La face nord du cœur – Dolores Redondo

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2019 (La cara norte del corazón)
Date de publication française : 2021 – Éditions Gallimard
Traduction de l’espagnol : Anne Plantagenet
Genres : Enquête policière, thriller
Personnage principal : Amaia Salazar sous-inspectrice de la police florale de Navarre et stagiaire au FBI

Amaia Salazar, sous-inspectrice de la police florale de Navarre (Espagne), suit un stage de formation à l’Académie du FBI à Quantico en Virginie. Elle est si brillante dans les tests qu’elle est remarquée par l’agent spécial Dupree, une star du FBI. Ce dernier n’hésite pas à l’intégrer dans son équipe qui va traquer le Compositeur. C’est ainsi qu’a été surnommé un tueur en série qui profite du chaos provoqué par les tempêtes pour assassiner des familles entières. La tempête Katrina est annoncée à La Nouvelle-Orléans, ce sera un terrain favorable pour le Compositeur. Le FBI décide d’aller sur place pour pouvoir agir rapidement en cas de nouvelle tuerie. Lorsque Katrina dévaste La Nouvelle-Orléans la tâche des policiers devient très difficile : l’eau monte, envahit les rues et les habitations, la nourriture se fait rare, les communications sont coupées. Mais la traque continue et Amaia y joue un rôle prépondérant.

Le Baron Samedi

Ce livre est très dense. Trois intrigues s’entrelacent. Autour de l’intrigue principale, celle de l’assassin des familles, se développe l’histoire de l’enlèvement de jeunes filles dans les bayous. Ces rapts sont commandés par le Baron Samedi ou quelqu’un qui a pris son apparence pour terroriser les victimes et leurs familles. Dans le vaudou le Baron Samedi est un esprit maléfique à qui on attribue les pires méfaits, souvent représenté par un squelette avec les orbites enfoncées, un haut-de-forme et un cigare à la bouche. Parfois on le représente vêtu d’un smoking. Mais Samedi serait aussi une organisation secrète qui alimenterait un réseau pédophile de prostitution de mineures ou de traite des Blanches très jeunes. Enfin, une troisième histoire raconte la jeunesse difficile d’Amaia à Elizondo, son village natal, et ses rapports douloureux avec une mère qui la déteste et la terrorise. À la fin du roman, si l’enquête sur l’exterminateur de familles est parfaitement bouclée, il n’en est pas de même pour les deux autres parties. Sur l’écheveau des intrigues, plusieurs fils restent en l’air. Probablement que Dolores Redondo, adepte des suites (voir Trilogie du Baztán), se réserve la possibilité de les développer dans un prochain ouvrage.

Le cadre principal est La Nouvelle-Orléans après le passage de l’ouragan Katrina en août 2005. L’autrice nous immerge, c’est le cas de le dire, dans la ville inondée. C’est une description très réaliste dans laquelle elle décrit la saleté, la boue, la chaleur suffocante, les cadavres qui flottent, les odeurs pestilentielles, la détresse des populations, leur combat pour la survie, pour sauver quelques maigres souvenirs. Et aussi le manque de secours et l’intervention tardive des autorités nationales.

Dans ce roman on est parfois à la limite du fantastique. On y voit des phénomènes étranges basés sur des croyances : la sorcellerie, le vaudou, le Baron Samedi, les lutins, le traiteur (guérisseur cajun), la Dame Tempête. Mais, comme si Dolores Redondo refusait de basculer complètement dans l’irrationnel, elle nous donne ensuite ce qui pourrait être une explication scientifique.

La figure centrale du roman est la jeune Amaia Salazar. C’est une jeune Espagnole de vingt-cinq ans qui a quitté son pays à l’âge de douze ans pour suivre des études aux États-Unis. Ce n’est pas seulement ses études qui l’ont amenée à partir aux États-Unis, c’est aussi sa tante protectrice qui a voulu l’éloigner d’une mère dangereuse. Maintenant elle est devenue une femme intelligente, brillante, qui en énerve plus d’un par son assurance et son irrévérence. Ses intuitions, son sixième sens, lui viennent d’avoir vécu des épreuves difficiles, d’avoir visité l’enfer, comme le dit son mentor l’agent spécial Dupree.

La face nord du cœur est un roman long (688 pages), intense et passionnant avec des personnages typés et attachants. Une belle réussite et un coup de cœur.

Extrait :
Charbou se tourna vers Amaia et lui dit :

— Ils ont raison. Des terroristes détruisent le World Trade Center et le pays bascule dans le malheur, mais quand une ville entière à forte population noire disparaît sous l’eau, qu’est-ce que ça peut faire ? Aurait-on trouvé normal que quatre jours après la destruction des tours jumelles l’aide ne soit toujours pas arrivée ?
Amaia confirma.
— Non. Absolument pas.
Un autre groupe, moins nombreux mais insolite, se tenait à l’écart. Parmi eux, des femmes tenant des bébés dans leurs bras. Des hommes émaciés poussant des caddies remplis d’objets de toute sorte. Des vieillards, le torse nu et rougi par le soleil, chancelant, portant dans leurs sacs de vieilles photos de mariage. Tous traînaient les pieds et s’arrêtaient seulement pour regarder au loin, les mains sur le front, avant de reprendre leur insolite pérégrination sans but, tels les condamnés de l’enfer de Dante obligés de marcher sans fin.

La Nouvelle-Orléans après Katrina

Niveau de satisfaction :
4.5 out of 5 stars (4,5 / 5)
Coup de cœur

 

 

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