Mais moi non plus, je n’ai pas peur. Tu le sais, non ? Tu le sens, n’est-ce-pas ? Alors laisse-moi passer. Tu vois, je m’en vais…
Elle n’est plus qu’à trois mètres du grand mâle maintenant. Un des loups est derrière elle, les deux autres sur le côté. Elle s’arrête face au chef en se forçant à ne pas se retourner sur celui qui grogne dans son dos.
J’aurais pu te tuer déjà, mais je ne suis pas là pour toi. Je suis là pour l’ourse. Cette chasse n’est pas la tienne. Ne provoque pas le malheur de ta meute.

Les loups d’Alaska

Niveau de satisfaction :
4.6 out of 5 stars (4,6 / 5)
Coup de cœur

 

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