Proies – Andrée A. Michaud

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2022 (Québec-Amérique)
Genre :
Thriller, enquête
Personnages principaux :
trois ados : Abe, Alex, Jude

Par une chaude journée d’août, trois adolescents, Abe, Alex et Jude s’aventurent pour cinq jours de camping dans le coin de la Rivière-Brûlée. C’est un village perdu dans d’immenses forêts qui s’étendent jusqu’au Maine. Au village, on se prépare pour la foire annuelle. Les trois ados installent leur campement près de la rivière dans une petite clairière, à une dizaine de km du village. Le premier soir, on mange, on boit, on rit et on se conte des peurs. Pendant trois jours, on explore les bois, on combat la pluie, on profite du soleil, mais on a l’impression de ne pas être seul. Le matin du quatrième jour, en sortant de sa tente, Alex aperçoit à l’extrémité de l’éclaircie un gars masqué en tenue de camouflage et armé d’une carabine. Il leur donne 15 minutes pour fuir « avant que la chasse ne commence ».

Apeurés, colériques et angoissés, les ados tentent de se sauver; Abe se blesse et tire de la patte; le psychopathe la capture; Jude s’enfuit vers le village; Alex se cache dans les bois dans le but de revenir chercher Abe quand le gars se sera éloigné. Pendant ce temps, la fête bat son plein au village. C’est le quatrième jour, vendredi, que Gilbert, le père de Jude, va chercher les trois jeunes. On constate leur disparition. La police organise des battues. Les parents sont désespérés. Gilbert se lance à corps perdu à leur recherche. Les parents d’Alex, Nathalie et Paul, accompagnent les forces policières, qui ne sont pas vraiment équipées pour régler ce genre de problème. Et Marie, la mère d’Abe, se noie dans l’alcool.

Abe est capturée et attachée à un poteau; Jude échappe momentanément  au ravisseur mais doit lutter contre la pluie, la noirceur, les insectes et les animaux, le découragement. Alex sera porté disparu après s’être égaré dans les forêts du Maine.

Le psychopathe Gerry s’efforce d’éliminer tous ceux qui pourraient le dénoncer : la jeune Jude, qui l’a bien vu, son ami Shooter, complice après le fait, son frère Ric qui semble avoir deviné le sens des événements, le voisin de Shooter qui pourrait le faire chanter; à la rigueur, le policier Chouinard, mais il semble un peu perdu.

Le récit est loin de se terminer là. Michaud rapporte l’histoire comme si c’était un conte; elle intervient parfois comme auteure. Ça pourrait alléger le drame, mais ce n’est pourtant pas le cas, car c’est comme si elle mettait le lecteur dans la confidence. Et on sent bien que cette histoire n’aura pas de fin parce que « la vie continue ».

Dès la troisième page, on s’est aperçu, et c’est ce qui caractérise les écrits d’Andrée A Michaud, qu’on avait affaire plus à un roman qu’à un polar. Je veux dire un livre où l’écriture (et la composition) est aussi importante que l’intrigue proprement dite. On n’en demande pas tant à un bon auteur de roman policier. Mais, chez un grand auteur, la richesse du vocabulaire nous permet de mieux voir le paysage, de mieux sentir les effluves de la terre, de mieux entendre les bruits inquiétants de la forêt. Et l’habileté de la composition manipule nos émotions avec efficacité, de la peur au répit, du répit à l’angoisse. Et l’auteure puise en elle-même et partage des sentiments qu’on a vécus comme ados (joie de la liberté, grain de folie, plaisir d’une certaine puissance, mais aussi peur de l’inconnu, anxiété de la solitude), puis comme parents (inquiétude, désarroi, impuissance).

Bref, un roman qu’il faut lire lentement, moins pour découvrir un assassin que pour jouir des atmosphères.

Extrait :
Immobile au milieu du campement, Alex ne sentait toujours pas son genou, ni la rosée sous ses pieds, ni aucun de ses membres. Les arbres tournaient autour de lui et il oubliait de respirer, de gonfler sa poitrine et d’aspirer l’air frais du matin. C’est la main de Jude sur son épaule qui l’avait ramené à la réalité, et il avait échappé un grand râle, comme un plongeur en apnée accueillant la lumière du ciel à la surface de l’eau trouble.
Après qui tu criais, Al ? La voix de Jude se voulait douce, car Alex était de la pâleur cireuse de Clara à la peau claire, qui flottait depuis trois jours à la périphérie de ses rêves, mais la tension qui crispait les muscles d’Alex n’incitait pas à la douceur. Elle irradiait de son épaule jusque dans la main froide de Jude, qui se contractait aussi et enfonçait ses ongles dans la chair.
Puis Abe était apparue avec sa tête de gorgone en beau joualvert, comme si les gorgones sautaient du lit avec un sourire radieux aux lèvres, et avait demandé ce qui se passait encore dans ce maudit campement de fous, pas moyen de dormir tranquille, saint cibouère.

The Doors – Hello, I Love You

Niveau de satisfaction :
4.7 out of 5 stars (4,7 / 5)
Coup de cœur

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